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Des films pour débuter l'année 2020

  • Bien : 3 Aventures de Brooke (Yuan Qing), Séjour dans les monts Fuchun (Gu Xiaogang), Histoire d'un regard (Mariana Otero), Les Filles du docteur Marsh (Greta Gerwig), La Voie de la justice (Destin Daniel Cretton)
  • Pas mal : La Cravate (Etienne Chaillou, Mathias Théry), Les Siffleurs (Corneliu Porumboiu), Revenir (Jessica Palud), Le Miracle du Saint inconnu (Alaa Eddine Aljem), Les Enfants du temps (Makoto Shinkai)

3 AVENTURES DE BROOKE (Yuan Qing, 15 jan) LLL
Xingxi, une jeune Chinoise, voyage seule en Malaisie. Le 30 juin, par une journée de grande chaleur, elle est victime d'une crevaison de vélo... C'est le point de départ identique de trois aventures distinctes, comme parallèles. Elle y fait à chaque fois des rencontres différentes (certains personnages, principaux dans un segment, deviennent figurants dans les autres). Le principe peut rappeler le cinéma de Hong Sang--soo, notamment In another country. On peut y voir aussi une réminiscence d'Un jour sans fin (à chaque fois que l'histoire recommence, on en découvre un peu plus sur cette jeune fille, qui se complexifie, comme si elle-même prenait de l'expérience). Le film est aussi plein d'esprit sur les lieux traversés. Mais il s'agit surtout d'un hommage à Eric Rohmer, qui se confirme par la troisième histoire, où Xingxi rencontre un écrivain français joué par Pascal Greggory, et avec une fin qui rappellera subtilement Le Rayon vert. Toutes ses influences n'écrasent pas ce premier long métrage, dans lequel la réalisatrice Yuan Qing a réussi à trouver une personnalité propre.

SEJOUR DANS LES MONTS FUCHUN (Gu Xiaogang, 1er jan) LLL
Dès son premier long métrage, Gu Xiaogang affiche son ambition, avec le premier volet d'une fresque familiale se déroulant dans la région de Fuyang, une petite ville, sujet de la peinture en rouleau Séjour dans les monts Fuchun il y a plus de 600 ans. Tout commence par l'anniversaire de la grand-mère, fêté dans le restaurant de son fils aîné, celui qui a le mieux réussi. Le second est un pêcheur qui habite avec sa femme et son fils dans un bateau, en attendant un relogement (sa maison devant être détruite). Le troisième élève seule un fils handicapé et est criblé de dettes. Le dernier est dépeint comme immature car toujours pas marié. Tout se complique quand la grand-mère perd de son autonomie... Les meilleures scènes sont celles qui mêlent roman familial, mutations de la ville et permanence du paysage entre montagne et fleuve, tel ce travelling qui suit la fille du restaurateur et son amoureux se défier, l'une à terre, l'autre dans l'eau, puis revenant par l'autre rive, dans un unique et impressionnant plan-séquence.

HISTOIRE D'UN REGARD
(Mariana Otero, 29 jan) LLL
Gilles Caron est un photo-journaliste disparu  brutalement à 30 ans au Cambodge, en 1970. C'est lui qui avait pris la célèbre photographie montrant Cohn-Bendit narguant par un étrange sourire un policier en Mai 68. Mais il fut surtout reporter de guerre. Mariana Otero a eu accès aux 100 000 clichés qu'il réalisa (des milliers de planches-contacts). Elle tente de reconstituer son histoire, la construction de son regard, le plus souvent à partir des images, mais également avec d'autres éclairages, d'historiens ou de témoins. Le regard est double : celui de Gilles Caron sur le monde, et celui, tout aussi personnel, de Mariana Otero sur son travail. Elle ne cache pas ses motivations propres (la fin précoce et assez mystérieuse du personnage renvoyant au destin de sa propre mère, qu'elle avait racontée dans Histoire d'un secret). Un travail minutieux que la cinéaste sait rendre captivant.

LES FILLES DU DOCTEUR MARSH (Greta Gerwig, 1er jan) LLL
Première impression sans avoir lu ce classique de la littérature de Louisa May Alcott ou vu ses précédentes adaptations : le film est assez riche. Les quatre soeurs sont toutes intéressantes, ont toutes leur personnalité, même si est privilégiée Jo l'aspirante écrivaine, sorte de double de la narratrice, interprétée en outre par Saoirse Ronan (la Lady Bird du précédent film de Greta Gerwig). On peut ironiser sur certains aspects du roman (les riches voisins plein de sollicitude pour les moins favorisés), sur une image parfois trop iconique ou une musique un peu envahissante. Mais au fil du temps, ces excès de forme s'estompent, car on est pris par l'approfondissement des personnages comme par le sous-texte féministe. Les allers retours incessants entre passé et présent sont assez logiques (le projet du film n'est-il pas une relecture d'un texte du XIXè siècle avec l'acuité d'aujourd'hui ?). Et le compromis trouvé entre oeuvre hollywoodienne et indépendante est parfaitement assumé par la malicieuse fin entourant le personnage de Jo. Beau travail. 

LA VOIE DE LA JUSTICE (Destin Daniel Cretton, 29 jan) LLL
Après des études à Harvard, le jeune avocat Bryan Stevenson ne choisit pas la facilité en se rendant en Alabama défendre, avec l'aide d'Eva Hansley, une militante locale, ceux qui ont été condamnés à tort. C'est le cas de Walter McMillian, condamné à mort pour le meurtre d'une jeune fille de 18 ans, l'accusation ne tenant que sur un unique témoignage d'un criminel aux motivations obscures. Certes, la critique du système judiciaire américain et du racisme traversant la société n'est pas nouvelle. Mais ce film-dossier, basé sur une affaire réelle, évite l'académisme d'un Green book tout comme les effets de manche. Après States of Grace, Destin Daniel Cretton confirme son goût pour un cinéma mature se rapprochant de certaines réussites des années 90, et livre un film "Negawatt", car il associe sobriété, efficacité et plaisir renouvelable...

LA CRAVATE (Etienne Chaillou, Mathias Théry, 5 fév) LL
Après La Sociologue et l'ourson, excellent documentaire truffé de pertinentes séquences d'animation, Etienne Chaillou et Mathias Théry confirment leur goût pour des dispositifs audacieux. Le point de départ est classique : ils suivent Bastien, la vingtaine, militant depuis plusieurs années au Front national (devenu RN), pendant de longs mois, entre 2016 et 2017. La cravate est l'objet de la respectabilité pour le jeune homme, après un passé aux lourds secrets, mais c'est aussi le symbole de l'entreprise médiatique de dédiabolisation du parti fondé par Le Pen père. Le dispositif particulier est celui-ci : le son de scènes entières est remplacé par une voix off lisant un texte littéraire sur lequel doit se prononcer a posteriori Bastien, qui donne son avis un an plus tard, face caméra, confortablement installé dans un fauteuil. Sans doute cela permet de désamorcer les tentatives de manipulation ou de persuasion que chacun veut provoquer chez l'autre, et d'aller plus loin dans l'analyse, mais avec l'inconvénient que le spectateur a moins de liberté pour interpréter les scènes auxquelles il assiste...

LES SIFFLEURS (Corneliu Porumboiu, 8 jan) LL
Cristi (Vlad Ivanov, comme toujours excellent) est un inspecteur de police corrompu, soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. La sulfureuse Gilda, qui se fait passer pour sa maîtresse (ou son escort), l'embarque passer des vacances dans une île des Canaries où il doit apprendre le Silbo, une langue sifflée ancestrale, afin de libérer au nez de la police l'un des trafiquants. Mais l'imprévu arrive et tout se complique... Corneliu Porumboiu applique les codes du film noir. Le scénario est sinueux, beaucoup de personnages sont en effet dans un double jeu. Mais, à l'intérieur de ces règles imposées, le cinéaste arrive néanmoins par moments à distiller l'humour à froid et la causticité qui faisaient le sel de ses réalisations précédentes (Policier, adjectif, Le Trésor).

REVENIR (Jessica Palud, 29 jan) LL
Thomas (Niels Schneider), qui s'est installé au Canada, revient dans la ferme familiale, alors que son frère n'est plus là, que sa mère est malade, et que son père (Patrick d'Assumçao) n'arrive pas à lui pardonner. Seule sa belle-soeur (Adèle Exarchopoulos) et son neveu semblent contents de le voir débarquer... Un nouveau drame rural après ceux d'Hubert Charuel (Petit paysan) et d'Edouard Bergeon (Au nom de la terre). Jessica Palud réussit bien à restituer la moiteur de l'été, qu'on devine caniculaire, les personnages sont finement écrits (et excellemment interprétés), même s'il y a quelques maladresses dans la mise en scène (une scène d'amour dans la boue trop cliché pour être authentique).

LE MIRACLE DU SAINT INCONNU (Alaa Eddine Aljem, 1er jan) LL
En fuite dans le désert marocain, un truand enterre son butin au sommet d'une colline, juste avant son arrestation. Des années plus tard, à sa sortie de prison, il revient sur les lieux pour récupérer le magot. Malheureusement, à cet endroit, un mausolée, gardé nuit et jour, a été construit en hommage à un saint inconnu. Il s'installe dans le village voisin... Pour son premier film, Alaa Eddine Aljem choisit un burlesque lent, qui peut rappeler un peu les univers d'Aki Kaurismaki ou de Elia Suleiman, la dimension politique en moins. Encore qu'il y a un petit côté satirique de la vie de la communauté, avec l'installation d'un jeune médecin dans le village. Pas complètement abouti mais prometteur.

LES ENFANTS DU TEMPS (Makoto Shinkai, 8 jan) LL
Hodaka, un jeune lycéen, fugue et rejoint Tokyo, alors que des pluies diluviennes frappent la capitale, lors d'un été pourri. Pour gagner sa vie, il trouve un poste dans une revue dédiée aux phénomènes paranormaux, et croise la route de Hina, une "fille-soleil" qui a un don : celui de provoquer des éclaircies... Makoto Shinkai avait frappé fort avec Your name, son précédent film d'animation. Celui-ci est beaucoup plus linéaire. Il brasse de nombreux thèmes (les dérèglements climatiques, la responsabilité que confèrent les dons, les choix entre conformisme et désobéissance, ou entre individualisme et sacrifice) sans les transcender : la réflexion tourne cette fois un peu court...
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Les années 2010...

Quelques listes pour se souvenir de la décennie écoulée.
Petite précision : pour ouvrir un peu l'éventail, chaque film cité ne pouvait l'être à la fois pour l'interprétation ou pour la mise en scène...

20 réalisatrices confirmées qui ont marqué la décennie :
Solveig Anspach : Queen of Montreuil (2013)
Danielle Arbid : Peur de rien (2016)
Kathryn Bigelow : Detroit (2017)
Julie Bertuccelli : Dernières nouvelles du cosmos (2016)
Iciar Bollain : Même la pluie (2011)
Pascale Breton : Suite armoricaine (2016)
Isabelle Czajka : La Vie domestique (2013)
Claire Denis : Un beau soleil intérieur (2017)
Ildiko Enyedi : Corps et âme (2017)
Pascale Ferran : Bird people (2014)
Fiona Gordon (et Dominique Abel) : La Fée (2011), Paris pieds nus (2017)
Jessica Hausner : Amour fou (2015)
Naomi Kawase : Still the water (2014)
Noémie Lvovsky : Camille redouble (2012)
Maïwenn : Polisse (2011)
Patricia Mazuy : Sport de filles (2012), Paul Sanchez est revenu ! (2018)
Stéphane Mercurio : Mourir ? Plutôt crever ! (2010), A l'ombre de la République (2012)
Mariana Otero : Entre nos mains (2010), A ciel ouvert (2014)
Coline Serreau : Solutions locales pour un désordre global (2010)
Agnès Varda : Visages villages (2017)

20 réalisateurs confirmés qui ont marqué la décennie :
Eric Caravaca : Carré 35 (2017)
Leos Carax : Holy motors (2012)
Alain Cavalier : Le Paradis (2014), Être vivant et le savoir (2019)
Nuri Bilge Ceylan : Il était une fois en Anatolie (2011), Winter sleep (2014), Le Poirier sauvage (2018)
Lee Chang-dong : Poetry (2010), Burning (2018)
Arnaud Desplechin : Les Fantômes d'Ismaël (2017)
Robert Guédiguian : Les Neiges du Kilimandjaro (2011), La Villa (2017)
Patricio Guzman : Nostalgie de la lumière (2010), La Cordillère des songes (2019)
Alejandro Jodorowsky : La Danza de la realidad (2013)
Hirokazu Kore-eda : Une affaire de famille (2018)
Ken Loach : Moi, Daniel Blake (2016), Sorry we missed you (2019)
Jafar Panahi : Trois visages (2018)
Nicolas Philibert : La Maison de la radio (2013)
Raoul Ruiz : Mystères de Lisbonne (2010)
Hong Sang-soo : The Day he arrives (2012), Seule sur la plage la nuit (2018)
Lars Von Trier : Melancholia (2011)
Apichatpong Weerasethakul : Cemetery of splendour (2015)
Frederick Wiseman : At Berkeley (2014), National Gallery (2014)
Jia ZhangKe : A touch of sin (2013), Les Eternels (2019)
Andreï Zviaguintsev : Faute d'amour (2017)

15 réalisatrices qui ont débuté ou percé pendant la décennie :
Waad Al-Khateab : Pour Sama (2019)
Haïfaa Al Mansour : Wadjda (2013)
Lucie Borleteau : Fidelio, l'odyssée d'Alice (2014)
Julia Ducournau : Grave (2017)
Deniz Gamze Ergüven : Mustang (2015)
Greta Gerwig : Lady Bird (2018)
Debra Granik : Leave no trace (2018)
Milagros Mumenthaler : Trois soeurs (2012)
Anna Muylaert : Une seconde mère (2015)
Géraldine Nakache : Tout ce qui brille (2010)
Shirin Neshat : Women without men (2011)
Céline Sciamma : Tomboy (2011)
Carla Simon : Eté 93 (2017)
Alice Winocour : Proxima (2019)
Rebecca Zlotowski : Grand central (2013), Planetarium (2016)

15 réalisateurs qui ont débuté ou percé pendant la décennie :
Kantemir Balagov : Une grande fille (2019)
J.C. Chandor : Margin call (2012)
Quentin Dupieux : Rubber (2010)
Miguel Gomes : Tabou (2012), Les Mille et une nuits (2015)
Ryusuke Hamaguchi : Senses (2018)
Martti Helde : Crosswind (2015)
Mikhaël Hers : Memory lane (2010)
Mariano Llinas : La Flor (2019)
Bertrand Mandico : Les Garçons sauvages (2018)
Kleber Mendonça Filho : Aquarius (2016)
Jeff Nichols : Take shelter (2012), Loving (2017)
Boots Riley : Sorry to bother you (2019)
Kirill Serebrennikov : Leto (2018)
Denis Villeneuve : Incendies (2011), Premier contact (2016)
Adilkhan Yerzhanov : La Tendre indifférence du monde (2018)

15 actrices confirmées qui ont marqué la décennie :
Juliette Binoche : Sils Maria (Olivier Assayas, 2014)
Cate Blanchett : Blue Jasmine (Woody Allen, 2013), Carol (Todd Haynes, 2016)
Judith Chemla : Ce sentiment de l'été (Mikhaël Hers, 2016)
Marion Cotillard : De rouille et d'os (Jacques Audiard, 2012), Deux jours, une nuit (Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2014), Mal de pierres (Nicole Garcia, 2016)
Cécile De France : Le Gamin au vélo (Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2011), La Belle saison (Catherine Corsini, 2015), Mademoiselle De Joncquières (Emmanuel Mouret, 2018)
Emilie Dequenne : A perdre la raison (Joachim Lafosse, 2012)
Virginie Efira : Victoria (Justine Triet, 2016), Un amour impossible (Catherine Corsini, 2018)
Adèle Haenel : L'Apollonide (Bertrand Bonello, 2011), La Fille inconnue (Jean-Pierre et Luc Dardenne, 2016), En liberté ! (Pierre Salvadori, 2018), Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019)
Nina Hoss : Phoenix (Christian Petzold, 2015)
Joanna Kulig : Cold war (Pawel Pawlikowski, 2018)
Rooney Mara : Carol (Todd Haynes, 2016)
Emmanuelle Riva : Amour (Michael Haneke, 2012)
Léa Seydoux : La Vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013)
Mélanie Thierry : La Douleur (Emmanuel Finkiel, 2018)
Jasmine Trinca : Le Rêve italien (Michele Placido, 2010), L'Apollonide (Bertrand Bonello, 2011), Miele (Valeria Golino, 2013), Fortunata (Sergio Castellitto, 2018)

15 acteurs confirmés qui ont marqué la décennie :
Antonio Banderas : Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (Woody Allen, 2010), La Piel que habito (Pedro Almodovar, 2011), Douleur et gloire (Pedro Almodovar, 2019)
Ricardo Darin : Dans ses yeux (Juan José Campanella, 2010)
Daniel Day-Lewis : Phantom thread (Paul Thomas Anderson, 2018)
Jean Dujardin : The Artist (Michel Hazanavicius, 2011)
Eric Elmosnino : Gainsbourg (vie héroïque) (Joann Sfar, 2010)
Pierfrancesco Favino : Le Traître (Marco Bellocchio, 2019)
Louis Garrel : La Jalousie (Philippe Garrel, 2013)
Olivier Gourmet : Ceux qui travaillent (Antoine Russbach, 2019)
Gilles Lellouche : L'Enquête (Vincent Garenq, 2015), Pupille (Jeanne Herry, 2018)
Vincent Lindon : Augustine (Alice Winocour, 2012), La Loi du marché (Stéphane Brizé, 2015), L'Apparition (Xavier Giannoli, 2018), En guerre (Stéphane Brizé, 2018)
Michel Piccoli : Habemus papam (Nanni Moretti, 2011)
Bruno Podalydès : Comme un avion (Bruno Podalydès, 2015)
Melvil Poupaud : Grâce à Dieu (François Ozon, 2019)
Jean-Louis Trintignant : Amour (Michael Haneke, 2012)
André Wilms : Le Havre (Aki Kaurismaki, 2011)

15 actrices qui ont débuté ou percé pendant la décennie :
Paula Beer : Frantz (François Ozon, 2016)
Lola Creton : Un amour de jeunesse (Mia Hansen-Love, 2011)
Adèle Exarchopoulos : La Vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013)
Zita Hanrot : Fatima (Philippe Faucon, 2015), L'Ordre des médecins (David Roux, 2019)
Izïa Higelin : La Belle saison (Catherine Corsini, 2015)
Vicky Krieps : Phantom thread (Paul Thomas Anderson, 2018)
Brie Larson : States of Grace (Destin Daniel Cretton, 2014)
Corinne Masiero : Louise Wimmer (Cyril Mennegun, 2012), Les Invisibles (Louis-Julien Petit, 2019)
Noémie Merlant : Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, 2019)
Daphné Patakia : Djam (Tony Gatlif, 2017)
Vimala Pons : La Fille du 14 Juillet (Antonin Peretjatko, 2013), Comme un avion (Bruno Podalydès, 2015), La Loi de la jungle (Antonin Peretjatko, 2016)
Céline Sallette : L'Apollonide (Bertrand Bonello, 2011), Corporate (Nicolas Silhol, 2017)
Soko : Augustine (Alice Winocour, 2012)
Damla Sönmez : Sibel (Cagla Zenciri, Guillaume Giovanetti, 2019)
Kristen Stewart : Sils Maria (Olivier Assayas, 2014), Café Society (Woody Allen, 2016)

15 acteurs qui ont débuté ou percé pendant la décennie :
Swann Arlaud : Petit paysan (Hubert Charuel, 2017)
Timothée Chalamet : Un jour de pluie à New York (Woody Allen, 2019)
Anders Danielsen Lie : Ce sentiment de l'été (Mikhaël Hers, 2016)
Darius : Réussir sa vie (Benoît Forgeard, 2012)
Quentin Dolmaire : Trois souvenirs de ma jeunesse (Arnaud Desplechin, 2015)
Jesse Eisenberg : Café Society (Woody Allen, 2016)
Corentin Fila : Quand on a 17 ans (André Téchiné, 2016), Mes provinciales (Jean-Paul Civeyrac, 2018)
Guillaume Gouix : Jimmy Rivière (Teddy Lussi-Modeste, 2011)
Vincent Lacoste : Amanda (Mikhaël Hers, 2018)
Vincent Macaigne : Un monde sans femmes (Guillaume Brac, 2012), La Fille du 14 Juillet (Antonin Peretjatko, 2013), Tonnerre (Guillaume Brac, 2014), La Loi de la jungle (Antonin Peretjatko, 2016)
Andranic Manet : Mes provinciales (Jean-Paul Civeyrac, 2018)
Kacey Mottet Klein : Quand on a 17 ans (André Téchiné, 2016)
Nahuel Perez Biscayart : 120 battements par minute (Robin Campillo, 2017), Au revoir là-haut (Albert Dupontel, 2017)
Victor Polster : Girl (Lukas Dhont, 2018)
Mathias Schoenaerts : Bullhead (Michaël R. Roskam, 2012), De rouille et d'os (Jacques Audiard, 2012)
Version imprimable | Ephémères | Le Mardi 18/02/2020 | 0 commentaires
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Mon aide-mémoire sur les films du festival Télérama 2020

PARASITE (Bong Joon-Ho)
Ki-woo, jeune adulte au sein d'une famille pauvre (ses deux parents sont au chômage), tient peut-être la chance de sa vie lorsqu'un copain le recommande pour donner des cours particuliers d'anglais à la fille de la richissime famille Park. L'expérience étant concluante, il ne compte pas s'arrêter là... On sait depuis The Host (2006) que Bong Joon-ho n'est jamais aussi bon que lorsqu'il mélange les genres. C'est indubitablement le cas ici, et c'est sans doute ce qui a été récompensé à Cannes (Palme d'or). Le film tient surtout de la farce sur le fossé entre classes sociales opposées. Il fait une utilisation optimale des décors, et de l'interprétation de Song Kang-ho (qui joue le père de Ki-woo). Pour le reste, il s'appuie surtout sur des coups de force scénaristiques, que la mise en scène, aussi inventive soit-elle, ne fait qu'appuyer. C'est un exercice de style brillant, à défaut d'avoir l'amplitude et la subtilité des chefs d'oeuvre.

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU
(Céline Sciamma)
Au XVIIIè siècle, Marianne, une jeune femme peintre (fille de...) est chargée de faire le portrait à son insu d'Héloïse, une jeune bourgeoise sortie du couvent pour être mariée de force au fiancé de sa soeur prématurément décédée. Peint selon les règles en vigueur à l'époque, le résultat est peu probant. Mais les deux jeunes femmes vont se rapprocher... La photographie est magnifique, mais le film n'est pas académique pour autant : certaines scènes très fortes sont représentées de façon inattendue. Le film ne peut absolument pas se réduire au scénario, primé à Cannes et par ailleurs effectivement intéressant (sur ces femmes peintres qui ont disparu de l'histoire de l'art). C'est peu de dire que Noémie Merlant (décidément une révélation de l'année après Les Drapeaux de papier et Curiosa) et Adèle Haenel excellent, leur duo s'ouvrant parfois à Luana Bajrami (la servante) et Valeria Golino (la mère d'Héloïse), comme si la sororité pouvait dépasser un temps les clivages de classe. Céline Sciamma, très à l'aise pour filmer le contemporain (Naissance des pieuvres, Tomboy), sort en apparence de sa zone de confort (en apparence seulement, puisqu'elle continue de filmer au présent, en quelque sorte) tout en confirmant son immense talent.

DOULEUR ET GLOIRE (Pedro Almodovar)
Salvador est cinéaste vieillissant. Il doit surmonter les douleurs, physiques ou psychiques, qui le tiennent éloigné des plateaux de tournage. Un ciné-débat est organisé à la Cinémathèque pour la restauration d'un de ses premiers films, qu'il n'a pas revus depuis trente ans, après s'être brouillé avec l'acteur principal. Des souvenirs plus anciens, de l'enfance, remontent aussi à la surface... Dit comme ça, le synopsis peut ressembler à celui des Fraises sauvages de Bergman, mais la manière est on ne peut plus almodovarienne. Le cinéaste de Parle avec elle ou de Julieta n'a pas son pareil pour tisser des fils narratifs disparates, mélangeant plusieurs époques et/ou plusieurs statuts (réalité ou création) et passer des uns aux autres en toute fluidité. Evidemment, dans le rôle de Salvador, Antonio Banderas est exceptionnel (prix d'interprétation mérité à Cannes, si ce n'est que ça prive une nouvelle fois le cinéaste de la Palme d'or), mais c'est l'ensemble de la direction artistique qui est à saluer : musique (due au fidèle Alberto Iglesias), photographie (couleurs saturées à la Douglas Sirk pour accompagner les aspirations généreuses des personnages), décors (superbe trouvaille de la maison troglodyte, mais l'appartement contemporain n'est pas banal non plus). Devant tant de beauté, gare à l'évanouissement !

LE TRAÎTRE (Marco Bellocchio)
Cela commence par une fête interne à Cosa nostra, au début des années 1980, où les mafieux de Palerme et ceux de Corleone scellent leur entente pour se partager les fruits du trafic d'héroïne. Tout le reste du film, qui ne verse jamais dans une mythologie à l'américaine, va démentir ces flonflons. On suit en particulier Tommato Buscetta, l'un des premiers "repentis" de Cosa nostra (lui dit qu'il est resté fidèle à son "honneur" mais que c'est l'organisation qui a trahi ses valeurs), et qui va surtout collaborer avec le juge Falcone. Les deux hommes savent que les risques qu'ils prennent sont immenses. Cela aboutira à un maxi-procès qui donne lieu aux scènes les plus extravagantes et les plus fortes du film (où les prévenus sont contenus tant bien que mal dans des cages grillagées tel des fauves). Marco Bellocchio change de style et surprend avec cette fresque chronologique mais d'une grande ampleur. Quant à Pierfrancesco Favino, magistral en Buscetta, il aurait très bien pu obtenir le prix d'interprétation à Cannes, si la Palme d'or avait échu à Douleur et gloire. Dans la vraie vie, Almodovar n'a pas eu la récompense suprême, et Le Traître est malheureusement rentré bredouille...

LES MISERABLES (Ladj Ly)
Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité (BAC) de Montfermeil. Il fait connaissance avec ses deux nouveaux coéquipiers, ainsi qu'avec la réalité sociale des quartiers, son économie parallèle faute de mieux. En enquêtant sur le vol d'un lionceau, ils procèdent à des interpellations musclées. L'une tourne mal, et est de plus filmée par un drone... Le premier film de fiction de Ladj Ly s'inspire d'un fait divers survenu en 2008. Si la forme ne renouvelle pas le genre (beaucoup de scènes "nerveuses" caméra à l'épaule), le fond est digne d'intérêt et échappe au sensationnalisme dépolitisé à la Dheepan de Jacques Audiard. Au contraire, à l'exception de la manière peu amène dont il filme des forains caricaturaux, il dénonce les agissements de la BAC, mais en les analysant en premier lieu comme des effets de structure, les personnages étant montrés de manière nuancée. Alors que des géographes médiatiques opposent les pauvres entre eux (banlieues vs campagnes), ce film a au moins le mérite de remettre les pendules à l'heure.

ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD (Quentin Tarantino)
Leonardo Di Caprio interprète un acteur qui peine à sortir des rôles de méchant, et Brad Pitt incarne sa doublure pour les cascades. Ils habitent à côté du couple Roman Polanski - Sharon Tate, on est en 1969... Première surprise, de taille : le Hollywood du titre n'est pas celui du cinéma, mais celui des séries. Quoi, Tarantino, l'amoureux de la pellicule argentique, rend hommage à la télévision ? Son film est une longue suite de scènes qui ne fonctionnent pas très bien (même une séquence humoristique avec soi-disant Bruce Lee est poussive). En fait, tout est fait pour servir un final plus indigeste encore que celui de Inglorious basterds. Tarantino utilise son talent et ses très gros moyens pour parodier des revenge movie de série Z ? Quel gâchis...

ALICE ET LE MAIRE (Nicolas Pariser)
Paul Théraneau (Fabrice Luchini), le maire de Lyon, n'a plus d'idées. Pour y remédier, on fait appel à une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann (Anaïs Demoustier). Un dialogue se noue... Pour son deuxième long métrage, Nicolas Pariser livre un film très écrit, dans une certaine tradition (le titre renvoie à L'Arbre, le maire et la médiathèque, film inclassable d'Eric Rohmer), mais tout en étant très contemporain. Il fait une description précise et cruelle du vide vers lequel s'est dirigée la sociale-démocratie, particulièrement dans les grandes villes (Lyon 2500), ainsi que des dangers de la professionnalisation de la vie politique. La dernière réplique est à l'image de l'ironie qui traverse tout le film. L'épilogue, désabusé, prend néanmoins le risque de conforter les résignés dans leur résignation, même si ce n'est pas le but recherché...

MARTIN EDEN (Pietro Marcello)
Martin Eden est un jeune marin qui, à la suite d'une action de bravoure, rencontre une jeune femme bourgeoise, Elena. Celle-ci veut faire son éducation et l'ouvrir à la littérature. Martin finit par se mettre en tête de devenir écrivain. Mais ce qu'il a à écrire n'est pas forcément du goût qu'a appris à aimer la jeune femme... Le film donne vraiment envie de se plonger dans le roman d'apprentissage de Jack London. L'action est transposée en Italie à une époque indéfinie (dans la première moitié du XXè siècle, mais on y entend Joe Dassin...), et cela rend l'adaptation assez vivante, voire contemporaine : vu d'ici et maintenant, l'histoire de cet écrivain transclasse peut également faire penser à Edouard Louis. Et les aspirations à un anticapitalisme plus libertaire que le socialisme doctrinal de l'époque peuvent encore parler au lecteur/spectateur d'aujourd'hui.

POUR SAMA (Waad Al-Kateab, Edward Watts)
Waad Al-Khateab était encore étudiante lorsque la révolution a éclaté en Syrie, en 2011, et qu'elle a commencé à la filmer, d'abord avec un smartphone, puis une petite caméra. Elle documente les manifestations étudiantes, la répression, puis, plus tard, les bombardements orchestrés par les troupes de Bachar Al-Assad et de ses alliés russes. Mais c'est aussi le récit de la vie d'un jeune couple, celui formé par Waad et Hamza, jeune médecin, la naissance de leur enfant... Le documentaire est à la fois film de correspondante de guerre, portrait de ville (Alep), film de famille et journal intime. Certes, il faut avoir le coeur bien accroché devant certaines scènes, mais il faut le voir quand même, car c'est un document exceptionnel, qui remet les choses à leur place. Vu de France, il a surtout été question de la lutte - indispensable - contre Daesh, au risque de considérations géopolitiques manichéennes (telle ironie facile sur la fiabilité d'informations autour d'hôpitaux qui étaient frappés plusieurs fois), auquel le film apporte des réponses substantielles. Paradoxalement, il y a malgré tout beaucoup de vie dans ce documentaire, et c'est bouleversant.

J'AI PERDU MON CORPS (Jérémy Clapin)
Montage alterné de deux histoires. Dans l'une, Naoufel, un jeune livreur de pizza orphelin, tombe amoureux de Gabrielle, dont il n'entend au début que la voix agacée lors d'une livraison ratée. Dans l'autre, sans parole, une main s'échappe d'un laboratoire et se met à la recherche de son propriétaire. On frissonne lorsqu'elle doit traverser la ville. Car, en plus, cette main, on va s'apercevoir qu'elle est dotée d'une âme. Elle se souvient du corps auquel elle était reliée, comme une personne mutilée continue de ressentir des sensations du membre perdu... Et bien sûr, les deux histoires ont partie liée. Guillaume Laurant (coscénariste du Fabuleux destin d'Amélie Poulain) est à l'origine de cet excellent scénario, mais c'est la manière avec laquelle Jérémy Clapin, dont c'est le premier long métrage, s'en empare qui fait le sel de ce film d'animation. L'inventivité est à tous les étages, sans que cela vire à la performance ; au contraire cette richesse nourrit l'intérêt que l'on porte à cette fable très singulière.

LE LAC AUX OIES SAUVAGES (Diao Yinan)
Un soir de pluie, sur le quai d'une petite gare, un homme et une femme font connaissance. Ils ne s'étaient jamais croisés, mais ne se rencontrent pas par hasard. Quelques flash-backs nous apprennent que Zhou Zenong fait partie d'un gang qui vole des motos et qu'il a tué un policier, pensant tirer sur un concurrent, tandis que Liu Aiai est une "baigneuse" (une prostituée) qui connaît la femme de Zhou. Compte tenu de la récompense accordée à qui retrouvera et dénoncera le fugitif, ce dernier est recherché à la fois par la police et par des truands... Diao Yinan s'était déjà fait remarquer il y a 5 ans avec Black coal, un polar dans le milieu minier. Ici, il livre un film d'une ampleur plus grande, de par une intrigue retorse, une direction d'acteurs impeccable (des personnages aux visages impénétrables pour ne pas signaler leurs intentions), et l'une des plus grandes mises en scène du dernier festival de Cannes, au niveau sonore comme visuel, dans la façon dont les scènes s'agencent et se répondent. Un travail qui, sans jamais tomber dans le pur exercice de style, peut faire écho aux films noirs de toujours comme aux films contemporains de Jia Zhang-Ke.

UNE GRANDE FILLE (Kantemir Balagov)
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans un Léningrad en ruines, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie. Démobilisées de l'Armée rouge, elles sont aides-soignantes dans un hôpital militaire. La première est une grande blonde timide, victime de crises de paralysie temporaires. La seconde est une petite rousse volubile, revenue stérile du front. Elles sont liées par une tragédie (il y a une scène terrible dans les 20 premières minutes). L'histoire des deux héroïnes est forte, les personnages secondaires aussi, et la mise en scène encore plus : plans-séquences posés mais tendus, immense travail sur la lumière et les couleurs  (rouges et verts crus), dans un style aux antipodes de Tesnota, son précédent film (que je n'avais pas aimé). Bien sûr ça n'a rien d'un divertissement, mais ce n'est pas une punition non plus, tant la puissance humaine et artistique devrait venir à bout des réticences a priori.

AN ELEPHANT SITTING STILL (Hu Bo)
Pas vu...

EL REINO (Rodrigo Sorogoyen)
Manuel Lopez-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il s'apprête à rejoindre la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches et peut-être le parti tout entier. Mais Manuel n'est pas disposé à s'avouer vaincu. Il va tout faire pour sauver sa peau, quitte à éclabousser les autres. C'est le début d'un engrenage infernal... L'originalité de ce thriller politique est de se mettre dans les pas d'un corrompu (joué par l'excellent Antonio De la Torre) qui ne veut pas payer pour tous les autres. Après Que Dios nos perdone il y a deux ans, Rodrogo Sorogoyen livre un nouveau film tout en tension. Il a commencé comme script doctor pour des séries, et effectivement c'est le scénario qui impressionne, montrant la vaste étendue des institutions touchées, alors que la mise en scène est certes efficace mais plus monocorde.

SIBEL (Cagla Zencirci, Guillaume Giovanetti)
Dans une vallée proche de la mer Noire en Turquie, les réseaux de communication moderne ne marchent pas ou peu, et pour communiquer d'une plantation à l'autre, les habitants utilisent une langue sifflée qui se transmet depuis des générations. C'est le seul langage que peut utiliser Sibel, une jeune femme muette de 25 ans et par ailleurs fille du maire. Pour se faire accepter, elle tente de chasser le loup qui rôde paraît-il dans la forêt alentour qu'elle connaît comme sa poche. Mais elle y fera une autre rencontre, musclée, celle d'un déserteur qu'elle va soigner et cacher... Bien sûr le film va tourner autour du courage, politique, de la jeune femme et du combat pour son émancipation à l'intérieur d'une société traditionnelle. Mais ce matériau est transcendé par la forme, qui rend ce conte constamment captivant. Damla Sönmez, qui interprète le rôle principal, est une vedette dans son pays, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on comprend pourquoi...

LA FAMEUSE INVASION DES OURS EN SICILE (Lorenzo Mattotti)
Pas vu...
Version imprimable | Ephémères | Le Dimanche 12/01/2020 | 0 commentaires
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Mon top 15 de 2019

1. Douleur et gloire (Pedro Almodovar, Espagne)
2. Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, France)
3. Pour Sama (Waad El-Khateab, Edward Watts, Syrie/Grande-Bretagne)
4. Sorry we missed you (Ken Loach, Grande-Bretagne)
5. La Flor (Mariano Llinas, Argentine)
6. Ceux qui travaillent (Antoine Russbach, Suisse)
7. Une grande fille (Kantemir Balagov, Russie)
8. Le Lac aux oies sauvages (Diao Yinan, Chine)
9. Grâce à Dieu (François Ozon, France)
10. Les Eternels (Jia Zhang-Ke, Chine)
11. Sorry to bother you (Boots Riley, Etats-Unis)
12. Sibel (Cagla Zenciri, Guillaume Giovanetti, Turquie/France)
13. Le Traître (Marco Bellocchio, Italie)
14. Le Jeune Ahmed (Jean-Pierre et Luc Dardenne, Belgique)
15. Être vivant et le savoir (Alain Cavalier, France)

Viennent ensuite (top alternatif) : So long, my son (Wang Xiaoshuai, Chine), Notre Dame (Valérie Donzelli, France), Nous le peuple (Claudine Bories, Patrice Chagnard), Proxima (Alice Winocour, France), An elephant sitting still (Hu Bo), Au nom de la terre (Edouard Bergeon, France), J'veux du soleil (Gilles Perret, François Ruffin, France), Les Invisibles (Louis-Julien Petit, France), L'Angle mort (Patrick-Mario Bernard, Pierre Trividic, France), Bunuel après "L'Âge d'or" (Salvador Simo, Espagne), Martin Eden (Pietro Marcello, Italie), J'ai perdu mon corps (Jérémy Clapin, France), La Cordillère des songes (Patricio Guzman, Chili/France), L'Ordre des médecins (David Roux, France), Quand nous étions sorcières (Nietzchka Keene, Islande/Etats-Unis)
Version imprimable | Films de 2019 | Le Mardi 07/01/2020 | 0 commentaires
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Des films pour finir l'année 2019 (dont quelques rattrapages)

Article susceptible de s'enrichir

  • Bien : Le Lac aux oies sauvages (Diao Yinan), Notre Dame (Valérie Donzelli), An elephant sitting still (Hu Bo), J'ai perdu mon corps (Jérémy Clapin), La Fameuse invasion des ours en Sicile (Lorenzo Mattotti), L'Acre parfum des immortelles (Jean-Pierre Thorn), Jeune Juliette (Anne Emond), Le Voyage du Prince (Jean-François Laguionie, Xavier Picard), La Vie invisible d'Euridice Gusmao (Karim Aïnouz), Les Misérables (Ladj Ly)
  • Pas mal : Talking about trees (Suhaib Gasmelbari), Synonymes (Nadav Lapid), Star Wars IX : L'Ascension de Skywalker (J.J. Abrams), Seules les bêtes (Dominik Moll)
  • Bof : The Lighthouse (Robert Eggers), Les Eblouis (Sarah Suco)

LE LAC AUX OIES SAUVAGES (Diao Yinan, 25 déc) LLL
Un soir de pluie, sur le quai d'une petite gare, un homme et une femme font connaissance. Ils ne s'étaient jamais croisés, mais ne se rencontrent pas par hasard. Quelques flash-backs nous apprennent que Zhou Zenong fait partie d'un gang qui vole des motos et qu'il a tué un policier, pensant tirer sur un concurrent, tandis que Liu Aiai est une "baigneuse" (une prostituée) qui connaît la femme de Zhou. Compte tenu de la récompense accordée à qui retrouvera et dénoncera le fugitif, ce dernier est recherché à la fois par la police et par des truands... Diao Yinan s'était déjà fait remarquer il y a 5 ans avec Black coal, un polar dans le milieu minier. Ici, il livre un film d'une ampleur plus grande, de par une intrigue retorse, une direction d'acteurs impeccable (des personnages aux visages impénétrables pour ne pas signaler leurs intentions), et l'une des plus grandes mises en scène du dernier festival de Cannes, au niveau sonore comme visuel, dans la façon dont les scènes s'agencent et se répondent. Un travail qui, sans jamais tomber dans le pur exercice de style, peut faire écho aux films noirs de toujours comme aux films contemporains de Jia Zhang-Ke.

NOTRE DAME
(Valérie Donzelli, 18 déc) LLL
Maud Crayon, architecte, remporte le concours pour réaménager le parvis de Notre Dame, par méprise ou presque (sa maquette était celle d'un jardin d'enfants pour un autre projet). D'un jour à l'autre, elle dispose d'un budget important et cesse soudainement d'être méprisée par son boss. Dans le même temps, elle élève seule ses deux enfants, mais le père de ceux-ci, en froid avec sa compagne, passe parfois dormir à la maison... En dirigeant avec bonheur ses interprètes (dont elle-même et une Virginie Ledoyen enfin retrouvée), Valérie Donzelli réussit une comédie bien dans son époque (écrite et tournée avant l'incendie de la cathédrale), mais qui devrait rester, car elle emploie des moyens proprement cinématographiques (ce n'est pas un scénario filmé), renouant de façon inventive, et parfois euphorisante, avec le meilleur de la fantaisie et du burlesque.

AN ELEPHANT SITTING STILL (Hu Bo, 9 jan) LLL
Wei Bu, un lycéen dont le meilleur ami est harcelé par une bande de voyous, tient tête à son chef, et l'envoie involontairement valdinguer dans les escaliers avant de s'enfuir. Une de ses amies, élève dans le même lycée, a une liaison avec un enseignant. Un grand-père, que Wei Bu croise par hasard, est poussé par ses enfants à quitter le domicile familial pour aller en maison de retraite. Enfin, le frère aîné de celui qui a chuté dans les escaliers couche avec la femme de son meilleur ami, lequel se suicide... Une sorte de film choral à la chinoise, dans une ville tellement plongée dans un brouillard perpétuel qu'on se croirait parfois dans un noir et blanc, alors qu'il est bien tourné en couleurs. Certes, le film peut faire peur, par sa durée (3h54) ou à cause du destin tragique du cinéaste (suicidé après cet unique tournage). Pourtant, il mérite le détour, tellement la mise en scène est ample, envoûtante, avec ses plans séquences en steadycam (un simple long travelling à la maison de retraite en dit par exemple beaucoup), et, finalement, paradoxalement lumineuse.

J'AI PERDU MON CORPS (Jérémy Clapin, 6 nov) LLL
Montage alterné de deux histoires. Dans l'une, Naoufel, un jeune livreur de pizza orphelin, tombe amoureux de Gabrielle, dont il n'entend au début que la voix agacée lors d'une livraison ratée. Dans l'autre, sans parole, une main s'échappe d'un laboratoire et se met à la recherche de son propriétaire. On frissonne lorsqu'elle doit traverser la ville. Car, en plus, cette main, on va s'apercevoir qu'elle est dotée d'une âme. Elle se souvient du corps auquel elle était reliée, comme une personne mutilée continue de ressentir des sensations du membre perdu... Et bien sûr, les deux histoires ont partie liée. Guillaume Laurant (coscénariste du Fabuleux destin d'Amélie Poulain) est à l'origine de cet excellent scénario, mais c'est la manière avec laquelle Jérémy Clapin, dont c'est le premier long métrage, s'en empare qui fait le sel de ce film d'animation. L'inventivité est à tous les étages, sans que cela vire à la performance ; au contraire cette richesse nourrit l'intérêt que l'on porte à cette fable très singulière.

LA FAMEUSE INVASION DES OURS EN SICILE (Lorenzo Mattotti, 9 oct) LLL
Le vieux Gedeone et sa fille Almerina, baladins en balade, rencontrent au creux d'une montagne un énorme ours. Pour l'amadouer, ils décident de lui raconter une histoire d'ours... Tout commence le jour où Tonio, le fils du roi des ours, est enlevé par des chasseurs dans les montagnes de Sicile. Profitant de la rigueur d'un hiver qui menace son peuple de famine, le roi décide alors d'envahir la plaine où habitent les hommes. Avec l'aide de son armée et d'un magicien, il réussit à vaincre et finit par retrouver Tonio. Mais il comprend vite que le peuple des ours n'est pas fait pour vivre au pays des hommes, certains ours devenant "des hommes pour les ours"... Le roman graphique de Dino Buzzati était réputé inadaptable, mais le grand illustrateur italien Lorenzo Mattotti, débutant dans le long-métrage d'animation, y parvient, tout en restant fidèle à son style visuel inimitable. L'un des récits (car il y en a plusieurs...) est en outre porté par la voix chaleureuse de Jean-Claude Carrière, qui a c'est vrai de l'expérience dans le rôle de conteur...

L'ACRE PARFUM DES IMMORTELLES (Jean-Pierre Thorn, 23 oct) LLL
Documentariste engagé depuis un bon demi-siècle, Jean-Pierre Thorn livre un film-bilan, dans lequel il retrouve des figures de ses précédents documentaires, mais aussi se remémore sa première grande histoire d'amour achevée prématurément par la disparition de l'intéressée en pleine jeunesse. Grâce à un montage alerte et à son sens du récit, on comprend le fil rouge lui permettant de relier des sujets aussi différents que la poussée révolutionnaire de Mai 1968, les luttes de la décennie suivante (lui-même fut ouvrier spécialisé pendant dix ans), la culture hip-hop (dans les années 1990) des filles et fils des prolos précédemment rencontrés, jusqu'aux Gilets jaunes aujourd'hui. Sa manière, qui mêle à la fois un contenu politique substantiel, des embardées poétiques et artistiques (scènes de danse avec notamment Nach, improvisations magnifiques de Serge Tessot-Gay à la guitare), et un récit intime à la première personne du singulier, peut faire penser aux derniers films du chilien Patricio Guzman : les sujets diffèrent, mais c'est un même type de cinéma méditatif.

JEUNE JULIETTE (Anne Emond, 11 déc) LLL
Juliette a 14 ans, et ne se sent pas trop à l'aise au collège. Elle est un peu trop enrobée (elle ne s'en était pas aperçue, jusqu'à ce que des garçons la traitent de grosse). Elle est aussi plus mature que ses camarades de classe, elle adore lire et n'a qu'une seule amie, Léane, avec laquelle elle adore persifler et ironiser sur sa vie scolaire et familiale (elle a un frère aîné et un père qui les élève seul). Son prof principal l'a choisie pour accompagner un gamin de 11 ans légèrement surdoué et inadapté lors des portes ouvertes de l'établissement... L'adolescence est un sujet souvent traité au cinéma. Mais la cinéaste arrive à dépasser les conventions du genre, malgré quelques tics visuels, grâce à une écriture futée, pleine d'humour, qui ne donne pas de leçon, et au charisme de ces jeunes interprètes. Sans oublier, pour les spectateurs français, la finesse du joual (le langage fleuri du Québec).

LE VOYAGE DU PRINCE (Jean-François Laguionie, Xavier Picard, 4 déc) LLL
Avec l'aide de Xavier Picard, Jean-François Laguionie nous offre un prolongement du Château des singes réalisé en 1999, mais peut se voir indépendamment, tout ce dont il faut se rappeler est sur l'écran. Un vieux singe naufragé, le Prince, est sauvé par Tom, un autre singe d'une dizaine d'années, qui le conduit à ses parents, deux chercheurs bannis par l'Académie pour avoir osé croire à l'existence d'autres peuples et retirés dans un vieux muséum d'histoire naturelle... Une fois remis sur pied, le Prince, guidé par son ami Tom, découvre avec intérêt cette civilisation... Laguionie (et sa coscénariste Anik Le Ray) s'inspire du début du XXè siècle pour l'architecture de la ville, la fascination pour la science, les dérives (encore actuelles) du scientisme et du productivisme (l'obsolescence programmée), la cohésion par la peur, la fête foraine et le cinéma des origines (délicieuse séquence évoquant King Kong). Une jolie fable humaniste dénuée de toute niaiserie.

LA VIE INVISIBLE D'EURIDICE GUSMAO (Karim Aïnouz, 11 déc) LLL
Ample adaptation d'un livre signé Martha Bathala racontant le destin de deux soeurs brésiliennes, courant sur plusieurs décennies. On découvre Euridice et Guida, à la fin de leur adolescence, dans les années 1950, à Rio de Janeiro. La première veut devenir pianiste professionnelle, tandis que la seconde recherche un mariage d'amour. Chacune tente de favoriser la liberté ou l'émancipation de l'autre. Mais elles vont rapidement être séparées par les circonstances. Elles se perdent de vue, involontairement, et ne parviennent plus à se retrouver ensuite, chacune pensant que l'autre a refait sa vie à l'étranger. Les deux femmes vont se heurter à la domination masculine de la société brésilienne : l'une devant ravaler son ambition artistique, l'autre devenant mère célibataire après une grossesse non désirée... Le film, qui emprunte plus ou moins les codes du mélodrame, souligne le côté très romanesque du récit, même si ces destinées singulières renvoient au sort de générations entières de femmes.

LES MISERABLES (Ladj Ly, 20 nov) LLL
Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité (BAC) de Montfermeil. Il fait connaissance avec ses deux nouveaux coéquipiers, ainsi qu'avec la réalité sociale des quartiers, son économie parallèle faute de mieux. En enquêtant sur le vol d'un lionceau, ils procèdent à des interpellations musclées. L'une tourne mal, et est de plus filmée par un drone... Le premier film de fiction de Ladj Ly s'inspire d'un fait divers survenu en 2008. Si la forme ne renouvelle pas le genre (beaucoup de scènes "nerveuses" caméra à l'épaule), le fond est digne d'intérêt et échappe au sensationnalisme dépolitisé à la Dheepan de Jacques Audiard. Au contraire, à l'exception de la manière peu amène dont il filme des forains caricaturaux, il dénonce les agissements de la BAC, mais en les analysant en premier lieu comme des effets de structure, les personnages étant montrés de manière nuancée. Alors que des géographes médiatiques opposent les pauvres entre eux (banlieues vs campagnes), ce film a au moins le mérite de remettre les pendules à l'heure.

TALKING ABOUT TREES (Suhaib Gasmelbari, 18 déc) LL
C'est un documentaire insolent, qui tourne autour de quatre hommes. Certains d'entre eux ont largement dépassé l'inique âge pivot, mais ils s'activent pour redonner au vie au cinéma dans leur pays, le Soudan. Par cinéma il faut entendre les deux acceptions : l'oeuvre artistique et la salle de projection, les deux ayant été bannis par la dictature d'Omar El-Béchir, destitué en avril 2019 (deux mois après que ce film a reçu le prix du meilleur documentaire au festival de Berlin). Les quatre compères tentent d'obtenir le droit d'organiser une grande projection publique à Khartoum, en rénovant un cinéma en plein air abandonné et intitulé "La Révolution". L'un d'entre eux a également le souhait de récupérer son film de fin d'études au VGIK de Moscou. Ce n'est presque rien, tourné à la sauvette, mais c'est un acte de résistance qui dit presque tout.

SYNONYMES (Nadav Lapid, 27 mar) LL
Yoav (Tom Mercier), un jeune Israélien, débarque à Paris. Pendant qu'il prend une douche, ses affaires sont dérobées. Gelé, ayant perdu connaissance, il est recueilli par un couple de jeunes bourgeois parisiens (Louise Chevillotte et Quentin Dolmaire, déjà vus respectivement chez Philippe Garrel et Arnaud Desplechin). Il leur explique son rejet de son pays, Israël, et de l'hébreu, avec l'espoir que la France et la langue française le sauveront de la folie de son pays. C'est pourquoi il achète un dictionnaire français de synonymes... C'est très théorique, parfois trop, encore qu'on ne soit pas à un paradoxe près (Yoav accepte des petits boulots à l'ambassade). Heureusement, l'intérêt est rehaussé par le style de la mise en scène, l'interprétation de Tom Mercier, et, dans son final, une ironie qui n'épargne pas la France.

STAR WARS IX : L'ASCENSION DE SKYWALKER (J.J. Abrams, 18 déc) LL
Cette nouvelle trilogie avait gagné de l'ampleur avec Les Derniers Jedi, l'épisode réalisé par Rian Johnson. J.J Abrams revient aux manettes, avec la lourde responsabilité de clore une saga devenue mythique pour plusieurs générations de spectateurs qui n'en attendent pas forcément la même chose. Il fait le spectacle en multipliant les scènes d'action, mais paradoxalement cela manque d'épique (on est loin de Kurosawa ou du Spielberg des années 70 que Abrams affectionne). Même les révélations sur les origines de Rey n'arrivent pas à entretenir suffisamment le mythe. Par contre, la toute fin est assez belle, lorsque tout le monde s'en mêle. Et, en 40 ans, les rôles féminins ont gagné en ampleur : la princesse Leia a certes toujours eu de la personnalité, mais restait en même temps l'objet d'une convoitise amoureuse classique entre Luke Skywalker le jeune naïf et Han Solo le voyou magnifique...

SEULES LES BETES (Dominik Moll, 4 déc) LL
Dominik Moll, le réalisateur de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000, son seul vrai coup d'éclat), nous revient avec une sorte de puzzle autour de la disparition d'une femme lors d'une tempête de neige sur le Causse Méjean. Le scénario, co-écrit avec le fidèle Gilles Marchand d'après un roman de Colin Niel, épouse les points de vue successifs de plusieurs personnages concernés de près ou de loin par cette disparition. Il se déroule sur deux continents, reliés par la mondialisation malheureuse et les solitudes, ultra-modernes ou non. Il en résulte un bon exercice de style, dans la réalisation comme dans l'interprétation, homogène (Denis Ménochet, Laure Calamy, Damien Bonnard), mais qui peine à dépasser vraiment les (habiles) ficelles de l'intrigue.

THE LIGHTHOUSE (Robert Eggers, 18 déc) L
Le projet intriguait (il y a un siècle, deux hommes contraints de cohabiter dans un phare isolé du reste du monde), les choix formels (noir et blanc, format de l'image) laissaient présager des qualités esthétiques. Mais on déchante vite devant ce film de petit malin qui n'est qu'ostentation : surcharge de la bande sonore, cabotinage des interprètes, prétention du scénario et des dialogues. Le "genre" a bon dos. Pour passer le temps, on cherche (et trouve) des métaphores. Mais, globalement, c'est une cuisine qui en met plein la bouche, mais ne nourrit pas...

LES EBLOUIS (Sarah Suco, 20 nov) L
C'est l'histoire d'une famille qui tombe sous la coupe d'une communauté religieuse. Peu à peu, l'aînée, une adolescente de 13 ans, déchante lorsqu'elle doit abandonner ses activités circassiennes, et finit par se rebeller et tente de sauver ses frères et soeurs... C'est un premier film à caractère autobiographique. Le sujet est inattaquable, mais il manque une vraie mise en scène qui nous ferait ressentir ce que l'on voit à l'écran. Ici, au contraire, toutes les informations passent par la parole, et les scènes, seulement illustratives, sont semblables à un téléfilm sans inspiration, malgré des interprètes qu'on aime bien par ailleurs (Darroussin, Caravaca).
Version imprimable | Films de 2019 | Le Dimanche 05/01/2020 | 0 commentaires
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Tops 10 de la décennie 2010-2019

Un échantillon subjectif de la décennie...

Melancholia
Photogramme tiré de "Melancholia" de Lars Von Trier avec Kirsten Dunst

Voici une proposition de double top 10 de la décennie. En effet, pour ne pas avoir trop de regrets (même si j'en ai inévitablement), j'ai établi un top 10 international et un top 10 français.
Cela n'en reste pas moins un échantillon de ce que j'ai le plus aimé pendant la décennie, et je n'ai pas ordonné les films (sauf par ordre chronologique de sortie en France).
Enfin, j'ai effectué cette sélection à partir de la variable film (qui peuvent être des prototypes, en dépit des franchises et modes sérielles).
S'il avait fallu sélectionner les meilleurs cinéastes de la décennie, peut-être que le résultat aurait été un peu différent.
Suivra peut-être d'ailleurs un casting idéal de la décennie, paritaire entre femmes et hommes, tant au niveau des cinéastes que des interprètes, entre personnes confirmées en pleine possession de leurs moyens et nouvelles pousses qui ont percé pendant ces années (même si elles ont parfois débuté dans la décennie précédente).
 
 
10 films internationaux pour se souvenir de la décennie 2010-2019 :

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
(Woody Allen)
Melancholia (Lars Von Trier)
Tabou (Miguel Gomes)
Winter sleep (Nuri Bilge Ceylan)
Carol (Todd Haynes)
Aquarius (Kleber Mendonça Filho)
Moi, Daniel Blake (Ken Loach)
Leto (Kirill Serebrennikov)
Une affaire de famille (Hirokazu Kore-Eda)
Douleur et gloire (Pedro Almodovar)

10 films (majoritairement) français pour se souvenir de la décennie 2010-2019 :

Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz)
Les Neiges du Kilimandjaro (Robert Guédiguian)
Holy motors (Leos Carax)
La Vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche)
Sils Maria (Olivier Assayas)
Peur de rien (Danielle Arbid)
Les Fantômes d'Ismaël (Arnaud Desplechin)
Visages villages (Agnès Varda, JR)
Mes provinciales (Jean-Paul Civeyrac)
Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma)


Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (Woody Allen, sortie 6 octobre 2010)

Après avoir vu des dizaines de films de lui, Woody Allen est arrivé à me surprendre encore une fois. Je pense que c'est un des sommets de sa carrière. En apparence, on suit une demi-douzaine de citadins anglo-saxons et plus cultivés que la moyenne. Woody Allen poursuit le thème du destin, présent dans ses derniers films depuis Melinda et Melinda (2005). Les réparties sont à la fois cinglantes et profondes (quel art de la litote !), mais l'ironie se niche dans l'ensemble de la mise en scène. L'utilisation de la voix off, parfois si fonctionnelle dans des films ordinaires, est ici géniale et virtuose, la musique joue également un rôle important. La magie intervient, mais sa fonction n'est pas d'apporter une touche fantastique, mais donne l'occasion d'une scène de spiritisme férocement drôle et grinçante. On peut trouver de multiples interprétations au film (c'est un chef d'oeuvre), voici modestement la mienne. Poussés par l'hyperindividualisme contemporain, les personnages cherchent tous à se réaliser, ils ne sont ni bons ni mauvais, mais en étant inattentifs aux autres, ils prennent des mauvaises décisions. Les seuls personnages qui s'en sortent vivent avec des chimères... Conclusion personnelle : voilà ce qui arrive quand on hypertrophie la dimension individuelle et qu'on atrophie les dimensions collective et politique (alors que toutes ces dimensions devraient être en interaction) !

Melancholia (Lars Von Trier, sortie 10 août 2011)

Première partie : Justine (Kirsten Dunst) se marie et donne une réception dans la somptueuse propriété de sa sœur (Charlotte Gainsbourg). Deuxième partie : la planète Melancholia entre dans le système solaire et risque de frôler la Terre, selon les scientifiques les plus optimistes... Un film de science-fiction qui ne ressemble à aucun autre, et qui commence comme une farce familiale à la Festen, en moins outrée. Lars Von Trier a créé une atmosphère très singulière, et même un univers particulier et tient la note jusqu'au bout. Un film catastrophe et intime à la fois : la première partie destructurée est aussi une satire du capitalisme et de ses valeurs (que le cinéaste avait déjà croqué d'une autre façon dans Le Direktor), la seconde partie peut se voir au premier degré, même si elle évoque très bien la dépression nerveuse, mais aussi nos impasses collectives et préfigure en cela le succès des théories autour de l'effondrement. Des images splendides, des trouvailles superbes (par exemple ce que fait un petit garçon avec un fil de fer) et une Kirsten Dunst insondable (prix d'interprétation mérité à Cannes, en dépit de la conférence de presse désastreuse du cinéaste, digne d'un personnage des Idiots et qui l'a sans doute privé de la Palme d'or !).

Tabou (Miguel Gomes, sortie 5 décembre 2012)

Dans un immeuble de Lisbonne vivent trois femmes : Pilar, retraitée pieuse mais dévouée aux causes humanitaires (Pilar accompagne aussi parfois un homme amoureux d'elle qu'elle n'aime pas), Aurora, sa voisine octogénaire excentrique, et Santa, la femme de ménage noire de celle-ci. Juste avant de mourir, Aurora prononce le nom d'un homme, Ventura, qu'elle a connu au temps de sa jeunesse. Retrouvé, Ventura raconte son histoire avec Aurora dans les années 50-60 au pied du mont Tabou dans une Afrique pas encore décolonisée... C'est l'un des chocs cinématographiques de l'année. Le titre fait référence à Murnau. Mais autant dans le Tabou de Murnau l'histoire d'amour était contrariée en partie par l'avancée de la soi-disant civilisation, autant la passion évoquée dans ce film, entre deux colons, l'est par les derniers soubresauts de la colonisation (pas montrée sous un jour positif). Tout le film est en noir et blanc, mais différemment dans la seconde partie. Celle-ci est muette dans ses dialogues, mais extrêmement lyrique par la musique des sixties, les bruitages, la voix off très belle du narrateur, le mystérieux crocodile, et réhausse rétrospectivement l'intérêt de la première partie. Miguel Gomes réussit une superbe synthèse entre un retour très premier degré à l'innocence du cinéma des origines, et une sophistication distanciée très moderne.

Winter sleep (Nuri Bilge Ceylan, sortie 6 août 2014)

Ayden, comédien à la retraite, tient un petit hôtel de luxe, dans un site remarquable, avec sa jeune épouse Nihal (qu'il semble ne plus aimer) et aussi Neda, sa soeur récemment divorcée. A quelques encablures, le village, troglodyte comme l'hôtel, abrite des pauvres, dont des locataires endettés d'Ayden... Nuri Bilge Ceylan réussit le tour de force de nous intéresser pendant 3h15 à son trio de personnages principaux, alors que l'homme est assez peu sympathique (un peu comme dans Les Climats). Ce n'est certes pas le choc des Scènes de la vie conjugale de Bergman (comparaison peu pertinente), mais les longues confrontations entre Ayden et Nihal ou Neda sont denses, profondes. Surprise stylistique : le cinéaste d'Il était une fois en Anatolie livre peu de plans larges, mais beaucoup de champs/contre-champs qui enferment les personnages dans leur logique propre.

Carol (Todd Haynes, sortie 13 janvier 2016)

Il y a une quinzaine d'années, Todd Haynes avait réalisé Loin du paradis, un mélodrame se situant dans les années 50. La mise en scène était inspirée des films sophistiqués de Douglas Sirk réalisés à l'époque, mais le fétichisme dans l'utilisation assez théorique des couleurs (rouges flamboyants) ne parvenait pas à égaler l'émotion des chefs d'oeuvre du maître (comme Le Mirage de la vie). Dans Carol, la forme est encore incroyablement soignée (mouvements d'appareil, lumière, costumes etc), mais cette fois-ci l'émotion prend. Le cinéaste ne prend pas de haut ses personnages en entomologiste omniscient, il est en empathie avec elles. Du coup il insuffle la vie dans cette histoire d'amour à New-York au début des fifties, entre Carol et Therese, deux femmes de classes sociales différentes et d'âge distincts, amour contrarié par les convenances sociales (les mots n'existaient même pas encore pour décrire ce type de relation). Les interprétations de Cate Blanchett et Rooney Mara sont indissociables l'une de l'autre, et la décision du jury cannois d'en récompenser une seule est assez incompréhensible.

Aquarius (Kleber Mendonça Filho, sortie 28 septembre 2016)

A Recife, Clara, critique musicale à la retraite qui a plutôt bien gagné sa vie, est la dernière propriétaire à rester dans son immeuble, alors que tous les autres ont quitté les lieux et vendu leur appartement à un promoteur qui souhaite transformer l'endroit en un immeuble de grand standing et sécurisé. De la fenêtre on voit la plage, où il est interdit de se baigner trop loin à cause des requins, mais c'est d'autres requins que devra affronter Clara. Cela pourrait être une nouvelle chronique de l'accroissement des inégalités et de la pression foncière des plus riches sur le reste de la population urbaine, or Kleber Mendonça Filho a l'intelligence d'intégrer cet aspect dans un ensemble plus large. De fait, tous les ingrédients du film sont goûteux : le jeu imposant de l'actrice principale Sonia Braga (mais aussi de Barbara Colen qui joue Clara plus jeune dans un prologue superbe ramenant en 1980), la puissance de la mise en scène dans sa maîtrise de l'espace, l'importance des décors et objets de l'appartement pour en faire un lieu de mémoire (celui où les enfants ont grandi) et de sensualité (délicieuse écoute de vinyles judicieusement choisis). Tout n'est peut-être pas parfait dans cette profusion romanesque, mais cette oeuvre de résistance est assurément un des grands films de l'année (voire davantage).

Moi, Daniel Blake (Ken Loach, sortie 26 octobre 2016)

Daniel Blake est un menuisier de 59 ans qui est obligé par son médecin, suite à des problèmes cardiaques, de s'arrêter de travailler. Mais dans le même temps, il est obligé par l'assurance chômage de rechercher un emploi sous peine de sanction. Dans un « job center », il fait la connaissance de Katie, une mère célibataire en difficulté... Après avoir vu (presque) tous les films en compétition à Cannes, la Palme d'or pour ce film est finalement une très bonne idée ! En terme purement cinématographique, la mise en scène n'est pas avant-gardiste, mais il y a une vraie efficacité et je n'ai vu en revanche aucune maladresse ni faute de goût. Ken Loach a pris la peine de construire de vrais personnages (s'il n'avait pas eu la récompense suprême, le scénario et l'interprétation de Dave Johns auraient pu être célébrés). Une nouvelle fois, Loach n'est pas manichéen, sa grande affaire c'est la justice, pas une morale binaire (bien/mal). Un film avec peu d'espoir ? Oui, peut-être, mais, avec quelques notes d'humour grinçant, un film de colère (celle du réalisateur) et de dignité (celle des personnages).

Leto (Kirill Serebrennikov, sortie 5 décembre 2018)

Un été au début des années 1980 à Leningrad. L'heure n'est pas encore à la Glasnost ou à la Perestroïka, mais un groupe de musiciens s'échangent de la main à la main des enregistrements de David Bowie et Lou Reed. C'est dans ce contexte qu'on suit les efforts de Mike Naumenko, l'un des artistes locaux les plus talentueux du moment, pour émerger : le rock n'est pas interdit en URSS, mais chaque morceau doit recevoir l'aval de certaines autorités. Mike est un peu plus âgé que les autres, il est marié à la belle Natacha (Irina Starshenbaum, dont les regards sont aussi un peu les nôtres) lorsqu'il rencontre le jeune Viktor Tsoï, en qui il décèle un véritable potentiel. Le film a, on le voit, quelques points communs avec Cold War (y compris dans le choix du noir et blanc), mais il s'en distingue toutefois. La mise en scène de Pawel Pawlikowski était toute en maîtrise et en ellipses maximales, alors que celle de Kirill Serebrennikov fait le choix de l'immersion totale dans une génération, à travers quelques figures (les deux musiciens vedettes ont réellement existé) qu'on suit à la trace dans leur quotidien et leurs désirs d'émancipation. Cela donne lieu notamment à des scènes d'envolées jubilatoires, qui se concluent par un personnage indiquant qu'elles n'ont jamais existé... Bref, la fièvre juvénile face aux freins de l'ordre établi. Dans l'état d'esprit, c'est donc un des films les plus punks de l'année.

Une affaire de famille (Hirokazu Kore-Eda, sortie 12 décembre 2018)

Une petite fille, visiblement battue, traîne dans la rue, et est recueillie par une famille... La famille est le sujet de prédilection de Kore-Eda depuis une bonne douzaine d'années, ce qui a donné des films sensibles, parfois franchement réussis (Still walking), parfois mineurs (I wish). Mais ici, il n'y a pas beaucoup de liens du sang dans cette cellule chaleureuse qui fait cohabiter trois générations. L'éducation est elle-aussi très alternative : la fille aînée s'exhibe dans un peep-show, tandis que le fils pré-ado fait souvent les courses, parfois accompagné de son père, mais sans jamais passer à la caisse... Le scénario est formidable, car il procède par petites touches, loin de rails programmatiques tout faits, mais en plus il est exécuté avec une grande intelligence. Hirokazu Kore-Eda pratique ici un cinéma inspiré et méticuleux, presque bressonien (pas seulement pour les pickpockets, mais aussi pour tout un art de la métonymie, par exemple quelques oranges qui roulent par terre deviennent poignantes...), tout en abordant avec grâce des thématiques fortes, qu'elles soient existentielles (la mort, la sexualité) ou sociales (la survie dans la pauvreté, la toute-puissance du patronat, l'insuffisance des couvertures sociales). Un sommet assez transgressif dans la carrière du cinéaste, et une Palme d'or méritée (même si plusieurs films étaient du même niveau, dans une sélection de très haute tenue).

Douleur et gloire (Pedro Almodovar, sortie 17 mai 2019)

Salvador est cinéaste vieillissant. Il doit surmonter les douleurs, physiques ou psychiques, qui le tiennent éloigné des plateaux de tournage. Un ciné-débat est organisé à la Cinémathèque pour la restauration d'un de ses premiers films, qu'il n'a pas revu depuis trente ans, après s'être brouillé avec l'acteur principal. Des souvenirs plus anciens, de l'enfance, remontent aussi à la surface... Dit comme ça, le synopsis peut ressembler à celui des Fraises sauvages de Bergman, mais la manière est on ne peut plus almodovarienne. Le cinéaste de Parle avec elle ou de Julieta n'a pas son pareil pour tisser des fils narratifs disparates, mélangeant plusieurs époques et/ou plusieurs statuts (réalité ou création) et passer des uns aux autres en toute fluidité. Evidemment, dans le rôle de Salvador, Antonio Banderas est exceptionnel (prix d'interprétation mérité à Cannes, si ce n'est que ça prive une nouvelle fois le cinéaste de la Palme d'or), mais c'est l'ensemble de la direction artistique qui est à saluer : musique (due au fidèle Alberto Iglesias), photographie (couleurs saturées à la Douglas Sirk pour accompagner les aspirations généreuses des personnages), décors (superbe trouvaille de la maison troglodyte, mais l'appartement contemporain n'est pas banal non plus). Devant tant de beauté, gare à l'évanouissement !

Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz, sortie 20 octobre 2010)

C'est un film fleuve de 4 heures et demie, où les nombreuses rivières font les grandes fortunes (au sens ancien de destinées). Il s'agit d'une commande de la télévision portugaise pour adapter le roman éponyme de Camilo Castelo Branco. Le résultat est donc d'une profusion narrative réjouissante : on y croise, entre autres, un orphelin souffre-douleurs de ses camarades d'internat, un curé mystérieux (son protecteur), un aristocrate ayant fait fortune au Brésil, une épouse tyrannisée par le mari choisi par son père, une noble française voulant réparer un affront etc... Formellement, la mise en scène est tout sauf académique : bien que conçu pour la télévision, le film est filmé le plus souvent en plans séquences dont l'inventivité, dans les mouvements de caméra, dans la profondeur de champ, fait le sel (par exemple, tous ses intriguants sont épiés dans leurs discussions intimes par leurs domestiques !). Un sommet dans la carrière de Raoul Ruiz...

Les Neiges du Kilimandjaro (Robert Guédiguian, sortie 16 novembre 2011)

Marseille. Au port, deux délégués syndicaux tirent au sort les 20 licenciés de la boîte dans laquelle ils travaillent. L'un deux (Jean-Pierre Darroussin) fait partie du lot. Proche de la retraite, il se satisfait de son bonheur auprès de son épouse (Ariane Ascaride), avec laquelle ils fêtent leurs 30 ans de mariage, de son rôle de grand-père, et de ses souvenirs de syndicaliste engagé. Jusqu'au jour où... Après s'être essayé depuis dix ans à différents genres, notamment le film noir (Lady Jane) ou la reconstitution historique (L'Armée du crime), Robert Guédiguian revient sur ses terres avec une comédie dramatique relevée (les scènes de comédie et de drame sont franches et se succèdent sans se mélanger). Une fable politique et sociale aiguisée et néanmoins subtile, dans laquelle chacun a ses raisons, mais n'a pas toujours raison. Un film qui fait du bien (c'est l'humain d'abord), par un grand cinéaste et grand directeur d'acteurs (c'est un plaisir de retrouver les habitués : Darroussin, Ascaride, Meylan, mais aussi Maryline Canto, Anaïs Demoustier, Julie-Marie Parmentier ou Grégoire Leprince-Ringuet).

Holy motors (Leos Carax, sortie 4 juillet 2012)

Quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, qui voyage de vie en vie. Tour à tour homme d'affaires, mendiante, créature monstrueuse, père de famille, vieillard, il joue une multitude de rôles, mais sans caméras apparentes, ni public averti. Il est uniquement accompagné de Céline, qui le conduit de rendez-vous en rendez-vous dans une immense limousine blanche qui lui sert de loge... Pas facile de décrire le nouveau film de Leos Carax, ni même une seule scène (même si c'est tentant : il y a des morceaux d'anthologie). L'exercice serait aussi vain que de paraphraser de la poésie. Car il s'agit bien d'un poème visuel, parfois assez trash, du cinéma total, dont les influences vont de Feuillade à Weerasethakul en passant par Franju et Lynch. Un hommage aux comédiens en général et à Denis Lavant en particulier. Une ode à la vie, qui nous impose plusieurs rôles simultanés. Peu importe qu'on n'y aime pas forcément tout, ce qui compte c'est "la beauté du geste"...

La Vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, sortie 9 octobre 2013)

Beaucoup ont écrit qu'il s'agissait d'un film sur la passion. Oui, mais ce n'est pas exactement un film incandescent, et c'est surtout un film beaucoup plus riche que ça. Cela commence comme dans L'Esquive avec un cours de français autour de Marivaux. Adèle (Adèle Exarchopoulos, LA révélation de l'année) est une élève de première issue d'une famille modeste de la banlieue lilloise, qui adore les livres. Cela pourrait être un film de lycée, du style Entre les murs, mais il ne s'arrête pas là. En suivant Adèle pendant une petite dizaine d'années, on assiste avec empathie à toutes ses premières fois : premiers flirts avec des garçons, première rencontre avec Emma, jeune femme aux cheveux bleus, étudiante aux Beaux-Arts (Léa Seydoux), premiers ébats, plus tard premiers pas professionnels... Un film sur l'éducation sentimentale, mais aussi sur l'éducation tout court. Sur l'art, sa création, comme sa réception et sa transmission. Et, oui, sur la passion amoureuse et son évolution dans le temps... Formellement le montage est extrêmement fluide, on ne voit pas le temps passer (on en redemanderait), l'impression d'immersion est renforcée par la mise en scène et le nombre incroyable de gros plans (au moins deux heures sur les trois), en particulier sur le visage des interprètes.

Sils Maria (Olivier Assayas, sortie 20 août 2014)

A 18 ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, une jeune fille ambitieuse et trouble qui conduira au suicide une femme mûre, Helena. Vingt ans plus tard, on propose à Maria de reprendre cette pièce, mais cette fois dans le rôle d'Helena... En grande forme, Olivier Assayas livre un grand film d'actrices à tous points de vue, mais aussi un hommage à leurs assistantes. Troublante correspondance entre théâtre et réalité (quelques scènes sont remarquables de confusion, comme dans Aimer, boire et chanter, le dernier Resnais). Kristen Stewart est très convaincante, et Juliette Binoche aurait mérité le prix d'interprétation à Cannes. Très romanesque, fluide dans l'agencement des séquences comme dans la composition des plans, le film n'aurait pas dû repartir bredouille non plus.

Peur de rien (Danielle Arbid, sortie 10 février 2016)

Pour son premier tournage en France, la cinéaste Danielle Arbid revient à une veine autobiographique, douze ans après le beau Dans les champs de bataille. Elle y raconte l'histoire de Lina, une jeune Libanaise qui débarque en France à l'âge de 18 ans, vers le mitan des années 1990, pour poursuivre ses études dans une fac parisienne. C'est un parcours initiatique que l'on découvre : l'oncle déjà installé ici et dont elle s'éloigne rapidement, une camarade de promo qui l'invite à une fête un peu particulière, les relations avec les garçons, la découverte de professeurs d'arts et de lettres assez épatants (mention spéciale à Dominique Blanc). Le film est très haut en couleurs (du vrai cinéma), les personnages sont loin des clichés, les difficultés de ce parcours de combattante n'empêche pas une bonne dose d'humour, l'époque est finement restituée (conversations, musique), sans oublier le courage et l'inconscience de la jeunesse (d'où le titre). La jeune actrice principale, Manal Issa, est formidable, avec il est vrai de très bons partenaires (Paul Hamy, Damien Chapelle, Vincent Lacoste).

Les Fantômes d'Ismaël (Arnaud Desplechin, sortie 17 mai 2017)

Ismaël (Mathieu Amalric) est un cinéaste, retiré près de l'océan pour terminer l'écriture d'un film, seulement accompagné de Sylvia (Charlotte Gainsbourg), sa compagne astrophysicienne. Le principal fantôme, c'est Carlotta (Marion Cotillard), son ex-épouse peinte sur un tableau accroché au mur, qui a disparu sans laisser de traces 21 ans plus tôt, et qui surgit sur la plage, bien vivante, pour renouer avec Ismaël. Leurs interactions vont faire, comme on l'imagine, des étincelles, mais le film est beaucoup plus riche que ça, et cette situation de départ un poil trop écrite. Romanesque, il raconte aussi une histoire de diplomate ou d'espion (un certain Dédalus, comme dans d'autres Desplechin), dont on peine à comprendre dès le début le rapport avec l'intrigue principale. Faussement flottant au départ, le film peu à peu s'emballe et s'amuse à rassembler toutes les pièces du puzzle dans une deuxième moitié assez irrésistible. Rien n'est anodin, tous les détails finissent par compter. Le montage est exceptionnel, et la mise en scène a ses audaces (un voyage en train vers Roubaix filmé de façon très originale, un exemple parmi beaucoup d'autres). Le drame sentimental s'aère par des éléments de comédie d'un humour très singulier (autodérision ?) et jubilatoire. Le film rejoint Rois et reine et Un conte de Noël parmi les plus grandes réussites d'Arnaud Desplechin, qui montre là son amour du cinéma, offrant en une seule séance une richesse que des scénaristes de série télévisée déclineraient en de multiples épisodes...

Visages villages (Agnès Varda et JR, sortie 28 juin 2017)

Dès le générique, excellent, on est prévenu : l'association entre Agnès Varda, cinéaste aussi majeure qu'inclassable, et JR, "street artist", va faire des étincelles. L'idée de départ est de partir à la rencontre d'inconnu-e-s dans les villages français (dans le bassin minier ou des régions agricoles), de les photographier grâce à leur camion-photomaton, et de les exposer en très grand, de façon plus ou moins éphémère, par collage, sur un lieu emblématique. La technique, la créativité de JR sont impressionnantes, mais la crédibilité de la démarche vient surtout de la générosité d'Agnès Varda. Comme dans Les Glaneurs et la glaneuse, c'est elle qui est la plus douée pour réaliser des rencontres émouvantes, mettre en lumière des personnes qui n'y sont pas habituées, les respecter, restituer leur personnalité, leur dignité et leur mémoire. Elle y met du sien, en assumant sa vulnérabilité et ses problèmes de vue (elle voit de plus en plus flou), tout en étant au meilleur de sa forme au niveau du montage, intuitif, d'une folle liberté. Si on gratte un peu, la politique n'est jamais très loin. Un des films les plus emballants de la période, d'une inventivité aussi grande que sa sensibilité.

Mes provinciales (Jean-Paul Civeyrac, sortie 18 avril 2018)

Etienne quitte sa province et s'éloigne de sa copine pour monter à Paris et faire des études de cinéma à la fac. Il y fait la rencontre d'étudiants intransigeants, tandis que sa colocataire n'est pas insensible à son charme... Jean-Paul Civeyrac, cinéaste par intermittence (il est aussi enseignant en cinéma), avait déjà réalisé de beaux films (A travers la forêt, Mon amie Victoria), mais celui-ci est d'une toute autre ampleur romanesque. On aurait pu craindre au tout début un film inscrit dans un tout petit milieu (celui des cinéphiles les plus idéalistes), on y disserte par exemple sur Boris Barnet, l'un des grands cinéastes soviétiques de l'époque muette, mais rapidement le film tient du roman d'apprentissage total, aussi bien au niveau artistique qu'intime, existentiel en somme (sur la recherche de la conformité des actes avec la pureté des intentions). Jean-Paul Civeyrac s'appuie sur des dialogues brillants, un noir et blanc aussi vibrant que dans les meilleurs Phillippe Garrel (notamment Les Amants réguliers), une utilisation inspirée de Jean-Sébastien Bach et sur de jeunes comédiens très à l'aise dans le cinéma d'auteur le plus exigeant : la découverte Andranic Manet dans le rôle principal, mais aussi Corentin Fila (Quand on a 17 ans), Sophie Verbeeck (A trois on y va), Jenna Thiam (L'indomptée), Diane Rouxel (Fou d'amour). Une grande réussite trop peu vue.

Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma, sortie 18 septembre 2019)

Au XVIIIè siècle, Marianne, une jeune femme peintre (fille de...) est chargée de faire le portrait à son insu d'Héloïse, une jeune bourgeoise sortie du couvent pour être mariée de force au fiancé de sa soeur prématurément décédée. Peint selon les règles en vigueur à l'époque, le résultat est peu probant. Mais les deux jeunes femmes vont se rapprocher... La photographie est magnifique, mais le film n'est pas académique pour autant : certaines scènes très fortes sont représentées de façon inattendue. Le film ne peut absolument pas se réduire au scénario, primé à Cannes et par ailleurs effectivement intéressant (sur ces femmes peintres qui ont disparu de l'histoire de l'art). C'est peu de dire que Noémie Merlant (décidément une révélation de l'année après Les Drapeaux de papier et Curiosa) et Adèle Haenel excellent, leur duo s'ouvrant parfois à Luana Bajrami (la servante) et Valeria Golino (la mère d'Héloïse), comme si la sororité pouvait dépasser un temps les clivages de classe. Céline Sciamma, très à l'aise pour filmer le contemporain (Naissance des pieuvres, Tomboy), sort en apparence de sa zone de confort (en apparence seulement, puisqu'elle continue de filmer au présent, en quelque sorte) tout en confirmant son immense talent.
Version imprimable | Ephémères | Le Vendredi 20/12/2019 | 0 commentaires
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Des films de l'automne 2019

  • Bravo : Sorry we missed you (Ken Loach)
  • Bien : Le Traître (Marco Bellocchio), Proxima (Alice Winocour), La Cordillère des songes (Patricio Guzman), Little Joe (Jessica Hausner), Gloria Mundi (Robert Guédiguian), Le Char et l'olivier (Roland Nurier), It must be heaven (Elia Suleiman)
  • Pas mal : Debout sur la montagne (Sébastien Betbeder), A couteaux tirés (Rian Johnson), Knives and skin (Jennifer Reeder)

SORRY WE MISSED YOU (Ken Loach, 23 oct) LLLL
Ken Loach aurait pu s'arrêter après Moi, Daniel Blake, sa deuxième Palme d'or. S'il revient, ce n'est pas pour ne rien dire. Son affaire, c'est d'abord celle de Ricky, un père de famille qui tente de se refaire en se mettant à son propre compte (pense-t-il) en tant que chauffeur-livreur qui vend ses services à une plateforme de type Uber. Il s'endette pour acheter un camion, mais il compte sur un rapide retour sur investissement. Evidemment, ça ne va pas se passer comme ça... A première vue, le film peut sembler constituer le second volet d'un diptyque constitué avec le précédent. Or si le premier réservait des pointes d'humour acides et rageuses, celui-ci assume le drame, presque un mélodrame, mais sans effet (musique réduite à la portion congrue). On voit la vie de famille du personnage principal, et ce n'est pas si fréquent chez Loach. La situation de sa femme, auxiliaire de vie à domicile, toujours à vadrouiller à horaires discontinus, est d'ailleurs tout aussi poignante. Et tout cela n'est pas sans conséquences sur les enfants... Il est de bon ton, dans certains milieux cinéphiles, de dénigrer le naturalisme qui est parfois confondu avec une absence de style. Mais la puissance implacable de ce film vient démontrer le contraire (au pire, c'est une magnifique exception à la règle).

LE TRAÎTRE (Marco Bellocchio, 30 oct) LLL
Cela commence par une fête interne à Cosa nostra, au début des années 1980, où les mafieux de Palerme et ceux de Corleone scellent leur entente pour se partager les fruits du trafic d'héroïne. Tout le reste du film, qui ne verse jamais dans une mythologie à l'américaine, va démentir ces flonflons. On suit en particulier Tommato Buscetta, l'un des premiers "repentis" de Cosa nostra (lui dit qu'il est resté fidèle à son "honneur" mais que c'est l'organisation qui a trahi ses valeurs), et qui va surtout collaborer avec le juge Falcone. Les deux hommes savent que les risques qu'ils prennent sont immenses. Cela aboutira à un maxi-procès qui donne lieu aux scènes les plus extravagantes et les plus fortes du film (où les prévenus sont contenus tant bien que mal dans des cages grillagées tel des fauves). Marco Bellocchio change de style et surprend avec cette fresque chronologique mais d'une grande ampleur. Quant à Pierfrancesco Favino, magistral en Buscetta, il aurait très bien pu obtenir le prix d'interprétation à Cannes, si la Palme d'or avait échu à Douleur et gloire. Dans la vraie vie, Almodovar n'a pas eu la récompense suprême, et Le Traître est malheureusement rentré bredouille...

PROXIMA (Alice Winocour, 27 nov) LLL
D'un premier abord, le film semble s'inscrire dans la lignée d'un certain revival du cinéma spatial. En effet, on y suit Sarah (Eva Green), une astronaute française qui s'apprête à rejoindre pour un an une station spatiale en orbite, la dernière mission avant Mars... Mais le film est assez éloigné des productions hollywoodiennes type First man (Damien Chazelle, 2018). D'abord parce que l'entraînement y a une place prépondérante, y compris un campement, à la belle étoile (forcément). Ensuite parce que c'est l'histoire singulière d'une femme dans un monde d'hommes, qui devra déjouer les préjugés sexistes. Et enfin parce que c'est aussi l'histoire de la séparation (provisoire, sauf accident) entre Sarah et sa fille de 8 ans, la bien-nommée Stella. Et, chose suffisamment rare pour être soulignée, l'enfant n'est pas là pour émouvoir ou faire mignon : Stella a une vraie personnalité (Zélie Boulant-Lemesle, toujours juste), et fait presque littéralement décoller le film.

LA CORDILLERE DES SONGES (Patricio Guzman, 30 oct) LLL
Presque dix ans après l'excellent Nostalgie de la lumière, Patricio Guzman clôt sa trilogie méditative sur le Chili, qui emmêle paysages, histoire et devoir de mémoire. Après le désert d'Atacama, c'est dans la Cordillère des Andes, qui recouvre près de 80 % du territoire chilien, qu'il puise son inspiration. Mais à cette matière philosophique et poétique, il mêle à la première personne du singulier ses souvenirs d'exilé, tout en recueillant d'autres témoignages, comme celui de Pablo Salas, qui n'a cessé de filmer des manifestations et de les archiver, même pendant les heures les plus sombres du pays. Il y est bien sûr question une nouvelle fois de la dictature de Pinochet, mais aussi du ravage des politiques néolibérales que le régime a expérimentées, qui sont restées en place après sa chute et ont été appliquées au monde entier, avec le résultat que l'on sait...

LITTLE JOE (Jessica Hausner, 13 nov) LLL
Alice est une phytogénéticienne reconnue. Elle vient de créer une fleur étrange, révolutionnaire, qui, si l'on en prend bien soin, aurait le pouvoir de rendre son propriétaire heureux. Sans attendre les derniers résultats des labos et sa mise sur le marché, elle en offre une à Joe, son fils adolescent qu'elle élève seule... Jessica Hausner excelle dans l'ironie froide, clinique, distanciée (notamment dans l'excellent Amour fou). C'est encore le cas ici. Le film distille un malaise, par une série de petits incidents (l'utopie technoscientifique virant comme on s'en doute à la dystopie), et par un sens aiguisé de la mise en scène : couleurs étranges (y compris dans la chevelure d'Emily Beecham, prix d'interprétation féminine à Cannes), sens du cadre et de la composition des plans... La cinéaste prouve qu'on peut faire du cinéma à la lisière du fantastique sans tomber dans les clichés du genre.

GLORIA MUNDI
(Robert Guédiguian, 27 nov) LLL
Cela commence par un événement heureux : la naissance de la petite Gloria. Mais la famille est précaire : le papa tente de s'en sortir en devenant chauffeur-livreur pour une célèbre plateforme. Et, comme dans le dernier Ken Loach (Sorry we missed you), cela ne va pas très bien se passer... Mais le propos de Guédiguian est un peu autre. Il dresse le constat d'une société qui a perdu le sens de la solidarité, et où même celles et ceux qui n'ont pas grand chose semblent contaminés par l'idéologie individualiste. Par exemple, Ariane Ascaride joue un personnage non gréviste... Quant à Grégoire Leprince-Ringuet et Lola Naymark, ils campent un jeune couple qui se vante de réussir en tenant une boutique de dépôt/vente qui exploite les plus pauvres qu'eux. Le contrepoint est donné par le grand-père biologique de la nouvelle venue, qui sort d'une longue peine de prison et compose des haïkus. Un personnage humaniste et sacrificiel, l'un des plus beaux jamais incarnés par Gérard Meylan.

LE CHAR ET L'OLIVIER (Roland Nurier, 6 nov) LLL
Certes, ce documentaire sur le conflit israélo-palestinien a été fait avec quelques dizaines de milliers d'euros, et son originalité ne réside pas dans la recherche formelle, il est surtout constitué d'entretiens. En revanche, sa rigueur intellectuelle et son souci de pédagogie constituent ses grandes forces. A l'aide d'historiens, de journalistes (notamment Dominique Vidal et Alain Gresh), de membres de l'ONU ou de simples citoyens, il donne les clés pour retracer les enjeux historiques et juridiques de ce territoire, de la partition artificielle entre la France et la Grande-Bretagne de la Palestine historique jusqu'aux origines colonialistes du sionisme (parfois soutenu par des antisémites, ce qui rend particulièrement déplorable l'assimilation faite jusqu'au sein de l'Assemblée nationale française entre antisionisme et antisémitisme), des conséquences de la Shoah au traitement discutable du conflit par les médias dominants (l'impossible équilibre entre colons et colonisés). Un beau film didactique, touffu, et "partial" puisque tout simplement en faveur du respect du droit international.

IT MUST BE HEAVEN (Elia Suleiman, 4 déc) LLL
Elia Suleiman continue de cultiver son personnage à la Buster Keaton pour son apparente placidité (observateur muet, une exception confirmant la règle), mais le style pourrait tout aussi bien faire penser à Jacques Tati (incongruité de la composition des plans, humour lent). Dans une succession de saynètes sans transitions, il propose un triptyque Nazareth / Paris / New York. Vu d'ici, le deuxième segment est le plus satirique : fantasme de la ville-mode, obsession de la sécurité cf défilé de chars devant la Banque de France, ou encore la montée de l'individualisme, s'asseoir dans un jardin public devenant un jeu de chaises musicales...

DEBOUT SUR LA MONTAGNE (Sébastien Betbeder, 30 oct) LL
Quatorze ans après s'être perdus de vue après le lycée, trois amis d'enfance, Bérénice, Stan et Hugo se retrouvent dans leur village natal, à l'occasion de l'enterrement du frère de ce dernier. Après avoir démissionné de l'Education nationale, Hugo s'est réinstallé dans le village, afin d'écrire un spectacle de stand up et vendre la ferme familiale. Bérénice et Stan, qui sont eux-aussi à la recherche d'un équilibre, squattent aussi chez lui et lui tiennent compagnie. Il y a beaucoup de fantaisie (le curé fan de films d'horreur), peut-être un peu trop, des touches fantastiques, y compris le fait que le trio subvienne à ses besoins sans travailler. Mais les personnages sont très attachants, et le cadre montagnard agréable...

A COUTEAUX TIRES (Rian Johnson, 27 nov) LL
Un amateur de romans policiers à succès meurt dans son manoir, au nez et à la barbe de sa famille, dans des conditions douteuses. La police conclut à un suicide par auto-égorgement, mais un détective privé, mandaté sur place par on ne sait qui, ne l'entend pas de cette oreille... C'est une sorte de Cluedo, avec beaucoup de beau monde (Daniel Craig, Jamie Lee Curtis, Michael Shannon, Toni Collette). La solution est un peu trop logique, on devine assez vite qui est réellement derrière tout cela. Mais cela n'empêche pas le film d'être amusant, avec notamment un personnage d'infirmière dévouée (Ana de Armas) qui vomit lorsqu'elle ment, et que les circonstances accusent...

KNIVES AND SKIN (Jennifer Reeder, 20 nov) LL
Dans une petite ville des Etats-Unis, une lycéenne disparaît mystérieusement, après avoir repoussé les avances d'un garçon. Ses amies tentent d'y voir clair... Le film se focalise sur un groupe d'adolescentes, épouse leurs points de vue face à des adultes dépassés. Sur le fond, c'est un récit d'apprentissage féministe qui tombe à pic. Sur la forme, Jennifer Reeder mélange les genres, thriller sardonique, comédie musicale, romance lesbienne, et n'a pas peur de saturer les couleurs et d'affubler ses personnages de costumes extravagants, à mille lieues de tout naturalisme. Le résultat est inégal, mais le geste est fort.
Version imprimable | Films de 2019 | Le Samedi 14/12/2019 | 0 commentaires
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Des films de la rentrée

  • Bravo : Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma), Pour Sama (Waad Al-Khateab, Edward Watts)
  • Bien : Ceux qui travaillent (Antoine Russbach), Une grande fille (Kantemir Balagov), Nous le peuple (Claudine Bories, Patrice Chagnard), Au nom de la terre (Edouard Bergeon), L'Angle mort (Patrick-Mario Bernard, Pierre Trividic), Martin Eden (Pietro Marcello), Un jour de pluie à New York (Woody Allen), Roubaix, une lumière (Arnaud Desplechin), Fête de famille (Cédric Kahn), On va tout péter (Lech Kowalski), Vif-argent (Stéphane Batut), Alice et le maire (Nicolas Pariser)
  • Pas mal : Rêves de jeunesse (Alain Raoust), Deux moi (Cédric Klapisch), Atlantique (Mati Diop), Tu mérites un amour (Hafsia Herzi)
  • Bof : J'irai où tu iras (Géraldine Nakache), Chambre 212 (Christophe Honoré), Jeanne (Bruno Dumont)

PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU (Céline Sciamma, 18 sep) LLLL
Au XVIIIè siècle, Marianne, une jeune femme peintre (fille de...) est chargée de faire le portrait à son insu d'Héloïse, une jeune bourgeoise sortie du couvent pour être mariée de force au fiancé de sa soeur prématurément décédée. Peint selon les règles en vigueur à l'époque, le résultat est peu probant. Mais les deux jeunes femmes vont se rapprocher... La photographie est magnifique, mais le film n'est pas académique pour autant : certaines scènes très fortes sont représentées de façon inattendue. Le film ne peut absolument pas se réduire au scénario, primé à Cannes et par ailleurs effectivement intéressant (sur ces femmes peintres qui ont disparu de l'histoire de l'art). C'est peu de dire que Noémie Merlant (décidément une révélation de l'année après Les Drapeaux de papier et Curiosa) et Adèle Haenel excellent, leur duo s'ouvrant parfois à Luana Bajrami (la servante) et Valeria Golino (la mère d'Héloïse), comme si la sororité pouvait dépasser les clivages de classe.

POUR SAMA (Waad Al-Khateab, Edward Watts, 9 oct) LLLL
Waad Al-Khateab était encore étudiante lorsque la révolution a éclaté en Syrie, en 2011, et qu'elle a commencé à la filmer, d'abord avec un smartphone, puis une petite caméra. Elle documente les manifestations étudiantes, la répression, puis, plus tard, les bombardements orchestrés par les troupes de Bachar Al-Assad et de ses alliés russes. Mais c'est aussi le récit de la vie d'un jeune couple, celui formé par Waad et Hamza, jeune médecin, la naissance de leur enfant... Le documentaire est à la fois film de correspondante de guerre, portrait de ville (Alep), film de famille et journal intime. Certes, il faut avoir le coeur bien accroché devant certaines scènes, mais il faut le voir quand même, car c'est un document exceptionnel, qui remet les choses à leur place. Vu de France, il a surtout été question de la lutte - indispensable - contre Daesh, au risque de considérations géopolitiques manichéennes (telle ironie facile sur la fiabilité d'informations autour d'hôpitaux qui étaient frappés plusieurs fois), auquel le film apporte des réponses substantielles. Paradoxalement, il y a malgré tout beaucoup de vie dans ce documentaire, et c'est bouleversant.

CEUX QUI TRAVAILLENT (Antoine Russbach, 25 sep) LLL
Pour donner les meilleurs conditions matérielles à sa famille, Frank s'est beaucoup investi dans son travail, a grandi les échelons et est devenu cadre dans une grande compagnie d'import-export. Parce qu'une cargaison risquait d'être retardée ou perdue, il prend une décision immorale, inhumaine même. Il pensait agir pour le bien de l'entreprise, mais celle-ci craint pour sa réputation, et cela lui coûte son poste... Pour son premier long métrage, Antoine Russbach réalise un film social au sens le plus subversif qui soit : il n'a pas de regard moraliste sur ses personnages (Frank, incarné magnifiquement par un Olivier Gourmet au sommet de son art, est tout sauf une victime dans le camp du bien), sa dénonciation porte bien sur les "superstructures", les logiques sous-jacentes inhérentes au capitalisme, à la mondialisation néolibérale et au monde du travail. Le constat n'est certes pas neuf, mais Antoine Russbach trouve, avec une mise en scène d'une grande rigueur, une façon très enlevée de le poser.

UNE GRANDE FILLE (Kantemir Balagov, 7 aou) LLL
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans un Léningrad en ruines, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie. Démobilisées de l'Armée rouge, elles sont aides-soignantes dans un hôpital militaire. La première est une grande blonde timide, victime de crises de paralysie temporaires. La seconde est une petite rousse volubile, revenue stérile du front. Elles sont liées par une tragédie (il y a une scène terrible dans les 20 premières minutes). L'histoire des deux héroïnes est forte, les personnages secondaires aussi, et la mise en scène encore plus : plans-séquences posés mais tendus, immense travail sur la lumière et les couleurs  (rouges et verts crus), dans un style aux antipodes de Tesnota, son précédent film (que je n'avais pas aimé). Bien sûr ça n'a rien d'un divertissement, mais ce n'est pas une punition non plus, tant la puissance humaine et artistique devrait venir à bout des réticences a priori.

NOUS LE PEUPLE (Claudine Bories, Patrice Chagnard, 18 sep) LLL
Après les parcours difficiles des demandeurs d'asile (Les Arrivants) ou de jeunes chômeurs peu ou pas qualifiés (Les Règles du jeu), Claudine Bories et Patrice Chagnard suivent une association d'éducation populaire qui propose à trois groupes de citoyens (des détenus de Fleury-Mérogis, des femmes solidaires de Villeneuve-Saint-Georges, des lycéen.ne.s de Sarcelles) des ateliers afin d'écrire une nouvelle Constitution et d'expérimenter un nouveau rapport à la politique. Ce documentaire passionnant et émouvant questionne aussi la question de la représentation, en recueillant prioritairement par construction la parole de celles et ceux qu'on n'écoute pas, et qu'on voit peu, même au cinéma. En ce sens, il complète une trilogie involontaire amorcée par Ouvrir la voix (Amandine Gay) et J'veux du soleil (Gilles Perret, François Ruffin). Et mérite le même succès que Demain (Mélanie Laurent, Cyril Dion) ou Merci patron (Ruffin à nouveau).

AU NOM DE LA TERRE (Edouard Bergeon, 25 sep) LLL
Fin des années 1970. Pierre rentre du Wyoming pour retrouver Claire, qu'il va épouser, et reprendre la ferme paternelle. Les années passent, la famille s'agrandit, l'exploitation aussi, avec les dettes qui vont avec... Certains commentateurs les plus esthètes/intellos et les urbains depuis plusieurs générations ont accueilli avec condescendance ce premier long métrage de fiction d'Edouard Bergeon. Pourtant le film est loin d'être malhabile, il semble même construit sur le modèle de Titanic, le grand classique de James Cameron, avec une première partie qui nous fait aimer les personnages, en nous montrant les petits bonheurs de cette famille, et qui sert d'appât pour être mieux bouleversé par la tragique seconde partie. Et le film est mû par une double nécessité : raconter une histoire très inspirée de celle du père du cinéaste, et montrer les impasses de la course à l'endettement et du modèle productiviste dans lequel un certain nombre d'acteurs veulent enfermer les agriculteurs...

L'ANGLE MORT (Patrick-Mario Bernard, Pierre Trividic, 16 oct) LLL
Une sorte d'ovni dans le cinéma français. Dominik est un homme qui a le don de se rendre invisible, depuis sa naissance. Il ne sait pas trop quoi en faire. Il le dissimule même à sa fiancée. Il s'en sert parcimonieusement, surtout que son pouvoir semble parfois se dérégler... C'est une élégante variation sur le thème de l'homme invisible. Ce n'est pas un film de genre (au sens du classique de James Whale), aucun érotisme à la Manara non plus (même si pour être invisible aux yeux des autres Dominik doit quitter ses vêtements et évoluer nu). Le film ne souligne rien, mais le fond (la qualité du scénario) et la forme (l'étrangeté, le subtil décalage) font tout le sel de ce singulier, sensuel et étonnant conte fantastique...

MARTIN EDEN (Pietro Marcello, 16 oct) LLL
Martin Eden est un jeune marin qui, à la suite d'une action de bravoure, rencontre une jeune femme bourgeoise, Elena. Celle-ci veut faire son éducation et l'ouvrir à la littérature. Martin finit par se mettre en tête de devenir écrivain. Mais ce qu'il a à écrire n'est pas forcément du goût qu'a appris à aimer la jeune femme... Le film donne vraiment envie de se plonger dans le roman d'apprentissage de Jack London. L'action est transposée en Italie à une époque indéfinie (dans la première moitié du XXè siècle, mais on y entend Joe Dassin...), et cela rend l'adaptation assez vivante, voire contemporaine : vu d'ici et maintenant, l'histoire de cet écrivain transclasse peut également faire penser à Edouard Louis. Et les aspirations à un anticapitalisme plus libertaire que le socialisme doctrinal de l'époque peuvent encore parler au lecteur/spectateur d'aujourd'hui.

UN JOUR DE PLUIE A NEW YORK (Woody Allen, 18 sep) LLL
Gatsby Welles (Woody Allen n'y est pas allé de main morte pour dénommer son personnage) est un étudiant issu d'une famille très riche. Installé sur un campus de la côte Est, il se réjouit de faire découvrir, le temps d'un week-end, Manhattan à sa petite amie Ashleigh Enright, cette dernière venant d'obtenir, pour le journal de la fac, un entretien avec un fameux cinéaste new-yorkais, qui ne va pas très bien... Rien ne va se passer comme ils l'auraient voulu... On reconnaît sans peine le type de personnages que Woody Allen affectionne depuis toujours, mais comme revivifiés par leur caractère très juvénile. Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez et Liev Schreiber s'insèrent parfaitement dans cette comédie romantique, moins superficielle qu'elle n'en a l'air, même si elle ne bouleversera pas la très riche filmographie du cinéaste.

ROUBAIX, UNE LUMIERE (Arnaud Desplechin, 21 aou) LLL
Un soir d'hiver, à Roubaix. Pour le commissaire Daoud, qui a grandi dans la ville, c'est la routine. Avec Louis, un jeune diplômé qui prend son poste au commissariat, ils doivent faire face au meurtre d'une vieille dame... La première partie se veut sociologique, mais la mise en scène est un peu trop limpide (en tant que spectateur, on a, comme Daoud, de l'avance sur ce qui se passe à l'écran). C'est néanmoins l'occasion d'appréhender la force tranquille et humaniste de ce commissaire, superbement interprété par Roschdy Zem. Et la seconde partie, qui se resserre autour des deux jeunes voisines (Sara Forestier et Léa Seydoux) de la victime de meurtre, emporte le morceau par sa profondeur psychologique, subtile et glaçante. Par son acuité, Desplechin réussit là où un réalisateur lambda aurait sûrement trébuché.

FÊTE DE FAMILLE (Cédric Kahn, 4 sep) LLL
Le titre pourrait laisser penser qu'on a affaire à une déclinaison française du Festen de Thomas Vinterberg. Ou bien à une affaire d'héritage un peu bourgeois comme l'était L'Heure d'été (pas le meilleur Assayas). Or c'est un peu autre chose qui se noue ici. L'anniversaire de la grand-mère (Catherine Deneuve) réunit trois générations (parmi les petits enfants, mention à Luana Bajrami qui confirmera sa présence singulière chez Céline Sciamma) et plusieurs milieux : les deux frères, Vincent (Cédric Kahn lui-même) et Romain (Vincent Macaigne), ne sont plus vraiment du même monde. Mais c'est le retour de leur demi-soeur Claire (sidérante Emmanuelle Bercot), personnage très border line, qui fait basculer le film de sa zone de confort vers des rivages insoupçonnés. On n'est plus dans la satire mordante mais plutôt dans un drame dissonnant et en même temps poignant.

ON VA TOUT PETER (Lech Kowalski, 9 oct) LLL
Pendant deux ans, Lech Kowalski a suivi la lutte des ouvriers de GM&S (équipementier automobile ayant pour clients principaux PSA et Renault-Nissan), en lutte contre la délocalisation de leur usine en Bulgarie, à l'intérieur même de l'Union européenne. Si cela vous rappelle En guerre de Stéphane Brizé, c'est normal, sauf qu'il s'agit ici d'un documentaire. L'autre différence, c'est qu'il n'y a pas un leader charismatique chargé d'incarner le combat (comme Vincent Lindon chez Brizé) : le cinéaste s'attache à une bonne dizaine de figures, qu'il montre dans les actions (et les formes successives qu'elles prennent) et parfois aussi à domicile. Plutôt spécialisé dans le documentaire musical, Lech Kowalski leur rend leur dignité. Le film a peu de copies, mais mérite d'être vu.

VIF-ARGENT (Stéphane Batut, 28 aou) LLL
Juste erre dans Paris à la recherche de personnes qu'il est seul à voir. Il recueille leur dernier souvenir avant de les faire passer dans l'autre monde. Un jour, Agathe, une jeune femme, croit le reconnaître. Elle est bien vivante, tandis que lui est un fantôme... Pour son premier long métrage, Stéphane Batut ose un conte fantastique, genre assez rare dans le cinéma français. Mais il le fait avec une délicatesse rare, et une grande attention à ses comédiens : le nouveau venu Thimotée Robart est troublant à souhait dans le rôle de Juste, tandis que Judith Chemla dans celui d'Agathe semble importer de Ce sentiment de l'été sa capacité à faire ses deuils et à communiquer avec les morts. Une bien jolie curiosité...

ALICE ET LE MAIRE (Nicolas Pariser, 2 oct) LLL
Paul Théraneau (Fabrice Luchini), le maire de Lyon, n'a plus d'idées. Pour y remédier, on fait appel à une jeune et brillante philosophe, Alice Heimann (Anaïs Demoustier). Un dialogue se noue... Pour son deuxième long métrage, Nicolas Pariser livre un film très écrit, dans une certaine tradition (le titre renvoie à L'Arbre, le maire et la médiathèque, film inclassable d'Eric Rohmer), mais tout en étant très contemporain. Il fait une description précise et cruelle du vide vers lequel s'est dirigée la sociale-démocratie, particulièrement dans les grandes villes (Lyon 2500), ainsi que des dangers de la professionnalisation de la vie politique. La dernière réplique est à l'image de l'ironie qui traverse tout le film. L'épilogue, désabusé, prend néanmoins le risque de conforter les résignés dans leur résignation, même si ce n'est pas le but recherché...

RÊVES DE JEUNESSE (Alain Raoust, 31 juil) LL
C'est l'été. Salomé revient dans le village de son enfance, à l'occasion d'un job d'été à la déchetterie. Elle y découvre les affaires d'un ami, Mathis, mort comme Rémi Fraisse en affrontant des CRS sur une ZAD. Et croise d'autres personnages semblant symboliser les errements du monde contemporain, comme une cocasse candidate d'un jeu de télé-réalité égarée. Mais, selon le réalisateur, il ne faut pas enterrer avec Mathis toutes les utopies collectives et libertaires... Si le manque de moyens peut déconcerter (d'où peut-être des dialogues un peu trop écrits), c'est aussi le signe d'une belle radicalité, fauchée mais farouche...

DEUX MOI (Cédric Klapisch, 11 sep) LL
Après le plaisant Ce qui nous lie, Klapisch garde Ana Girardot et François Civil et leur font interpréter deux trentenaires parisiens qui habitent deux immeubles adjacents. Ils ne se connaissent pas, mais leurs trajectoires suivent un certain parallélisme. Ils sont tous les deux sous tension : Rémy, peu diplômé, est manutentionnaire dans une boîte qui dégraisse, Mélanie, mieux insérée, est biologiste dans un labo, et se voit confier des responsabilités, alors qu'elle n'arrive pas à faire le deuil de sa dernière histoire d'amour. Ils finissent tous les deux par voir un psy (Camille Cottin pour l'une, François Berléand pour l'autre). C'est plutôt bien observé sociologiquement, mais sans grande finesse particulière au niveau cinématographique.

ATLANTIQUE (Mati Diop, 2 oct) LL
Au Sénégal, des ouvriers d'un chantier d'une tour futuriste, non payés depuis plusieurs mois, tentent de quitter le pays par l'océan pour trouver un avenir meilleur. Parmi eux se trouve Souleiman, qui part sans dire au revoir à son amoureuse Ada, promise à un autre bien plus riche. Quelques jours après le départ des hommes, un mystérieux incendie dévaste la fête de mariage de la jeune femme... Mati Diop, jadis actrice chez Claire Denis (35 Rhums), signe un premier long métrage qui aborde l'émigration par le biais de la fiction, et même avec une dose de fantastique. Elle n'y va pas jusqu'au bout (on n'est pas dans Vaudou de Jacques Tourneur), elle reste dans un entre-deux qui pourra déconcerter les commentateurs mais qui a séduit le jury du festival de Cannes (Grand-Prix).

TU MERITES UN AMOUR (Hafsia Herzi, 11 sep) LL
Pour son premier film en tant que réalisatrice, Hafsia Herzi raconte l'histoire d'une jeune femme qui fait le deuil d'une relation avec un garçon qui l'a larguée, et tente d'en nouer d'autres. Elle se confie le rôle principal, tandis que le jeune homme à la masculinité un peu toxique est interprété par Jérémie Laheurte, qui a comme elle déjà tourné avec Abdellatif Kechiche. Tourné sans moyens, presque sans facilité (le meilleur ami gay compréhensif et spirituel), le film se trouve cahin-caha une personnalité, gagnant en caractère contemporain ce qu'il perd en profondeur.

J'IRAI OU TU IRAS (Géraldine Nakache, 2 oct) L
Un père, qui a un rendez-vous d'urgence à l'hôpital, ne peut amener sa fille aînée à une audition pour devenir choriste de Céline Dion. Il demande à son autre fille, art-thérapeute, de faire le trajet à sa place. Malheureusement, les deux soeurs ne s'apprécient guère... C'est une comédie dramatique, pas forcément très bien dosée dans le côté mélo, entre guimauve forcée et personnages secondaires pas très bien écrits. Cinématographiquement, y'a R (rien). Heureusement, les deux personnages principaux échappent au massacre. On peut même ne voir le film que pour le duo Leïla Bekhti - Géraldine Nakache qui, après Tout ce qui brille, fonctionne toujours aussi bien.

CHAMBRE 212 (Christophe Honoré, 9 oct) L
Après plus de 20 ans de mariage, Maria (Chiara Mastroianni), épouse infidèle chronique, quitte le domicile conjugal et s'installe à la chambre 212 de l'hôtel d'en face. Elle y observe son mari (Benjamin Biolay), et reçoit une visite impromptue : son mari tel qu'il était 25 ans plus tôt (Vincent Lacoste), et quelques autres personnages... Christophe Honoré lorgne du côté de Bertrand Blier, mais en le féminisant. Malheureusement, les bonnes idées du scénario n'arrivent pas à s'incarner à l'écran. La faute peut-être à des personnages trop aseptisés : ils semblent vivre confortablement, sans souci de travail (seraient-ils rentiers ?) ni point de vue sur la société. S'ils se lassent au bout de 20 ans, nous c'est au bout de 20 minutes... Le film n'est pas déplaisant, mais totalement anecdotique.

JEANNE (Bruno Dumont, 11 sep) L
C'est le deuxième film que Bruno Dumont consacre à Jeanne d'Arc, après une sorte de comédie musicale metal consacrée à son enfance (Jeannette). Plusieurs audaces : le rôle de Jeanne adulte (jusqu'au bûcher) est dévolu à une enfant, Lise Leplat Prudhomme, très déterminée, tandis que la musique est confiée à Christophe. Malgré ces ingrédients prometteurs, la mayonnaise ne prend pas, et le résultat est interminable. Dans les meilleurs moments, on a l'impression d'assister à un spectacle scolaire de fin d'année sans attendrissement possible puisqu'on ne connaîtrait aucun des gosses...
Version imprimable | Films de 2019 | Le Mardi 12/11/2019 | 0 commentaires
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