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Des films de l'été 2019

  • Bien : So long, my son (Wang Xiaoshuai), Bunuel après "L'Âge d'or" (Salvador Simo), Wild Rose (Tom Harper), 303 (Hans Weingartner), Rojo (Benjamin Naishat), Ricordi ? (Valerio Mieli), Haut les filles ! (François Armanet), Acusada (Gonzalo Tobal), La Grand-Messe (Valéry Rosier, Méryl Fortunat-Rossi)
  • Pas mal : Midsommar (Ari Aster), Le Daim (Quentin Dupieux), Face à la nuit (Ho Wi-Ding), Daniel Darc, pieces of my life (Marc Dufaud, Thierry Villeneuve), Nevada (Laure de Clermont-Tonnerre), Perdrix (Ewan Le Duc), L'Intouchable (Ursula MacFarlane)
  • Bof : La Femme de mon frère (Monia Chokri), Yesterday (Danny Boyle)
  • Hélas : Once upon a time... in Hollywood (Quentin Tarantino)

SO LONG, MY SON (Wang Xiaoshuai, 3 juil) LLL
Deux garçons jouent près d'une retenue d'eau. Ce sont les enfants de deux couples d'amis (ils travaillent dans la même usine). Un drame va se nouer, qui va bouleverser cette situation. A l'instar des Eternels de Jia Zhang-ke, c'est une fresque qui s'étend sur plusieurs décennies. La chronologie est bousculée par un montage labyrinthique qui organise un système de flash-backs et d'ellipses. Le premier mérite, c'est d'inviter le spectateur à être actif, et de retenir idéalement son attention pendant les trois heures de projection. Mais c'est surtout une manière de creuser l'émotion et la réflexion, et de mêler dans le même mouvement l'intime, le social et les bouleversements politiques (la politique de l'enfant unique, mise en place à la fin des années 1970 et abandonnée en 2015, l'entrée dans l'économie de marché). Pas de maquillage superflu, seules les brillantes interprétations de Yong Mei et Wang Jingchun suggèrent les effets du temps qui passe.

BUNUEL APRES "L'ÂGE D'OR" (Salvador Simo, 19 juin) LLL
1930, à Paris : la projection de L'Âge d'or de Bunuel fait scandale. Du coup, personne ne veut financer ses films suivants. Le photographe Elie Lotar lui apporte une thèse de Maurice Legendre sur les Hurdes, une région isolée d'Estrémadure d'une extrême pauvreté, et lui suggère d'en tirer un court métrage. Il trouve l'appui financier de Ramon Acin, un poète et sculpteur anarchiste qui vient de gagner à la loterie ! Sur place, Bunuel, Acin et Lotar sont rejoints par le poète Pierre Unik, déjà assistant réalisateur de L'Âge d'or... Cet épatant film d'animation est en quelque sorte le making of, reconstitué d'après la légende, du documentaire Terre sans pain (Las Hurdes en vo). Des extraits fascinants du court-métrage culte sont insérés au montage entre deux séquences animées, sans que ça nuise du tout à la fluidité de l'ensemble. Une belle réussite.

WILD ROSE (Tom Harper, 17 juil) LLL
Rose-Lynn sort tout juste de prison, mais n'a qu'une obsession : devenir chanteuse de country, ce qui signifie pour elle quitter son Glasgow natal pour Nashville. Pour sa mère, elle devrait plutôt trouver un vrai boulot, qui lui permettrait d'élever correctement ses deux jeunes enfants. C'est un film musical, certes, mais qui s'inscrit dans la grande tradition des films sociaux britanniques. Contrairement au film-karaoké formaté de Danny Boyle, les personnages ne sont pas des ectoplasmes : quand Rose-Lynn chante à tue-tête en passant l'aspirateur (elle est femme de ménage chez un couple de bourgeois cultivés), on y croit, idem pour tous les personnages. Elle est interprétée par Jessie Buckley, issue d'un télé-crochet, ébouriffante de présence aussi bien dans le chant que dans le registre dramatique.

303 (Hans Weingartner, 24 juil) LLL
Jule a 24 ans et vient de rater un partiel de biologie. Avec le vieux camping-car familial (le 303 du titre), elle compte rejoindre son petit ami au Portugal. Sur une aire, elle croise Jan, un garçon du même âge, également étudiant, qui part à la recherche de son père biologique, installé en Espagne et qu'il ne connaît pas. Jan a été planté par la personne qui devait le covoiturer. Jule et Jan vont donc faire de la route ensemble. C'est un road-movie, presque rohmérien dans sa façon de suivre la façon dont ils s'ouvrent, se ferment à l'autre, se disputent, dans chaque plan, chaque dialogue, chaque inflexion de jeu. Mais un Rohmer déniaisé politiquement (le réalisateur de The Edukators ne s'est pas embourgeoisé), où les discussions peuvent porter autant sur la concurrence ou la coopération, sur la remise en cause du capitalisme que sur la monogamie. D'une grande délicatesse et d'une grande acuité, on pardonne d'autant les petits défauts (balancer une ballade folk dès qu'ils font trois kilomètres...).

ROJO (Benjamin Naishat, 3 juil) LLL
Argentine, 1975, peu avant le coup d'Etat. Claudio est un avocat réputé, et un notable local : il faut le voir, dans une des premières scènes, humilier un homme moins chanceux qui s'en prend à lui, dans un restaurant figé par le malaise. L'altercation va mal se terminer. Claudio tente d'étouffer l'affaire, dans le désert tout peut disparaître... C'est le début d'un polar politique intrigant, dans l'atmosphère délétère de hantise du "rouge" (rojo en argentin) qui précéda la dictature. Cela imprègne le scénario bien sûr, mais aussi tous les détails de mise en scène : rien n'est neutre dans cet exercice de style. Dario Grandinetti, formidable acteur chez Almodovar (Parle avec elle), est parfait dans le rôle principal, dans un personnage de plus en plus indéfendable.

RICORDI ? (Valerio Mieli, 31 juil) LLL
Ils se sont rencontrés à une fête et se sont aimés tout de suite. Pourtant leurs souvenirs divergent, par exemple sur la façon dont ils étaient habillés. C'est une grande histoire d'amour, qui nous est racontée à travers les mémoires des deux protagonistes, entre Elle qui veut croquer la beauté des choses et Lui qui vit davantage dans les souvenirs et cherche à reproduire l'excellence des premières unions. Leur présent va être lesté de ces pensives émotions venues du passé... Dit comme ça, ça peut paraître théorique (et casse-gueule, n'est pas Resnais qui veut), mais le montage, qui certes abuse parfois des plans courts, rend tout cela fluide, cohérent malgré les fragments hétéroclites, et extrêmement sensible. Les interprétations intenses bien que retenues de Linda Caridi et Luca Marinelli poussent également dans ce sens.

HAUT LES FILLES ! (François Armanet, 3 juil) LLL
Documentaire sur le rock hexagonal, mais en déclinaison féminine. Ils font malicieusement débuter l'histoire avec Edith Piaf. Co-écrit par Bayon, le film bénéficie d'une voix off alerte ("En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des pétroleuses"), mais surtout de dix témoins de diverses générations, dans une conception assez élastique de la notion de rock, puisqu'elle va de Vanessa Paradis à Brigitte Fontaine (qui détonne, toujours au-dessus de la mêlée sans jamais être au centre), en passant par Françoise Hardy, Elli Medeiros, Charlotte Gainsbourg, Jeanne Added, Lou Doillon, Imany, Camélia Jordana, et Jehnny Beth (Savages). Le propos est parfois engagé, et les archives savoureuses.

ACUSADA (Gonzalo Tobal, 10 juil) LLL
Seule accusée pour le meurtre de sa meilleure amie, Dolorès, jeune étudiante, attend son procès depuis deux ans. Sa famille, aisée, a fait appel au meilleur avocat de la région. Mais elle ne doit pas convaincre seulement les jurés, mais aussi les médias qui se déchaînent (savoureux cameo de Gael Garcia Bernal), mettant à l'épreuve son clan... Ce n'est pas un film conceptuel, mais Gonzalo Tobal met ses talents de mise en scène au service d'un thriller judicieusement ironique et ambigu. L'exercice est réussi, grâce également au talent de Lali Esposito, troublante à souhait...

LA GRAND-MESSE (Valéry Rosier, Méryl Fortunat-Rossi, 3 juil) LLL
Deux réalisateurs belges rendent hommage au Tour de France, comme évènement populaire plus que pour la compétition sportive. En 2017, ils ont suivi des spectateurs qui ont installé leurs camping-cars, parfois deux semaines avant le passage des coureurs, afin d'être aux premières loges. Les scènes sont montées dans l'ordre chronologique, d'où un certain crescendo. Les jours sont rythmés par les rencontres avec d'autres fans de vélo, les apéros, les repas sous la tonnelle, les retransmissions télévisées des dernières heures de course... Les réalisateurs ont aussi eu le bon goût de filmer à hauteur de leurs personnages, avec bienveillance, sans céder à l'ironie facile, le tout dans de beaux paysages de montagne.

MIDSOMMAR (Ari Aster, 31 juil) LL
Rien ne va plus entre Dani, une jeune américaine, et son petit ami Christian, lorsque la jeune femme est frappée par une tragédie. Attristé par le deuil familial brutal qui affecte Dani, Christian ne peut la laisser seule et lui propose de l'accompagner dans un voyage qu'il réalise avec d'autres étudiants en anthropologie pour assister à un festival dans un village suédois isolé... Là-bas, comme dans Insomnia, les nuits sont très courtes (été nordique oblige), mais l'expérience ne sera pas insouciante pour autant. C'est une sorte de film de genre, dans lequel l'influence de The Wicker man se fait sentir (au bout d'une demi-heure). L'exercice de style est plutôt réussi, en dépit des incohérences et des invraisemblances du scénario (festival qui ne se déroule que tous les 90 ans, mais les cycles de la communauté sont de 72 ans...).

LE DAIM (Quentin Dupieux, 19 juin) LL
C'est l'histoire d'un type qui avale des kilomètres pour acheter un blouson en daim et à franges. Se prétendant réalisateur, il n'arrête pas de le filmer au caméscope. Mais bientôt, ce blouson exige d'être unique au monde. Georges va alors essayer de convaincre tout le monde d'enlever leur blouson, ou sinon... D'une certaine manière, ce vêtement particulier remplit une fonction similaire au pneu de Rubber (2010), à ce jour le meilleur film de Quentin Dupieux. Ici, on retrouve le même sens de l'absurde, même si on a plus de mal à y croire (mais c'est peut-être subjectif). Les comédiens ne sont pas en cause, Jean Dujardin et Adèle Haenel se sont en effet bien acclimatés à cet univers.

FACE A LA NUIT (Ho Wi-Ding, 10 juil) LL
Le premier segment nous plonge dans un monde futuriste où le suicide est interdit et où tous les citoyens ont une puce électronique sous la peau pour les localiser et enregistrer leurs données vitales. Dans ce contexte, un vieux flic entre dans un hôpital et étouffe un ministre dans son lit. Pourquoi ? Et quelle est cette fille qui lui rappelle quelqu'un ? Le film raconte son histoire à rebours, faisant le récit de trois nuits qui ont fait basculé sa vie. Bien sûr, l'intérêt réside davantage dans la manière (dont certains ralentis arty qui peuvent faire penser à Wong Kar-wai) que dans le fond, pas toujours au niveau des promesses du début.

DANIEL DARC, PIECES OF MY LIFE (Marc Dufaud, Thierry Villeneuve, 24 juil) LL
Pendant des années, Marc Dufaud a filmé à de nombreuses reprises Daniel Darc, dans des images de qualité diverse. C'est ce matériau que Thierry Villeneuve (lui même ancien bassiste et batteur du groupe Les Hurleurs) a déstructuré dans un brillant travail de montage, proposant un film-collage kaléidoscopique, qui sied finalement assez bien au chanteur torturé. Ses collaborateurs Frédéric Lo (à l'origine de l'album de la résurrection, Crève-coeur) et Georges Betzounis apportent également des éclairages intéressants. Dommage que la musique soit finalement cantonnée à la portion congrue (par exemple on n'entend jamais La Pluie qui tombe, seuls deux vers de ce petit chef d'oeuvre sont placés en exergue, à la toute fin).

NEVADA (Laure de Clermont-Tonnerre, 19 juin) LL
Incarcéré dans une prison du Névada, Roman est à fleur de peau, hargneux. Un jour, on lui propose d'intégrer un programme spécial reposant sur le dressage de mustangs, qui favoriserait sa future réinsertion et diminuerait les risques de récidive. Pas convaincu, au départ il renâcle, puis il évolue lentement... Pour son premier long-métrage, Laure de Clermont-Tonnerre combine le film de prison avec une sorte de western démythifié (on pense surtout aux misfits des Désaxés de John Huston). Le film ne mérite ni sarcasmes ni les louanges excessifs. Dans ses grandes lignes, le déroulement est assez prévisible, mais la mise en scène est maîtrisée, bien servie également par l'interprétation de Matthias Schoenaerts en brute au coeur tendre mais mutique, qui a des relations compliquées avec sa fille (Jason Mitchell) et son encadrant (Bruce Dern).

PERDRIX (Ewan Le Duc, 14 août) LL
Une jeune femme (Maud Wyler) se fait voler sa voiture par une nudiste révolutionnaire, et va porter plainte à la gendarmerie. Les trouvant trop procéduriers, elle s'active et s'incruste chez le gendarme qui l'a reçue (Swann Arlaud), qui vit avec sa mère (Fanny Ardant), une veuve jouant les Macha Béranger dans son garage, son frère (Nicolas Maury), mû par une passion difficile à partager, et sa nièce fada de ping-pong. La jeune femme et le gendarme ont des caractères très éloignés, mais... Pour son premier film, le réalisateur Ewan Le Duc, ancien journaliste sportif au Monde, crée des personnages attachants, mais la fantaisie y est parfois un peu forcée (les collègues du gendarme), et trop gratuite (on ne sent pas de vision du monde ou de la société). Plaisant mais pas renversant.

L'INTOUCHABLE (Ursula MacFarlane, 14 août) LL
L'intouchable du titre, c'est Harvey Weinstein, le producteur vedette du cinéma américain "indépendant", accusé de viols et de multiples agressions sexuelles. L'intérêt du documentaire, c'est la réunion de nombreux et courageux témoignages, plus édifiants que les multiples articles déjà publiés, et qui permettent de comprendre le modus operandi de l'homme de pouvoir. On peut d'autant plus regretter la facture télévisuelle de l'ensemble, entre musique convenue et trop présente, et plans de chambres d'hôtel filmées floues et au ralenti... A voir plus pour le fond que pour la forme.

LA FEMME DE MON FRERE (Monia Chokri, 26 juin) L
Sofia est une doctorante qui est dubitative par rapport à son avenir, personnel comme professionnel. Elle use d'un humour cinglant, notamment dans ses réparties avec son frère, qu'elle adore. Jusqu'au jour où ce dernier tombe amoureux de la gynéco qui vient d'avorter Sofia... Monia Chokri était une excellente comédienne chez Xavier Dolan (Les Amours imaginaires), elle passe de l'autre côté de la caméra de façon moins convaincante. Le point de départ est sympathique, le thème de la difficulté à grandir a déjà donné de beaux films. Mais ici, il aurait fallu un peu plus de finesse dans les ruptures de ton et un peu plus d'ampleur dans la mise en scène pour éviter un résultat un peu étriqué.

YESTERDAY (Danny Boyle, 3 juil) L
Après une gigantesque panne d'électricité mondiale, Jack, musicien modeste, se réveille dans un monde où personne n'a entendu parler des Beatles (ni, logiquement, du groupe Oasis), pas même sa meilleure amie (et manageuse). Il décide de s'approprier leur répertoire pour faire décoller sa carrière... Dans cette comédie romantique, et musicale, une fois le point A franchi, le point B vers lequel on s'achemine est bien celui auquel on s'attend. La bande son a beau être solide, le film a l'air de suivre une partition très convenue, pour des personnages très stéréotypés. Un film de droite moyen qui dans son dernier mouvement tente d'adopter une morale aussi hypocrite qu'opportuniste. Let it be ? Bof !

ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD (Quentin Tarantino, 14 aou) o
Leonardo Di Caprio interprète un acteur qui peine à sortir des rôles de méchant, et Brad Pitt incarne sa doublure pour les cascades. Ils habitent à côté du couple Roman Polanski - Sharon Tate, on est en 1969... Première surprise, de taille : le Hollywood du titre n'est pas celui du cinéma, mais celui des séries. Quoi, Tarantino, l'amoureux de la pellicule argentique, rend hommage à la télévision ? Son film est une longue suite de scènes qui ne fonctionnent pas très bien (même une séquence humoristique avec soi-disant Bruce Lee est poussive). En fait, tout est fait pour servir un final plus indigeste encore que celui de Inglorious basterds. Tarantino utilise son talent et ses très gros moyens pour parodier des revenge movie de série Z ? Quel gâchis...
Version imprimable | Films de 2019 | Le Mercredi 28/08/2019 | 0 commentaires
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Suite des films du printemps 2019

  • Bravo : Douleur et gloire (Pedro Almodovar)
  • Bien : Le Jeune Ahmed (Jean-Pierre et Luc Dardenne), Être vivant et le savoir (Alain Cavalier), Quand nous étions sorcières (Nietzchka Keene), Parasite (Bong Joon-ho), L'Autre continent (Romain Cogitore), Fugue (Agnieszka Smoczynska), Sibyl (Justine Triet), Passion (Ryûsuke Hamaguchi)
  • Pas mal : Yves (Benoît Forgeard), The Dead don't die (Jim Jarmusch), Monrovia, Indiana (Frederick Wiseman), Les Plus belles années d'une vie (Claude Lelouch)
  • Bof : Les Particules (Blaise Harrison)

DOULEUR ET GLOIRE (Pedro Almodovar, 17 mai) LLLL
Salvador est cinéaste vieillissant. Il doit surmonter les douleurs, physiques ou psychiques, qui le tiennent éloigné des plateaux de tournage. Un ciné-débat est organisé à la Cinémathèque pour la restauration d'un de ses premiers films, qu'il n'a pas revus depuis trente ans, après s'être brouillé avec l'acteur principal. Des souvenirs plus anciens, de l'enfance, remontent aussi à la surface... Dit comme ça, le synopsis peut ressembler à celui des Fraises sauvages de Bergman, mais la manière est on ne peut plus almodovarienne. Le cinéaste de Parle avec elle ou de Julieta n'a pas son pareil pour tisser des fils narratifs disparates, mélangeant plusieurs époques et/ou plusieurs statuts (réalité ou création) et passer des uns aux autres en toute fluidité. Evidemment, dans le rôle de Salvador, Antonio Banderas est exceptionnel (prix d'interprétation mérité à Cannes, si ce n'est que ça prive une nouvelle fois le cinéaste de la Palme d'or), mais c'est l'ensemble de la direction artistique qui est à saluer : musique (due au fidèle Alberto Iglesias), photographie (couleurs saturées à la Douglas Sirk pour accompagner les aspirations généreuses des personnages), décors (superbe trouvaille de la maison troglodyte, mais l'appartement contemporain n'est pas banal non plus). Devant tant de beauté, gare à l'évanouissement !

LE JEUNE AHMED
(Jean-Pierre et Luc Dardenne, 22 mai) LLL
Ahmed a 13 ans, vit en Belgique chez sa mère, avec son frère et sa soeur. Mais c'est aussi un musulman qui se radicalise au contact d'un imam extrêmiste, qui glorifie la mort du cousin d'Ahmed. Mais le film ne pose jamais la question du pourquoi (en est-il arrivé là), mais celle du comment (peut-on l'aider à revenir au présent du côté de la vie). Contrairement au dernier Téchiné, parfois démonstratif dans l'énonciation d'un point de vue humaniste, chez les Dardenne, il n'y a pas d'explication superflue. La caméra accompagne les personnages dans leur trivialité, leurs contradictions réelles ou apparentes. Ils sont regardés pour ce qu'ils sont, ils ne sont pas des symboles, et n'ont pas à prendre en charge des problématiques qui sont plus grandes qu'eux. Le film est très concret, ce qui ne l'empêche pas d'être stylisé (il est plutôt plus proche de Bresson que de Pialat ici). La fin peut sembler une petite concession à la facilité, mais ne gâche pas l'impression générale d'un film qui certes traite d'un sujet important, mais n'oublie pas d'en faire du cinéma (prix de la mise en scène à Cannes).

ÊTRE VIVANT ET LE SAVOIR (Alain Cavalier, 5 juin) LLL
Au départ, Alain Cavalier a proposé à son amie la romancière Emmanuèle Bernheim d'adapter son roman Tout s'est bien passé. En se filmant mutuellement à l'aide de petites caméras, comme Cavalier et Vincent Lindon l'avaient fait dans Pater, elle interprèterait son propre rôle, tandis qu'Alain Cavalier interprèterait celui de son père, paralysé après un accident cardio-vasculaire, et qu'Emmanuèle a aidé à mettre fin à ses jours. Mais le dispositif a volé en éclats, les circonstances en ayant décidé autrement, la romancière devant elle-même se battre contre un cancer... Le film est donc tout autre que celui qui était initialement envisagé, mais pas moins intéressant, le cinéaste n'ayant pas son pareil pour livrer un journal intime courageux, pudique, entre poésie et abstraction symboliste. En effet, dans son atelier, les natures mortes, savamment composées comme dans Le Paradis, ont le don puissant d'interpeller la vie...

QUAND NOUS ETIONS SORCIERES (Nietzchka Keene, 8 mai) LLL
Tourné en 1989, ce film qui semble sorti de nulle part arrive enfin en salles en France. C'est la fructueuse rencontre entre un conte de Grimm (le film est librement adapté du Conte du genévrier), une cinéaste américaine (Nietzchka Keene, depuis disparue) et une chanteuse islandaise (Björk, qui n'avait pas encore entamé sa carrière solo triomphale puis expérimentale). Au Moyen âge, Katla et Margit sont deux soeurs bannies d'un territoire inconnu où leur mère sorcière a été brûlée. Elles finissent par trouver refuge chez un homme, parent isolé d'un petit garçon... La grande soeur tente de séduire l'homme, tandis que la plus jeune se lie à son fils. Le noir et blanc magnifie les paysages islandais (qu'on croyait à tort faits pour la couleur) et sert parfaitement la poésie de l'ensemble, entre merveilleux métaphysique et cruauté médiévale.

PARASITE (Bong Joon-ho, 5 juin) LLL
Ki-woo, jeune adulte au sein d'une famille pauvre (ses deux parents sont au chômage), tient peut-être la chance de sa vie lorsqu'un copain le recommande pour donner des cours particuliers d'anglais à la fille de la richissime famille Park. L'expérience étant concluante, il ne compte pas s'arrêter là... On sait depuis The Host (2006) que Bong Joon-ho n'est jamais aussi bon que lorsqu'il mélange les genres. C'est indubitablement le cas ici, et c'est sans doute ce qui a été récompensé à Cannes (Palme d'or). Le film tient surtout de la farce sur le fossé entre classes sociales opposées. Il fait une utilisation optimale des décors, et de l'interprétation de Song Kang-ho (qui joue le père de Ki-woo). Pour le reste, il s'appuie surtout sur des coups de force scénaristiques, que la mise en scène, aussi inventive soit-elle, ne fait qu'appuyer. C'est un exercice de style brillant, à défaut d'avoir l'amplitude et la subtilité des chefs d'oeuvre.

L'AUTRE CONTINENT (Romain Cogitore, 5 juin) LLL
Maria (Déborah François) et Olivier (Paul Hamy) ont 30 ans, sont guides touristiques à Taïwan. Elle est libre, conquérante. Il semble plus lent, réservé mais parle quatorze langues. Leurs différences enrichissent leur relation, jusqu'à ce que la maladie s'immisce brutalement... Sur le papier, on peut raisonnablement craindre le pire, entre chronique de la mondialisation heureuse et trame de mauvais mélodrame. Or, sur l'écran, il n'en est rien, grâce au miracle de la mise en scène de Romain Cogitore, qui n'en est pourtant qu'à son deuxième film. Alors, certes, nos deux héros s'aiment en français, en chinois et en néerlandais, mais le cinéaste ne souligne jamais l'émotion, et livre au contraire des scènes qui misent sur l'intelligence du spectateur, en déjouant constamment les attentes. La preuve qu'au cinéma l'important n'est pas forcément le sujet, mais son traitement.

FUGUE (Agnieszka Smoczynska, 8 mai) LLL
Alicja est devenue amnésique et ignore comment elle en est arrivée là (le spectateur également, il la découvre, dans une première scène impressionnante, marcher en titubant sur des rails, sortir d'un tunnel, et tenter de se hisser sur un quai de gare...). Jusqu'au jour où sa famille la retrouve, alors qu'elle n'avait plus de nouvelles d'elle depuis deux ans. La voilà contrainte d'endosser les rôles de mère, de femme et de fille auprès de parfaits inconnus... Si le film tente de démêler le mystère, il s'attache surtout aux difficultés du présent (comment donner à son héroïne un nouveau départ). Les situations sont équivoques, et la mise en scène d'une froide rigueur. Le film n'est pas toujours aimable, mais reste longtemps en mémoire, grâce notamment au travail de Gabriela Muskala, à la fois interprète principale et scénariste.

SIBYL (Justine Triet, 24 mai) LLL
Sibyl est une psychanalyste au passé tumultueux (ancienne alcoolique). Plus posée, elle décide de suspendre son travail d'analyste pour se lancer dans un nouveau roman, encouragée par son éditeur. Elle accepte in extremis de suivre Margot, une jeune actrice qui a une liaison avec Igor, un acteur, celui-ci étant en couple avec la réalisatrice d'un film dans lequel Margot et Igor se partagent la vedette... Après La Bataille de Solferino et Victoria, Justine Triet livre un film qui n'hésite pas devant les ruptures de ton, et qui frôle la surcharge dans sa dernière partie (les scénaristes se sont fait plaisir). Tous les seconds rôles sont importants (et joués par la crème des interprètes européens : Adèle Exarchopoulos, Sandra Hüller, Gaspard Ulliel, Laure Calamy), mais c'est l'interprétation de Virginie Efira, impressionnante dans un rôle ambivalent, dans une performance à la Gena Rowlands, qui emporte tout.

PASSION (Ryûsuke Hamaguchi, 15 mai) LLL
Passion est le deuxième film de Ryûsuke Hamaguchi à sortir sur les écrans français cette année, après Asako I & II, mais c'est en réalité son premier film, réalisé en 2008. Lors d'un dîner, un jeune couple, à peine trentenaire, annonce son mariage à quelques amis. Le film consistera à observer l'onde de choc... Le titre et l'argument initial du film ne sont pas sans rappeler Bergman, mais c'est une fausse piste. Le scénario a davantage à voir avec Les Nuits de la pleine lune de Rohmer, tandis que le style peut évoquer le cinéma de Hong Sang-soo, en beaucoup moins alcoolisé. Ce n'est pas encore la déflagration de Senses, mais ce petit précis sentimental et cruel, réalisé en quelque jours, mérite le détour.

YVES (Benoît Forgeard, 26 juin) LL
Jérem est un rappeur qui s'installe dans la maison de sa mamie pour y écrire et composer son premier album. Il fait la rencontre de So, une commerciale de l'entreprise Digital Cool, qui le persuade de prendre à l'essai Yves, un réfrigérateur intelligent. Celui-ci sait "ce qui est bon pour vous", commande lui-même les produits alimentaires, distille des conseils diététiques, sans se limiter à ce domaine... Après le réjouissant programme de courts-métrages Réussir sa vie et le premier long Gaz de France, Benoît Forgeard continue d'offrir un cinéma décalé et iconoclaste, satirique (même si la critique de l'intelligence artificielle reste souriante). Il est un peu inégal aussi (il y a boire et à manger, mais après tout c'est logique), mais entre deux délires un poil immatures vise plutôt juste sur l'époque.

THE DEAD DON'T DIE (Jim Jarmusch, 15 mai) LL
Jim Jarmusch fait son film de zombie. Cela démarre très doucement, mais comme dans une mer un peu fraîche, une fois qu'on y est, elle est plutôt bonne. Il faut dire que la distribution est royale : Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloé Sévigny, Danny Glover, Iggy Pop. Dans l'univers de Jarmusch, les policiers restent placides en toute circonstance (on voit que ça ne se passe pas en France). Il y a aussi un message écolo (même s'il reste assez convenu). Pas de quoi s'enflammer, mais pas non plus de quoi bouder son plaisir : le film me convainc même davantage que les vampires bien trop snobs de Only lovers left alive.

MONROVIA, INDIANA (Frederick Wiseman, 24 avr) LL
Frederick Wiseman continue d'explorer l'autre versant de l'Amérique. Après In Jackson Heights, qui montrait comment un quartier populaire et cosmopolite était transformé par la gentrification, le cinéaste s'intéresse à la ruralité, plus exactement dans une commune très blanche qui a majoritairement voté pour Trump en 2016. Sa méthode n'a pas changé : aucune indication ou aucun commentaire en voix off. Tout repose donc sur le montage, qui est un peu moins alerte qu'à l'accoutumée. D'où des scènes en général intéressantes mais qui paraissent flottantes, par manque de liant.

LES PLUS BELLES ANNEES D'UNE VIE
(Claude Lelouch, 22 mai) LL
On n'a pas envie de dire de mal de ce film, qui organise les retrouvailles des personnages vedettes de Un homme et une femme cinquante ans après. Les deux comédiens arrivent à faire passer quelque chose dans les scènes qu'ils ont ensemble. Des souvenirs de cinéma, pas seulement le film originel de Lelouch, mais aussi Lola pour l'une ou Ma nuit chez Maud pour l'autre. Mais justement, c'est le cinéma qui manque ici : les plans ont peu de profondeur, beaucoup de champ/contre-champ (on dira que Lelouch a appris la sobriété), et des extraits du film culte parfois gâchés par des chansons un peu gnangnan (signées Didier Barbelivien ou Calogero).

LES PARTICULES (Blaise Harrinson, 5 juin) L
Une chronique de l'adolescence autour d'un élève de Terminale Scientifique dans un lycée du pays de Gex, non loin de l'accélérateur de particules du CERN. Pour son premier long métrage de fiction, le réalisateur Blaise Harrinson, venu du documentaire, arrive avec de l'ambition. Malheureusement, s'il multiplie les pistes et les propositions, il n' en explore vraiment aucune. Du coup, son goût pour l'abstraction paraît assez vain. Peu convaincant et inabouti, mais pas sans talent (on verra bien au deuxième film).
Version imprimable | Films de 2019 | Le Dimanche 23/06/2019 | 0 commentaires
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Des films du printemps 2019

  • Bien : Working woman (Michal Aviad), El Reino (Rodrigo Sorogoyen), Liz et l'oiseau bleu (Naoko Yamada), 90's (Jonah Hill), La Lutte des classes (Michel Leclerc)
  • Pas mal : Les Oiseaux de passage (Ciro Guerra, Cristina Gallego), Curiosa (Lou Jeunet), Green book (Peter Farrelly), Genèse (Philippe Lesage), Simetierre (Kevin Kölsch, Dennis Widmyer)
  • Bof : L'Adieu à la nuit (André Téchiné)

WORKING WOMAN (Michal Aviad, 17 avr) LLL
Orna est une jeune femme qui vient d'être recrutée par une agence immobilière, avec peut-être des possibilités de carrière. C'est essentiellement elle qui ramène l'argent à la maison, alors que son mari peine à faire décoller son restaurant qui vient d'ouvrir. Orna se révèle douée pour le marketing et plaît au chef qui l'a recruté. Professionnellement, mais pas que... Petit à petit, ce supérieur se fait de plus en pressant : un baiser volé, des coups de fil le soir... Le film sort chez nous quelques semaines seulement après Comme si de rien n'était d'Eva Trobisch, où une jeune femme violée choisissait le déni. La cinéaste Michal Aviad choisit de dépeindre une femme qui tente de lutter, tout en essayant de préserver sa situation sociale. Elle choisit d'étirer les scènes, afin de créer une tension qui ne faiblit jamais, mais aussi de montrer toute la complexité de cette relation toxique. Exercice réussi.

EL REINO (Rodrigo Sorogoyen, 17 avr) LLL
Manuel Lopez-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il s'apprête à rejoindre la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches et peut-être le parti tout entier. Mais Manuel n'est pas disposé à s'avouer vaincu. Il va tout faire pour sauver sa peau, quitte à éclabousser les autres. C'est le début d'un engrenage infernal... L'originalité de ce thriller politique est de se mettre dans les pas d'un corrompu (joué par l'excellent Antonio De la Torre) qui ne veut pas payer pour tous les autres. Après Que Dios nos perdone il y a deux ans, Rodrogo Sorogoyen livre un nouveau film tout en tension. Il a commencé comme script doctor pour des séries, et effectivement c'est le scénario qui impressionne, montrant la vaste étendue des institutions touchées, alors que la mise en scène est certes efficace mais plus monocorde.

LIZ ET L'OISEAU BLEU (Naoko Yamada, 17 avr) LLL
Liz et l'oiseau bleu est un conte, où une jeune fille solitaire se trouve soudain accompagnée d'une amie qui se révèlera être un oiseau, et Liz devra accepter de le laisser s'envoler. C'est aussi une pièce de musique classique que doivent jouer des jeunes filles d'aujourd'hui, dont Nozomi et Mizore, les deux héroïnes de ce nouveau long métrage de Naoko Yamada (réalisatrice du beau Silent voice). L'une est extravertie, l'autre très secrète, l'une joue de la flûte, l'autre du hautbois. Alors, il faut certes un temps d'adaptation dans cet univers très girly (le lycée est non mixte). Mais on ne peut qu'être finalement conquis par la subtilité des relations entre ces adolescentes, leurs choix difficiles (notamment par rapport à leur orientation future, dans l'enseignement supérieur), leurs moindres émotions. Et au final, la musique, sans en faire jamais trop, est au diapason de cette sensibilité.

90'S (Jonah Hill, 24 avr) LLL
Stevie, un jeune ado de 13 ans, est parfois battu par son grand frère. Mais leurs relations sont complexes, Stevie n'hésitant pas à pénétrer dans la chambre de son aîné en son absence, et d'y admirer les objets entassés. Pourtant, c'est dans la rue qu'il va trouver son culte à lui, en observant un groupe de skaters. Il va tenter de les rejoindre, malgré la différence d'âge. Il va s'initier au skate, mais aussi à d'autres plaisirs : d'être en bande, de fumer, de tout faire comme les grands... Du fait de l'âge de son personnage principal, le film s'éloigne des modèles de Gus Van Sant ou Larry Clark et retrouve une certaine innocence perdue, dans ces scènes qui évoluent entre naïveté ou maladresse touchante et rites d'apprentissage, sans évacuer la violence ni tomber dans la mythologie adolescente. Ce premier long métrage a également le mérite et la modestie d'être filmé à hauteur des personnages sans les juger.

LA LUTTE DES CLASSES (Michel Leclerc, 3 avr) LLL
Sofia et Paul quittent leur petit appartement parisien pour une petite maison à Bagnolet, la ville où Sofia a grandi. Ils sont fiers de leurs convictions de gauche. Mais lorsque leur fils Corentin voit certains de ses copains déserter Jean Jaurès, l'école primaire publique du quartier, pour rejoindre Saint Benoît, un établissement privé, ils s'interrogent. Vu le sujet, on aurait pu craindre une comédie démago où l'ironie flirterait avec le ressentiment. C'est mal connaître Michel Leclerc (Le Nom des gens). De façon miraculeuse, il réussit à aborder avec finesse des thèmes si mal traités par les éditorialistes à la mode (les inégalités sociales, les autres discriminations, les crispations identitaires). L'humour passe parfois par des détails très humains, telle la mère (Leïla Bekhti, dans un de ses meilleurs rôles) qui peine à comprendre les compliments de ses proches, ou une institutrice dépassée (jouée par la coscénariste Baya Kasmi) qui ne s'exprime que dans une ahurissante langue de bois, tout en restant touchante. Sans oublier la stratégie peu orthodoxe pour inciter les jeunes à aller au ciné...

LES OISEAUX DE PASSAGE (Ciro Guerra, Cristina Gallego, 10 avr) LL
A la toute fin des années 1960, en Colombie, plusieurs membres d'une famille d'indigènes Wayuu se lancent dans l'export de marijuana, notamment auprès de la jeunesse américaine, dont la demande est croissante. Ils s'enrichissent, tout en essayant de garder la main haute sur les transactions, jusqu'au jour où la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et traditions ancestrales... Le nouveau film de Cristina Gallego et Ciro Guerra (L'Etreinte du serpent) est donc une sorte de grande fresque familiale (comme Francis Ford Coppola ou Martin Scorsese les affectionnaient) qui raconte la naissance des cartels de la drogue, vue du côté colombien. Le scénario est intéressant et efficace, même s'il aurait fallu que les cinéastes s'écartent davantage des clichés du genre pour réussir le film mémorable que le sujet aurait mérité.

CURIOSA (Lou Jeunet, 3 avr) LL
Curiosa est un terme qui désigne une oeuvre à caractère érotique. A la fin du 19è siècle, Marie de Heredia est mariée à Henri de Régnier, un poète de la bonne société qu'elle vouvoie et qu'elle n'aime pas. Elle continue à fréquenter son amant, un autre poète et écrivain, Pierre Louÿs, qu'elle tutoie et à qui elle servira de modèle nu pour des photographies en amateur. Ces expériences amoureuses inspireront à Marie un roman, L'Inconstante, qu'elle publie sous pseudonyme masculin. Pour son premier long métrage de cinéma, après une carrière à la télévision, Lou Jeunet ne choisit pas la facilité. Elle réussit à ne pas tomber dans les représentations clichés lors des nombreuses scènes de nu, tandis que la bande originale revisite Debussy en mode électro. Noémie Merlant (Les Drapeaux de papier) confirme sa justesse de jeu et son courage. Le résultat reste fragile, loin de l'intensité et de la profondeur de la Lady Chatterley de Pascale Ferran.

GREEN BOOK (Peter Farrelly, 23 jan) LL
En 1962, Tony Vallelonga est un videur de cabaret italo-américain au chômage technique, pendant la réfection de l'établissement dans lequel il travaillait. Il est alors engagé comme chauffeur par Dr Shirley, un célèbre pianiste noir, lors de sa tournée dans le Sud des Etats-Unis, là où les lois ségrégationnistes sont appliquées. Les deux protagonistes, au départ très éloignés l'un de l'autre, vont apprendre à faire cause commune... L'histoire (vraie) est édifiante. Dans la catégorie des films antiracistes, celui-ci, qui se laisse voir avec intérêt, reste néanmoins inférieur aux films récents de Jordan Peele (Get out), Spike Lee (BlacKKKlansman) ou Boots Riley (Sorry to bother you), que ce soit sur le plan politique ou cinématographique, le film de Peter Farrelly étant assez académique dans sa mise en scène, et assez dépolitisé dans son approche du racisme.

GENESE (Philippe Lesage, 10 avr) LL
Deux figures à peine sorties de l'adolescence. Charlotte (Noée Abita, la révélation de Ava) quitte son petit ami après une dispute sur l'exclusivité ou non des relations amoureuses. Elle s'essaye à des rencontres plus libres. Pendant ce temps, son demi-frère Guillaume tombe amoureux de son meilleur pote, hétérosexuel... Dans son dernier tiers, le film s'intéresse à d'autres enfants et leurs premiers émois pré-amoureux, lors d'une colonie de vacances. Le sujet n'est pas neuf, il est même assez universel (même avec des particularités locales, comme ce lycée non mixte), mais les personnages sont plutôt attachants. Ils sont la raison d'être d'un film dont on peine à comprendre l'intérêt pour lui-même, faute d'une réelle mise en scène.

SIMETIERRE (Kevin Kölsch, Dennis Widmyer, 10 avr) LL
Louis Creed, un jeune médecin de Boston, emménage avec sa femme et ses deux enfants à Ludlow, petite bourgade (fictive) du Maine. Au fond des bois près de sa nouvelle maison, la benjamine Ellie découvre un vieux cimetière pour animaux de compagnie, comme l'explique Jud, leur nouveau voisin... Ce film d'horreur commence très bien, les personnages sont assez réussis, bien écrits et bien interprétés. Cela se gâte un peu dans la deuxième moitié du film. Ce ne sont pas les infidélités au roman qui posent problème, mais plutôt les situations, pourtant prévisibles, qui ne sont pas très bien amenées, et une mise en scène pas toujours heureuse. Sur le fond, le père fait des erreurs de débutant, comme s'il n'avait jamais vu de film d'horreur, tout ça à cause de son amour pour fifille... Il faut reconnaître que la toute fin est savoureuse, et que le film se laisse voir, même s'il est loin d'égaler les meilleures adaptations de Stephen King.

L'ADIEU A LA NUIT (André Téchiné, 24 avr) L
Début de printemps au milieu des cerisiers au sud de la France. Une grand-mère tente d'empêcher son fils, nouveau converti à l'islam "radical" (il va sur internet et non à la mosquée), de partir en Syrie. L'ambition est là, encore que Téchiné a toujours excellé dans le romanesque, mais beaucoup moins dans l'illustration d'un fait divers ou d'une histoire inspirée de l'actualité. Ici, les choix artistiques pèsent des plombes, entre dialogues lourdement significatifs et montage alterné du même acabit. Même l'introduction du film désarçonne : une fictive éclipse totale de soleil visible depuis la France métropolitaine en 2015, peut-être un symbole, mais pas d'une grande finesse. Autant de maladresses malencontreuses et contre-productives qui desservent un propos qui se veut humaniste.
Version imprimable | Films de 2019 | Le Mercredi 08/05/2019 | 0 commentaires
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Suite des films de début 2019

  • Bravo : La Flor (Marino Llinas)
  • Bien : Les Eternels (Jia Zhang-Ke), Sibel (Cagla Zenciri, Guillaume Giovanetti), J'veux du soleil (Gilles Perret, François Ruffin), Dans la terrible jungle (Caroline Capelle, Ombine Rey), Comme si de rien n'était (Eva Trobish), C'est ça l'amour (Claire Burger)
  • Pas mal : Ma vie avec John F. Donovan (Xavier Dolan), Les Témoins de Lensdorf (Amichai Greenberg), Nos vies formidables (Fabienne Godet), Depuis Médiapart (Naruna Kaplan de Macedo)
  • Bof : Us (Jordan Peele), Happy birthdead 2 you (Christopher Landon)

LA FLOR (Marino Llinas, 6 mar, 20 mar, 27 mar et 3 avr) LLLL
La Flor est un multi-film de 13h30, diffusé en salles en 4 parties, et comprenant en réalité six épisodes. Chaque épisode a son style particulier : la série B d'angoisse (et d'archéologie hantée), le drame conjugal et musical (avec méduse et scorpions), l'espionnage (avec une inspiration sans borne et une voix off particulièrement déchaînée), un film dans le film (le seul épisode qui aurait gagné à être réduit), un hommage à Renoir en grande partie muet, et une aventure dans le désert muette avec intertitres filmée comme à travers des toiles peintes (un joli bouquet final). Chaque épisode est indépendant des autres, mais fait intervenir, à une exception près, le même extraordinaire quatuor d'actrices (Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa, Laura Paredes) qui changent donc de personnages à chaque épisode avec gourmandise. Le tout est un festival de cinéma à lui tout seul, à l'ambition rare, et avec une grande générosité envers le spectateur : ce n'est pas un exercice de style avant-gardiste, c'est plutôt un bouillon de narrations échevelées, comme un pied de nez du cinéma aux séries contemporaines (bien plus normées). S'il fallait donner une idée, on le rapprochera donc davantage d'un Raoul Ruiz (Les Mystères de Lisbonne) que de Miguel Gomes (Les Mille et une nuits). Même le générique final a un intérêt, et est même... renversant !

LES ETERNELS (Jia Zhang-Ke, 27 fév) LLL
C'est le dernier film de la compétition cannoise 2018 à être arrivé sur nos écrans, mais pas le moindre. Jia Zhang-Ke continue d'interroger les mutations de la Chine contemporaine. Il ose une fresque romanesque qui court sur près de 20 ans (de 2001 à aujourd'hui) et suit le destin d'un personnage féminin haut en couleurs (interprétation de haute volée de Zhao Tao). Au départ, Qiao est une fille de mineur et la petite amie de Bin, un petit chef de la pègre locale (le jiang hu, dont elle ne fait pas partie, mais dont elle partage certaines démonstrations du code d'honneur). Plus tard, elle sera amenée à se servir d'une arme et à en payer le prix... Dès lors, rien ne sera plus comme avant. Avec notamment des ellipses cinglantes et un grand travail historique et géographique, le cinéaste livre un grand film sur la transmission (certaines scènes de la fin entretenant un écho non dénué d'amertume avec celles du début), mais aussi sur la façon dont certains membres de la pègre sont devenus avec aisance des capitalistes respectables en col blanc, l'honneur s'étant plus ou moins perdu en cours de route...

SIBEL (Cagla Zenciri, Guillaume Giovanetti, 6 mar) LLL
Dans une vallée proche de la mer Noire en Turquie, les réseaux de communication moderne ne marchent pas ou peu, et pour communiquer d'une plantation à l'autre, les habitants utilisent une langue sifflée qui se transmet depuis des générations. C'est le seul langage que peut utiliser Sibel, une jeune femme muette de 25 ans et par ailleurs fille du maire. Pour se faire accepter, elle tente de chasser le loup qui rôde paraît-il dans la forêt alentour qu'elle connaît comme sa poche. Mais elle y fera une autre rencontre, musclée, celle d'un déserteur qu'elle va soigner et cacher... Bien sûr le film va tourner autour du courage, politique, de la jeune femme et du combat pour son émancipation à l'intérieur d'une société traditionnelle. Mais ce matériau est transcendé par la forme, qui rend ce conte constamment captivant. Damla Sönmez, qui interprète le rôle principal, est une vedette dans son pays, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on comprend pourquoi...

J'VEUX DU SOLEIL (Gilles Perret, François Ruffin, 3 avr) LLL
Sur un coup de tête, le réalisateur Gilles Perret et le député-reporter François Ruffin ont passé une semaine à arpenter les ronds-points à la rencontre de ses occupants. Les médias meanstream dépeignent ces derniers en beaufs, en fachos, en casseurs ? Ils rétablissent l'équilibre en laissant la parole à ces prolétaires, femmes et hommes, aux vies brisées par la soi-disant seule politique économique possible, mais qui ont décidé de relever la tête pour que la honte change de camp. Les témoignages serrent le coeur, mais il y a aussi de l'humour (y compris de la part de Ruffin lorsqu'il endosse le rôle de Macron pour donner le change) et de l'espoir. Le film se veut aussi galvanisant que Merci patron ! de l'un ou Les Jours heureux de l'autre, et constitue même une réponse cinglante aux nombrilistes qui pensent que le salut ne peut venir que des classes les plus éduquées, pourtant trop promptes à la résignation, qui est la meilleure alliée des libéraux. Au contraire les Gilets Jaunes ont au moins eu le mérite de défendre un autre partage des richesses et du travail, une révolution fiscale, un meilleur aménagement du territoire que la spécialisation induite par la mondialisation, et sont d'une certaine manière plus écolos que les divagations d'une écologie centriste qui ne sait plus parler que de solutionnisme à base de banque, de marché carbone et de taxes...

DANS LA TERRIBLE JUNGLE (Caroline Capelle, Ombline Rey, 13 fév) LLL
Les réalisatrices plantent leur caméra dans l'enceinte de La Pépinière, un Institut Médico-Educatif, et vont suivre un groupe d'adolescents, leur quotidien, leurs aspirations, mais aussi des ateliers musicaux. Aucune voix off ne vient asséner de quels troubles ces pensionnaires sont atteints. On peut être d'abord gêné d'être dans la position du voyeur, avant de comprendre que les ados sont totalement partie prenante du projet de film. Dans des cadres amples qui n'enferment jamais les personnages, il y a Léa, ses arabesques chantées et ses conseils avisés, Alexis perpétuellement déguisé, Médéric, composant une reprise très personnelle des Bêtises, les bonds ahurissants de Gaël (lorsqu'il ne peut éviter la crise) ou encore Ophélie qui tire de la musique de tout objet, y compris avec une brosse à dents...

COMME SI DE RIEN N'ETAIT (Eva Trobish, 3 avr) LLL
Au cours d'une fête entre anciens camarades de promo, Janne (re)fait connaissance avec Martin. Ils boivent beaucoup. Plus tard dans la soirée, la vie de Janne bascule lorsqu'elle est violée par Martin. Cependant, elle choisit le déni, elle n'en parle à personne, ni à son compagnon ni à ses proches (le mot viol ne sera d'ailleurs jamais prononcé tout au long du film). Elle maintiendra cette attitude, même lorsqu'elle sera amenée à revoir son agresseur, qui fait partie de son milieu professionnel (l'édition). Contrairement à des clichés répandus, les violeurs ne sont généralement pas des inconnus frustrés qui attendent leurs victimes dans des ruelles sombres un couteau à la main, mais généralement des personnes connues par la victime et qui peuvent être estimées dans leur entourage. Ce premier film est donc plus conforme à la réalité. Il crée une tension bien menée autour de Janne (magnifiquement interprétée par Aenne Schawrz), même si ce parti pris conduit à réduire d'autres personnages à des esquisses.

C'EST CA L'AMOUR (Claire Burger, 27 mar) LLL
Agent de la fonction publique dans une sous-préfecture, voilà comment se présente, à plusieurs reprises, Mario, notamment dans une petite troupe de théâtre dans laquelle il va essayer de se trouver. Car, pour l'instant, il est aussi et surtout un père de famille qui doit élever seul ses deux filles adolescentes, alors que sa femme a besoin de s'éloigner d'eux. Le scénario est loin d'être révolutionnaire, la mise en scène ne fait pas non plus dans l'ostentation, et pourtant il y a une alchimie qui se déploie et rend le film assez attachant. Ce qui frappe, c'est moins ce qui arrive aux personnages que les forces et les vulnérabilités qui les traversent, ils sont formidablement écrits, loin des conventions ou des stéréotypes. Bouli Lanners trouve un de ses meilleurs rôles, mais toujours à l'écoute de ses partenaires de jeu (Cécile Remy-Boutang et les jeunes Justine Lacroix et Sarah Henochsberg).

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN (Xavier Dolan, 13 mar) LL
Ayant déménagé en Grande-Bretagne, un jeune enfant acteur entretient une relation épistolaire avec la vedette d'une série américaine, qui cache publiquement son homosexualité, et qu'il ne rencontrera jamais. Tous les deux ont des rapports paradoxaux et compliqués avec leurs mères respectives... C'est le premier film de Dolan tourné en langue anglaise, mais on y retrouve avec délice toutes les thématiques de son univers (voire de sa vie personnelle). Sa cinéphilie, populaire, ose faire rimer Kubrick (on entend le Beau Danube bleu lorsqu'un personnage converse au téléphone avec un certain Hal, comme dans 2001...) avec Titanic (on y recueille le récit d'un survivant d'une tragédie). En revanche, il y a des scories, une sorte de clip dans la salle de bain peu convaincant, et une direction d'acteurs qui semble parfois découler d'un soap (moult expressions faciales pour déclamer une demi-phrase...).

LES TEMOINS DE LENSDORF (Amichai Greenberg, 13 mar) LL
Un historien juif orthodoxe enquête sur un massacre qui aurait eu lieu dans le village de Lensdorf en Autriche, au crépuscule de la Seconde Guerre mondiale. Ses recherches s'accélèrent lorsqu'il se voit assigner un ultimatum : faute de preuves tangibles, le site sera bétonné sous quinzaine... Cette course contre la montre n'empêche pas sa quête de devenir également une interrogation sur son identité, à la suite de découvertes sur sa famille... Pour son premier long métrage, Amichai Greenberg a choisi un sujet très vaste et très personnel, forcément intéressant, mais que la mise en scène, trop peu inspirée, n'arrive pas à transcender comme il le faudrait.

NOS VIES FORMIDABLES (Fabienne Godet, 6 mar) LL
Margot, toxicomane d'une trentaine d'années, débarque dans une communauté thérapeutique. Dubitative, elle va y apprendre les vertus de la solidarité... Jusque là, j'avais beaucoup aimé le cinéma de Fabienne Godet (Sauf le respect que je vous dois, Une place sur la terre). Ici, elle a encore su créer une vraie troupe, autour de l'impressionnante Julie Moulier, également co-scénariste. Mais ce travail semble affaibli par la mise en scène, qui adopte un style très proche du documentaire (alors qu'on sait que ce n'en est pas un). Il y a un regain dramatique dans la dernière ligne droite, mais cela arrive un peu tard...

DEPUIS MEDIAPART (Naruna Kaplan De Macedo, 13 mar) LL
La réalisatrice de ce documentaire est abonnée de la première heure à Médiapart, et s'est immergée un an au coeur de la rédaction. Elle a choisi de filmer les journalistes dans leur bureau : le titre du film renvoie à un espace et non à un temps. Il y a des choses intéressantes, mais le film souffre un peu de la période choisie, en devenant un banal journal de la campagne présidentielle, écrasant parfois la singularité de ce média en ligne. Le documentaire donne l'impression d'une grande homogénéité de la rédaction, alors que dans la réalité de ce média les "causes communes" laissent s'exprimer des sensibilités différentes. Un exercice en demi-teinte, qui réserve quelques surprises : on apprend par exemple que Christophe Gueugneau, l'un des journalistes français qui a le mieux couvert la campagne de la France Insoumise, en s'intéressant au fond (contrairement aux médias de masse), est en fait non inscrit sur les listes électorales...

US (Jordan Peele, 20 mar) L
Une famille afro-américaine ayant réussi socialement part en vacances à Santa Cruz, là où la mère a vécu enfant un curieux traumatisme, une trentaine d'années auparavant. Après des coïncidences troublantes, le soir tombé, ils découvrent dans leur allée l'ombre menaçante de quatre personnes qui pourraient bien être des sortes de double... L'ouverture du film est très réussie, mais la suite, qui se veut probablement une critique de la réussite sociale (où on écrase des gens qu'on ne voit pas), souffre d'un manque de rigueur du scénario. Les fausses pistes, distillées ici ou là, semblent plus convaincantes que les vraies, comme si le film s'enroulait sur lui-même au lieu de se déployer. Le résultat n'arrive pas à la hauteur des références convoquées (L'Invasion des profanateurs de sépulture, par exemple).

HAPPY BIRTHDEAD 2 YOU (Christopher Landon, 13 fév) L
Happy Birthdead avait été une jolie surprise, comme un croisement savoureux entre Scream et Un jour sans fin. Christopher Landon tente une suite. Sur le papier, le scénario, qui fait entrer de nouvelles dimensions dans la danse, peut paraître audacieux, mais à l'écran, rien n'est crédible, rien ne fonctionne, tout semble artificiel, y compris les prétextes pseudo-scientifiques abscons (restez poli Carpentier). On s'accroche à l'abattage des jeunes comédiens, Jessica Rothe en tête, mais ça ne suffit pas à dissiper l'impression d'assister à un film pas du tout indispensable.
Version imprimable | Films de 2019 | Le Vendredi 12/04/2019 | 0 commentaires
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Les films de début 2019

  • Bien : Grâce à Dieu (François Ozon), Sorry to bother you (Boots Riley), Les Invisibles (Louis-Julien Petit), L'Ordre des médecins (David Roux), Le Château de Cagliostro (Hayao Miyazaki), Un berger et deux perchés à l'Elysée ? (Pierre Carles, Philippe Lespinasse), Border (Ali Abbasi), L'Heure de la sortie (Sébastien Marnier), Le Silence des autres (Almudena Carracedo, Robert Bahar), Les Drapeaux de papier (Nathan Ambrosioni), Tout ce qu'il me reste de la révolution (Judith Davis), Deux fils (Félix Moati)
  • Pas mal : Wardi (Mats Grorud), Si Beale Street pouvait parler (Barry Jenkins), Glass (M. Night Shyamalan), Les Fauves (Vincent Mariette), Un grand voyage vers la nuit (Bi Gan), Alita : Battle angel (Robert Rodriguez), Asako I & II (Ryûsuke Hamaguchi), Doubles vies (Olivier Assayas), Une intime conviction (Antoine Raimbault)

GRACE A DIEU (François Ozon, 20 fév) LLL
Le cinéma français est rarement à l'aise dans l'évocation d'une "affaire" d'actualité brûlante. Ce film-ci fait figure de remarquable exception. Il commence certes comme un film-dossier très classique, autour de la figure d'Alexandre, un père de famille nombreuse catho aisé qui est le premier à révéler les attouchements dont il fut victime enfant un quart de siècle plus tôt par un prêtre du diocèse de Lyon encore en activité. Mais le film s'élargit à d'autres victimes qui ont fondé l'association La Parole libérée... François Ozon a du métier. Il n'a plus besoin d'user de provocations pour secouer le cocotier. Il atteint en plein coeur le spectateur en restituant avec une extrême précision les réactions différenciées des victimes et en suggérant les multiples façons avec lesquelles ils ont tenté de se débrouiller pour construire leur vie. Il ne néglige pas pour autant les personnages féminins (épouses, compagne, mères) auxquelles il apporte la même attention. Le sujet a déjà fait couler beaucoup d'encre, mais François Ozon a réussi à en tirer des images de cinéma.

SORRY TO BOTHER YOU (Boots Riley, 30 jan) LLL
Cassius Green, un jeune Afro-américain, décroche un emploi de télémarketeur dans un centre d'appel. Sa capacité à prendre une "voix de blanc" et à faire progresser les ventes le fait grimper dans la hiérarchie, au moment même où ses collègues déclenchent une grève contre l'exploitation dont ils sont victimes au sein de l'entreprise. Pour son premier long métrage, le rappeur Boots Riley, qui se déclare communiste, frappe fort. Son film se distingue d'autres oeuvres antiracistes par la puissance de sa satire anticapitaliste (la légitimité de la grève n'est contestée par aucun des personnages principaux, au contraire). Le film cite explicitement Norma Rae de Martin Ritt (un des grands classiques des films féministes et ouvriéristes des années 1970), tout en apportant son propre style (qui peut aller jusqu'au fantastique) et sa propre inventivité. Une comédie intersectionnelle réjouissante qui mérite le détour.

LES INVISIBLES (Louis-Julien Petit, 9 jan) LLL
Lady Di, France Gall, Brigitte Macron trépignent d'impatience devant les grilles de l'Envol, un centre d'accueil de jour pour femmes dans le Nord, qui préconise l'utilisation de pseudonymes (pour ne pas être retrouvées par un conjoint violent, par exemple). Lorsque les autorités s'émeuvent du manque de résultat (en terme de réinsertion), les travailleuses sociales décident, illégalement mais légitimement, d'y installer un atelier thérapeutique et un dortoir. Cinq ans après Discount, Louis-Julien Petit frappe plus fort, grâce à un scénario co-écrit par Claire Lajeunie, auteure d'un livre et d'un documentaire sur le quotidien des femmes SDF. Et l'alchimie prend formidablement entre les actrices professionnelles (Corinne Masiero, Déborah Lukumuena ou Audrey Lamy - qu'on a rarement vue aussi bien) et des femmes qui ont réellement connu la précarité. Un film très vivant, poignant mais non dénué d'humour.

L'ORDRE DES MEDECINS
(David Roux, 23 jan) LLL
Simon (Jérémie Renier), 37 ans, est un pneumologue aguerri. Tous les jours, à l'hôpital, il côtoie la maladie et la mort, et a appris à s'en protéger. Avec l'expérience, il a appris à maîtriser ses émotions. Mais lorsque sa mère est hospitalisée dans une unité voisine pour une récidive de cancer, son univers, ses certitudes vacillent... Le sujet peut faire peur, mais le traitement est remarquable. Chaque inflexion de l'interprétation ou de la mise en scène apportent une justesse et d'infinies nuances. On est content de retrouver Marthe Keller (la mère) à son meilleur, Zita Hanrot (l'interne) confirme à chaque film son talent (Fatima, Paul Sanchez est revenu !), et l'étonnante Maud Wyler campe un second rôle fort (la soeur). Un premier film maîtrisé, mais qui évite tout académisme, tout endoctrinement, tout chantage émotionnel.

LE CHATEAU DE CAGLIOSTRO (Hayao Miyazaki, 23 jan) LLL
Le film date de 1979, mais est inédit dans les salles françaises, d'où cette recension. Le film est adapté d'un manga populaire, Lupin III. Le premier long métrage de Hayao Miyazaki, réalisé avant la création des studios Ghibli, est une étonnante fantaisie policière, autour d'une principauté qui serait liée à une fabrique de fausse monnaie (un paradis monétaire en quelque sorte), et d'une princesse que le héros, un gentleman cambrioleur lointain descendant d'Arsène Lupin, voudrait sauver d'un mariage d'intérêt. Interpol est aussi sur le coup... Visuellement, le style est très différent des futures créations de Miyazaki, mais on y perçoit déjà certains motifs (un château rempli de rouages secrets, des engins volants bizarres). Le tout est saupoudré d'un humour inattendu et réjouissant.

UN BERGER ET DEUX PERCHES A L'ELYSEE ? (Pierre Carles, Philippe Lespinasse, 23 jan) LLL
Après avoir vu son film sur Correa, le fils de Jean Lassalle appelle Pierre Carles pour lui demander d'assurer la communication du candidat à la présidentielle. Pierre Carles et Philippe Lespinasse acceptent, argumentant que puisque la victoire de la droite est inévitable en 2017, autant soutenir le moins pire de ses candidats (Lassalle fait partie de la trentaine de députés ayant refusé en 2016 la prolongation de l'état d'urgence)... De fait, si le documentaire n'élude pas les sujets qui fâchent (la visite en Syrie à Assad, les accusations de harcèlement), ils ne prennent jamais de haut ce politicien atypique, ancien responsable du Modem qui préfère fricoter avec le communiste Chassaigne plutôt qu'avec Bayrou. Lassalle ne vient pas du sérail (on croise d'ailleurs sa mère et son frère), et fait finalement moins peur que les étudiants d'une grande école de commerce qu'il rencontre au cours de sa campagne (l'écart est abyssal). Un documentaire assez libre qui ne dicte pas au spectateur ce qu'il faut penser.

BORDER (Ali Abbasi, 9 jan) LLL
Tina a un physique ingrat, mais est une douanière à l'efficacité redoutable. Grâce à son odorat extraordinaire, elle peut détecter les substances illicites que certains voyageurs tentent de faire passer dans le pays, mais aussi les émotions de ces passagers, leur honte, leur peur ou leur culpabilité. Un jour, elle voit passer Vore, un homme au physique aussi étrange qu'elle, et, pour la première fois, elle ne sait pas à quoi s'en tenir. C'est le début d'une interrogation et d'une métamorphose existentielle... Le deuxième long métrage d'Ali Abbasi, prix de la section Un Certain Regard à Cannes (2018), réussit son exercice de style, qui abolit les frontières entre les genres cinématographiques (beaucoup de fantastique ici) mais aussi entre l'homme et la bête. Malgré les prothèses, Eva Melander émeut beaucoup...

L'HEURE DE LA SORTIE (Sébastien Marnier, 9 jan) LLL
C'est une classe pilote, composée d'adolescents particulièrement doués. Mais lorsque Pierre, le professeur de français remplaçant (le titulaire s'est suicidé peu de temps auparavant), reprend la classe, il n'est pas au bout de ses peines. En apparence, les élèves sont extrêmement policés mais cherchent à l'humilier. Une supériorité froide et inquiétante (ils méprisent les autres élèves de l'établissement). Après Irréprochable (tentative pas complètement convaincante), Sébastien Marnier réussit un très bon film de genre. A chaque étape, dans chaque scène, on retient son souffle. En surface, le réalisateur insuffle de l'ambiguïté, en profondeur il travaille les grandes angoisses de l'époque. L'atterrissage un peu convenu, qui rappelle un peu trop l'univers de Jeff Nichols, ne doit pas faire oublier l'altitude que le film est parvenu à atteindre.

LE SILENCE DES AUTRES (Almudena Carracedo, Robert Bahar, 13 fév) LLL
En 1977, deux ans après la mort de Franco, l'Espagne vote le "pacte de l'oubli" : une loi d'amnistie pour tous ceux que le régime franquiste avait condamnés, mais surtout pour tous les tortionnaires et criminels liés à ce régime. Mais on n'efface pas quarante ans de dictature d'un trait de plume, ni le sentiment d'injustice. Contre l'oubli, pour demander réparations, des femmes et des hommes se tournent vers des juridictions internationales. Depuis 2012, des plaintes sont déposées en Argentine, faisant valoir la notion de crimes contre l'humanité, imprescriptibles par delà les frontières. Les témoignages sont bouleversants (exécutions sommaires, torture, bébés volés), d'autant que les dirigeants des pays voisins (dont De Gaulle), qui ont fermé les yeux sur le dictateur, au nom de la lutte commune contre le monde communiste, ont aussi leur part de responsabilité.

LES DRAPEAUX DE PAPIER (Nathan Ambrosioni, 13 fév) LLL
Vincent, 30 ans, sort tout juste de prison où il a passé douze ans. Il n'a aucun point de chute et s'en va retrouver sa soeur Charlie, qui a aujourd'hui 23 ans et qu'il n'a pas vue depuis des années. Ils vont devoir réapprendre à se connaître et se soutenir (elle est payée au lance-pierre en tant que caissière de supermarché mais rêve de devenir graphiste). Nathan Ambrosioni, le réalisateur, n'a que 19 ans, mais livre un premier long métrage étonnant de maturité. Sa direction d'acteurs est très réussie (grande alchimie entre Guillaume Gouix, qu'on a rarement vu aussi intense, et Noémie Merlant, qui apporte une judicieuse sensibilité écorchée). Un tel sujet (les difficultés de la réinsertion) aurait pu donner lieu à un téléfilm édifiant, mais, en faisant aussi des efforts sur la forme, le tout jeune cinéaste, que certains comparent déjà à Xavier Dolan, fait mieux que ça.

TOUT CE QU'IL ME RESTE DE LA REVOLUTION (Judith Davis, 6 fév) LLL
Le fond de l'air était rouge pour les parents d'Angèle, qui n'ont cependant pas réussi à changer le monde. Elle, elle résiste encore et refuse la résignation d'une génération qui serait née trop tard. Urbaniste engagée, elle se fait virer de son boulot, mais rêve d'une rue entre Paris et la banlieue pour que les gens se rencontrent enfin. Dans sa vie personnelle, elle tente de créer un groupe militant, avec des voisins, des amis, des rencontres, justement, mais pas de leader... L'actrice Judith Davis se met en scène en irrésistible râleuse et réussit avec sa troupe de comédiens une comédie politique qui évite la plupart du temps les bons mots trop bien sentis comme le prêt-à-penser trop bien ficelé. Plutôt revigorant.

DEUX FILS (Félix Moati, 13 fév) LLL
Ravagé par la mort de son frère, Joseph abandonne son cabinet médical pour écrire tant bien que mal un roman. Joachim, son fils aîné, torturé par sa dernière rupture amoureuse, remet sans cesse à plus tard sa thèse de psychiatrie. Yvan, le cadet, 13 ans, a du mal à accepter la défaillance de ses deux modèles masculins. Il est en pleine crise mystique et bat semble-t-il des rapports de précocité vis-à-vis de l'alcool... Pour son premier film derrière la caméra, Félix Moati livre une comédie douce-amère sur les liens familiaux, par petites touches successives, entre errances nocturnes et petits secrets glanés derrière la porte. Benoit Poelvoorde met toutes ses capacités "mélancomiques" au bénéfice d'un portrait d'homme nuancé. Mathieu Capella campe une figure d'ado loin des clichés. Et le personnage interprété par Vincent Lacoste fait le lien entre les générations, tout en esquissant une relation de consolation avec une jeune femme (Anaïs Demoustier, excellente) qui incarne un espoir tout en imposant sa liberté et ses désirs.

WARDI (Mats Grorud, 27 fév) LL
Wardi a 11 ans et vit dans le camp de réfugiés palestiniens de Burj El Barajneh à Beyrouth, au Liban. Son arrière-grand-père malade, qui n'a jamais revu sa Palestine natale, renonce à poursuivre son traitement. Très attachée à lui, Wardi part à la recherche de "l'espoir"... Le film de Mats Grorud mêle deux techniques d'animation très différentes : des marionnettes animées en stop motion (image par image) pour le présent, des dessins en 2D pour évoquer les souvenirs des générations marquées par l'exil. Contrairement à Valse avec Bachir, le film, peu friand de complexité, s'adresse avant tout au jeune public, mais a le grand mérite d'évoquer pédagogiquement la Nakba (la "catastrophe" que représenta l'exil forcé de centaines de milliers de palestiniens lors de la création d'Israël en 1948).

SI BEALE STREET POUVAIT PARLER (Barry Jenkins, 30 jan) LL
Tish a 19 ans, et est très amoureuse de son ami d'enfance Fonny, plus âgé de quelques années. Ce dernier est arrêté, accusé (sûrement à tort, le suspense n'est pas là) de viol. Comment les deux tourtereaux Afro-américains vont-ils affronter la société américaine raciste des années 70, et les rouages de la machine judiciaire, alors que Tish est enceinte de Fonny ? Cette adaptation du roman de James Baldwin, publié en 1974, bénéficie en gros des mêmes qualités et défauts que la transposition marseillaise tentée par Robert Guédiguian il y a vingt ans (A la place du coeur). Les scènes les plus belles restent à peu près les mêmes, dans une esthétique soignée qui renforce la beauté et la bonté des personnages, au risque de rendre, aux yeux de certains spectateurs, le couple (trop) idéal. Un joli film, auquel on peut préférer le documentaire I am not your Negro, réalisé par Raoul Peck à partir d'écrits inédits du même Baldwin.

GLASS (M. Night Shyamalan, 16 jan) LL
M. Night Shyamalan fait se croiser les personnages principaux de ses films Incassable (2000) et Split (2017), à savoir Elijah Price (Samuel Jackson), un homme aux os fragiles comme du verre mais aux facultés mentales très développées, David Dune (Bruce Willis), qui est sorti seul rescapé d'un accident de train et est devenu depuis un héros aux yeux de son fils, et Kevin Crumb, un homme costaud qui abrite dans son esprit 24 personnalités dont l'une, la Bête, fait régner la terreur. Ils se retrouvent dans un hôpital psychiatrique, dans une unité réservée à ceux qui se prennent pour des super-héros. Le film est linéaire mais assez malin, en interrogeant la foi qui fait le succès des adaptations de comic books, dans une ambiance qui peut rappeler Vol au-dessus d'un nid de coucou. Et la fin surprend...

LES FAUVES (Vincent Mariette, 23 jan) LL
Laura, 17 ans, passe l'été au camping avec ses cousins. Elle s'intéresse peu aux garçons de son âge, mais est fascinée par Paul (Laurent Lafitte), qu'elle rencontre dans un bungalow proche, et qui prétend écrire pour "réenchanter le monde". La rumeur dit qu'une panthère rôde aux alentours. Un jeune homme disparaît... Pour son deuxième long métrage, Vincent Mariette multiplie les pistes, sans oser y aller franco. C'est une esquisse de film d'atmosphère. Ce qu'il réussit en revanche pleinement, c'est son héroïne, une adolescente qui cultive sa singularité, frêle mais solide, et à laquelle Lily-Rose Depp apporte une fascinante incarnation.

UN GRAND VOYAGE VERS LA NUIT (Bi Gan, 30 jan) LL
Un homme tente de retrouver une femme qu'il a passionnément aimée jadis. Assailli par des souvenirs, il retourne à Kaili sa ville natale... Après Kaili blues, Bi Gan creuse un sillon radical chic, où l'intérêt de la forme prime sur celui du fond. De fait, la deuxième partie du film est une longue déambulation dans un plan unique étourdissant de cinquante minutes en 3D. Il obtient une émotion immédiate, mais en l'absence d'une véritable histoire on a du mal à s'empêcher de trouver le film après coup assez vain. On espère que le troisième film dépassera la sensation pure et que Bi Gan mettra son indéniable talent formel au service d'ingrédients plus profonds.

ALITA : BATTLE ANGEL (Robert Rodriguez, 13 fév) LL
Au XXVIè siècle, un réparateur de cyborgs redonne vie à une jeune fille au corps mécanique détruit et à la mémoire défaillante. Elle va se découvrir des talents insoupçonnés (qui semblent venir de très loin) pour se battre. L'adolescente (si j'ose dire) décide en quelque sorte de devenir une justicière prête à défier la tyrannie de Zalem, la dernière des cités volantes... Le film, inspiré du manga Gunnm, est clairement du côté de la science-fiction, et non de l'anticipation : s'il y a eu un effondrement au XXIIIè siècle, ce n'est pas à cause de limites écologiques terrestres, mais d'une mauvaise rencontre avec des martiens... Il est produit et co-scénarisé par James Cameron, mais est plus gratuit et un peu moins convaincant que les films que ce dernier réalise lui-même. Cela se laisse voir, en attendant les suites d'Avatar...

ASAKO I & II (Ryûsuke Hamaguchi, 2 jan) LL
La jeune Asako s'éprend de Baku, un garçon de son âge, charismatique mais imprévisible. Un jour il part sans laisser de trace. Asako quitte Osaka pour Tokyo où elle tente de se reconstruire. En livrant du café dans un bureau, elle est troublée par un jeune homme qui ressemble beaucoup, physiquement, à Baku, tout en offrant davantage de sécurité matérielle (il est cadre, standard, rassurant, prévisible). On voit ce qu'a voulu faire Hamaguchi : une histoire de double et de trouble. Dommage qu'il n'arrive pas à dessiner une héroïne aussi convaincante que les personnages de son précédent film, la fresque Senses, très réussie. Mais son regard n'a pas perdu toute singularité.

DOUBLES VIES (Olivier Assayas, 16 jan) LL
La cinématographie d'Olivier Assayas est inégale, mais passionnante, précisément pour son imprévisibilité. Ici, il livre une sorte de vaudeville caustique situé dans le monde de l'édition qui doit faire face à la révolution numérique. Prévenons : la plupart des personnages sont des têtes à claques, entre cynisme et pédanterie, qu'on n'aimerait pas fréquenter dans la vraie vie. Mais Juliette Binoche, par son talent, arrive à défendre son personnage. La surprise vient du personnage interprété par Nora Hamzawi (une révélation), une attachée parlementaire qui est montrée, à rebours des discours poujadistes, comme une idéaliste opiniâtre mais gardant les pieds sur terre. Pas si mal finalement.

UNE INTIME CONVICTION (Antoine Raimbault, 6 fév) LL
Le deuxième procès, en 2010, de l'époux de Suzanne Viguier, disparue une dizaine d'années plus tôt. Le premier s'est conclu par un acquittement. En sera-t-il de même ? Le film part de faits réels, et l'assume en gardant les noms propres (l'avocat s'appelle bien Dupond-Moretti), mais invente un personnage fictif : Nora, employée dans un restaurant et jurée lors du précédent procès, et animée d'une intime conviction qui la pousse à aider l'avocat, notamment sur de nouvelles pièces versées au dossier (écoutes téléphoniques). Malheureusement, la crédibilité de ce personnage est assez faible. Il est heureusement sauvé par l'interprétation de Marina Foïs, en contrepoint de celle, non moins excellente, d'Olivier Gourmet.
Version imprimable | Films de 2019 | Le Dimanche 03/03/2019 | 0 commentaires
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