Top 15 de l'année :
1. From Ground Zero (collectif coordonné par Rashid Masharawi, Palestine)
2. La Chambre d'à côté (Pedro Almodovar, Espagne)
3. Slow (Marija Kavtaradze, Lituanie)
4. Valeur sentimentale (Joachim Trier, Norvège)
5. L'Agent secret (Kleber Mendonça Filho, Brésil)
6. The Brutalist (Brady Corbet, Etats-Unis)
7. Miroirs n°3 (Christian Petzold, Allemagne)
8. La Trilogie d'Oslo : Rêves (Dag Johan Haugerud, Norvège)
9. Berlin, été 1942 (Andreas Dresen, Allemagne)
10. Nino (Pauline Loquès, France)
11. Sirât (Oliver Laxe, Espagne/France)
12. Bird (Andrea Arnold, Grande-Bretagne)
13. Julie se tait (Leonardo Van Dijl, Belgique)
14. La Condition (Jérôme Bonnell, France)
15. Je suis toujours là (Walter Salles, Brésil)
Viennent ensuite (top alternatif) : La Pie voleuse (Robert Guédiguian, France), Put your soul on your hand and walk (Sepideh Farsi, Palestine/France/Iran), Lumière, l'aventure continue ! (Thierry Frémaux, France), Dossier 137 (Dominik Moll, France), Tardes de soledad (Albert Serra, Espagne/France), L'Âme idéale (Alice Vial, France), Ghostlight (Kelly O'Sullivan, Alex Thomson, Etats-Unis), Primo la vita (Francesca Comencini, Italie), Black dog (Hu Guan, Chine), La Chambre de Mariana (Emmanuel Finkiel, France), La Voix d'Hind Rajab (Kaouther Ben Hania, Tunisie/France), Mahjong (Edward Yang, Taïwan, inédit), Mémoires d'un escargot (Adam Elliot, Australie), Jeunes mères (Jean-Pierre et Luc Dardenne, Belgique), Sorry baby (Eva Victor, Etats-Unis)...
- Bravo : L'Agent secret (Kleber Mendonça Filho)
- Bien : La Condition (Jérôme Bonnell), Dossier 137 (Dominik Moll), L'Âme idéale (Alice Vial), La Voix de Hind Rajab (Kaouther Ben Hania), L'Incroyable femme des neiges (Sébastien Betbeder), On falling (Laura Careira), On vous croit (Charlotte Devillers, Arnaud Dufays), Les Enfants vont bien (Nathan Ambrosioni), L'Inconnu de la Grande Arche (Stéphane Demoustier), Animal totem (Benoît Delépine), Elle entend pas la moto (Dominique Fishbach)
- Pas mal : Qui brille au combat (Joséphine Japy), Rebuilding (Max Walker-Silverman), Dites-lui que je l'aime (Romane Bohringer), Souvent l'hiver se mutine (Benoît Perraud), Des preuves d'amour (Alice Douard), Les Aigles de la République (Tarik Saleh), Vie privée (Rebecca Zlotowski), Love me tender (Anna Cazenave Cambet), Le Temps des moissons (Huo Meng), Deux procureurs (Sergei Loznitsa)
- Bof : Mektoub my love, canto due (Abdellatif Kechiche), L'Amour qu'il nous reste (Hlynur Palmason)
L'AGENT SECRET (Kleber Mendonça Filho, 17 déc) LLLL
Dans les salles françaises, l'année 2025 avait en quelque sorte démarré avec Je suis toujours là de Walter Salles, et se referme avec ce film-ci. Les deux traitent de la période de dictature militaire au Brésil, mais pas du tout de la même manière. Le premier s'étendait sur une assez longue période, avec un récit chronologique, et un très grand classicisme. Alors que le nouveau film de Kleber Mendonça Filho, bien que tout aussi romanesque, est resserré sur un temps plus court : celui dans lequel un universitaire débarque à Recife dans une sorte de refuge pour dissidents, et tente de récupérer son fils, en garde chez les parents de son épouse décédée, pour fuir avec lui. Le film progresse par une compréhension progressive des enjeux liés aux divers protagonistes, et une évolution graduée vers le thriller. La narration empile les points de vue, en incluant par exemple des personnages contemporains d'étudiantes. Le tout est un formidable objet de cinéma, récompensé à juste titre du prix de la mise en scène à Cannes. Mais la profondeur réside aussi dans la direction d'acteurs/actrices, dont Wagner Moura, prix d'interprétation tout autant mérité.
LA CONDITION (Jérôme Bonnell, 10 déc) LLL
Le grand retour de Jérôme Bonnell (très talentueux dès son coup d'essai Le Chignon d'Olga en 2002). Pour la première fois, il livre un film d'époque, librement adapté du roman Amours de Léonor de Recondo, qui se passe au début du vingtième siècle. L'histoire est resserrée dans la sphère domestique, autour de quelques personnages : un notaire, son épouse, et leurs domestiques... Si, comme dans ses premiers films, la caméra cadre de façon très précise les personnages, tout en laissant aux interprètes beaucoup de liberté (grâce à la complicité de Pascal Lagriffoul, son fidèle chef opérateur), l'intime créé laisse néanmoins entrer les dynamiques sociales (le titre pourrait être complété par plusieurs adjectifs : sociale, féminine...). Sur le papier, ce long métrage aurait pu consister en un exercice de style chabrolien (une affaire de femmes au sein d'une bourgeoisie dégénérée), mais il en fait autre chose, notamment avec des dialogues finement ciselés, empreints d'une ironie, qui suggère beaucoup sans jamais dire vraiment, comme si elle échappait aux personnages pour nous atteindre. Les rapports de domination sont situés il y a un siècle, mais observés avec un regard pleinement contemporain.
DOSSIER 137 (Dominik Moll, 19 nov) LLL
Après le succès public et critique de La Nuit du 12, Dominik Moll traite une nouvelle fois d'un sujet de société à travers une enquête policière, en l'occurrence celle menée par l'IGPN après des violences policières lors d'une journée de mobilisation des Gilets Jaunes. Le fait que cette enquête soit menée par un personnage intègre (et interprété par Léa Drucker qu'on voit souvent dans ce genre de rôle) peut étonner, mais ne doit pas faire illusion. En ne chargeant pas son personnage principal, le cinéaste n'édulcore pas son propos, car au fil de son récit on voit intervenir tous les effets de structure qui expliquent pourquoi ces violences interviennent et comment l'institution construit l'impunité. Sous des dehors de film-dossier classique, la copie rendue par Dominik Moll est loin d'être si convenue.
L'ÂME IDEALE (Alice Vial, 17 déc) LLL
Elsa a un drôle de don, hérité de sa mère : elle voit des fantômes, plus exactement des personnes récemment décédées, qu'elle accompagne dans l'acceptation de leur mort, et les aide à passer de l'autre côté. Ce don semble prolonger ses compétences professionnelles (elle est médecin à l'hôpital, dans un service de soins palliatifs), mais est embarrassant dans sa vie privée. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Oscar... Venu de presque nulle part (Alice Vial a déjà été césarisée pour son court-métrage Les Bigorneaux), ce premier long métrage est enthousiasmant à plus d'un titre. D'abord parce qu'il régénère la comédie romantique en la teintant de fantastique, et sans jamais céder à la démagogie. Ensuite parce que simultanément il traite souterrainement de thèmes pas facile à aborder, avec la même élégance, spirituelle à plus d'un sens du terme, en surface (excellente BO) comme en profondeur. Le tout porté par Jonathan Cohen et surtout Magalie Lépine-Blondeau, merveilleuse dans l'humour comme dans l'émotion, entre deux mondes.
LA VOIX DE HIND RAJAB (Kaouther Ben Hania, 26 nov) LLL
Depuis ses débuts de cinéaste, Kaouther Ben Hania a réalisé des fictions comme des documentaires, sans qu'il s'agisse d'une dichotomie binaire, d'une part parce que dans tous les cas c'est le réel qui l'intéresse plus que l'imaginaire, d'autre part parce qu'elle utilise parfois des dispositifs hybrides (comme dans Les Filles d'Olfa). Ici, à partir de l'enregistrement audio réel d'un appel téléphonique d'une fillette de six ans coincée dans une voiture frappée par des tirs de l'armée israélienne, elle propose une reconstitution du travail (empêché) des bénévoles du Croissant-Rouge qui ont réceptionné cet appel. Il n'y a pas manipulation du spectateur, dans le sens où la mise en scène explicite le dispositif de façon transparente, et les faits ont fait l'objet d'enquêtes médiatiques. Cette année, il y a eu sur la Palestine des propositions plus amples (From Ground Zero) ou plus analytiques (Put your soul on your hand and walk), mais celui-ci permet de transmettre une émotion souvent réservée, dans les pays complices du génocide, aux seules victimes israéliennes.
L'INCROYABLE FEMME DES NEIGES (Sébastien Betbeder, 12 nov) LLL
Les films de Sébastien Betbeder cultivent le décalage, parfois jusqu'à paraître hors sol. Mais celui-ci surprend par sa profondeur, toutefois à l'opposé de toute lourdeur. L'ouverture coïncide avec le retour de l'exploratrice Coline Morel, du Groenland où elle travaille à sa maison familiale dans le Jura, dans laquelle elle retrouve son frère aîné (Philippe Katerine). Mais il s'agit d'un cinéma gigogne : au fur et à mesure qu'on avance, on passe d'un style à l'autre. L'humour de départ n'est pas seulement décalé, il est aussi d'une acuité satirique (cf la première scène dans une gendarmerie). Mais on glisse ensuite vers des séquences plus ethnographiques que n'auraient pas renié Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio (7 chants de la toundra), avant une fin qui rappelle étonnamment une Palme d'or japonaise un peu oubliée. Un beau voyage en émotion, porté par Blanche Gardin dans un de ses meilleurs rôles au cinéma.
ON FALLING (Laura Carreira, 29 oct) LLL
Pour son premier long métrage, Laura Carreira nous propose de suivre la vie quotidienne d'Aurora, immigrée portugaise au Royaume-Uni (comme elle), et préparatrice de commande dans un entrepôt. On la suit au travail et à son domicile (en colocation). Sans jamais discourir, le film offre sur l'exploitation et l'aliénation dans ce secteur (individualisation, minutage) un regard beaucoup plus critique que celui de Chloé Zhao dans Nomadland. De ce point de vue, le film est plus proche de Sorry we missed you (Ken Loach semble avoir trouvé en Laura Carreira une digne successeure). Les scènes, qui peuvent paraître d'abord anodines, montrent sans tambour ni trompettes des petits détails qui trahissent beaucoup. Dans le rôle principal, Joana Santos impressionne dans un rôle de jeune femme avare de mots et obligée de compter chaque sou...
ON VOUS CROIT (Charlotte Devillers, Arnaud Dufays, 12 nov) LLL
Ce film court et sec se résume presque à un huis clos, celui d'une audience dans un tribunal aux affaires familiales, dans laquelle un père de famille entame une action pour obtenir un droit de visite. Mais son ex-femme et leurs deux enfants ont une bonne raison de ne plus vouloir le voir, et d'avoir coupé le contact depuis deux ans. Deux choix de mise en scène font monter cette impression d'enfermement voire de piège : d'une part, peu de plans d'ensemble et beaucoup de plans serrés, et d'autre part le fait que ces plans, la plupart du temps, ne sont pas cadrés sur la personne qui parle, parfois avec une redoutable rhétorique, mais sur d'autres qui écoutent, en particulier la mère (Myriem Akheddiou, intense). Le tout est donc moins un film de procès classique qu'un témoignage de la violence secondaire, lorsqu'il faut réexpliquer les traumatismes pour espérer obtenir justice.
LES ENFANTS VONT BIEN (Nathan Ambrosioni, 3 déc) LLL
A 26 ans, Nathan Ambrosioni a déjà réalisé trois films autour de liens familiaux. On peut s'étonner qu'à cet âge il ne se coltine pas des questions plus brûlantes. En réalité, si le jeune cinéaste paraît modeste dans son propos ou dans ses propositions formelles, c'est qu'il a le goût des personnages qui échappent aux typologies simplistes. On voit une jeune femme (Juliette Armanet) débarquer à l'improviste chez sa soeur aînée (Camille Cottin), lesbienne récemment séparée de sa compagne (Monia Chokri). Le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces, confiant de force ses deux enfants de 6 et 10 ans à leur tante... Si le film se révèle assez profond, c'est moins par ses coups d'éclats que par ses constantes et multiples nuances, et ce malgré le didactisme que requiert le sujet.
L'INCONNU DE LA GRANDE ARCHE (Stéphane Demoustier, 5 nov) LLL
Vu en avant-première surprise, de moi-même j'aurais peut être hésité à aller voir ce film, car la Grande Arche de la Défense n'est a priori pas la grande réalisation des années 1980 qui m'intéresse le plus. La reconstitution est assez réussie, notamment dans les ambiances lumineuses des intérieurs, qui rappellent les iconographies de l'époque. Il réussit aussi la description d'un architecte étranger qui doit composer avec le processus de décision politique français. Il n'y a pas d'unité de style ou de thématique dans la filmographie en apparence éclectique de Stéphane Demoustier. Mais comme dans La Fille au bracelet ou Borgo, par exemple, il construit un personnage complexe, qui garde in fine une certaine opacité, alors même qu'on ne cesse pas de l'observer. C'est assez stimulant.
ANIMAL TOTEM (Benoît Delépine, 10 déc) LLL
Benoît Delépine nous livre un nouveau conte moderne, qui devrait ravir les amateurs de Louise-Michel (2008) ou Le Grand soir (2012), même s'il le réalise seul, pour une fois sans son complice Gustave Kervern. On suit Darius (Samir Guesmi, inattendu), personnage mystérieux qui débarque d'un aéroport, en costume mais menotté à sa valise à roulettes, et qui traverse à pied champs et villages pour honorer un rendez-vous à La Défense. Au fil des étapes, qui sont autant de sketchs grinçants, des indices sont semés sur la quête poursuivie et son décalage avec la société actuelle. Par moments, certains plans sont filmés en caméra subjective du point de vue d'animaux. Sans approfondir le propos, l'exercice de style est assez réussi, et le crescendo saignant. Punk is not dead !
ELLE ENTEND PAS LA MOTO (Dominique Fishbach, 10 déc) LLL
Cela fait plus de vingt ans que la réalisatrice Dominique Fishbach filme la famille de Manon, aujourd'hui une jeune femme sourde, très active, mariée et mère d'un petit garçon. Partagé entre tournage au présent et archives familiales, ce documentaire n'entend rien généraliser. Contrairement à d'autres films, l'oralité et la langue des signes y sont montrées comme complémentaires, à égalité, dans l'usage trouvé par la famille. Manon a une grande soeur entendante, mais avait également un petit frère sourd comme elle, disparu huit ans plus tôt. Ces retrouvailles estivales dans un chalet de montagne sont donc en quelque sorte aussi un point d'étape dans le travail de deuil. La caméra, non intrusive, reste à la bonne distance, et sait se faire oublier, pour un résultat discret, empreint de tendresse et de gravité (face aux institutions défaillantes), et lumineux.
QUI BRILLE AU COMBAT (Joséphine Japy, 31 déc) LL
Pour son premier film en tant que réalisatrice, la comédienne Joséphine Japy raconte l'histoire, d'inspiration autobiographique, d'une famille dans laquelle la soeur cadette a une maladie génétique rare, au diagnostic différé. Elle n'a pas accès à l'expression verbale, entre autres... Le père est haut fonctionnaire, ce qui lui permet de sécuriser financièrement la famille (et d'être souvent absent). La mère en est donc la clef de voûte, toujours en première ligne (Mélanie Laurent, expressive mais sobre, car bien dirigée). Le rythme du film patine un peu avec l'intrigue secondaire de la relation de la soeur aînée avec un homme plus âgé et plus riche. Ce contrepoint permet toutefois de constater que l'amour circule davantage dans les relations intrafamiliales, et que la maturité précoce de la jeune fille ne s'étend pas mécaniquement à tous les domaines...
REBUILDING (Max Walker-Silverman, 17 déc) LL
Le film, qui a allure de fable, débute après une catastrophe écologique dont on ne verra rien, sauf le résultat : une forêt brûlée par un grand incendie, et des sinistrés qui se regroupent dans un camp de mobile home. L'un de ceux-ci, séparé de sa femme et qui vient de perdre son ranch, renoue avec sa fille pour son éducation alternée. Au point de départ s'ajoutent donc d'autres thématiques (solidarité, famille). On est dans ce que le cinéma américain indépendant a de plus attachant, avec des personnages délicatement saisis à l'intérieur de plans ad hoc. Toutefois Dusty, l'anti-héros, respire tellement la bonté perpétuelle (incarné comme tel par Josh O'Connor, qui co-produit le film), que le résultat peut paraître un peu trop lisse par rapport à l'âpreté du sujet.
DITES-LUI QUE JE L'AIME (Romane Bohringer, 3 déc) LL
Parfois, les essais sur les secrets de famille des artistes sont parmi les films les moins nombrilistes du cinéma français, parce que beaucoup de familles connaissent des ombres, et parce que les petites histoires sont un moyen d'évoquer la grande. Ici, c'est un peu plus compliqué, puisque c'est suite à l'essai éponyme que Clémentine Autain a fait paraître sur sa mère l'actrice Dominique Laffin, trop tôt disparue, que Romane Bohringer se décide à l'adapter, et à se confronter à sa propre histoire. Mélanger ces deux figures de mère absente (celle de la cinéaste et celle de l'autrice, alors que les récits ne sont pas analogues) n'est pas le meilleur moyen de susciter l'émotion. Mais, petit à petit, ce film très libre finit par trouver sa forme, jusqu'à un final très abouti, savoureusement mis en scène.
SOUVENT L'HIVER SE MUTINE (Benoît Perraud, 3 déc) LL
Documentaire de montage réalisé uniquement à partir d'archives sur la vie paysanne dans le Poitou, des années 1930 aux années 1970. Les images les plus anciennes font revivre les gestes d'avant la modernisation. Certaines scènes montrent la participation des femmes à des travaux dans les champs, bien que considérées comme femmes au foyer. Aucun commentaire ou même datation précise des images, mais ces traces du passé sont complétées par une bande son constituée en grande partie par des chants transmis à l'oral racontant à leurs façons la condition paysanne (et aussi la condition féminine).
DES PREUVES D'AMOUR (Alice Douard, 19 nov) LL
Le récit commence juste après la loi Taubira qui autorise le mariage pour les personnes homosexuelles. Les deux héroïnes sont un couple de femmes. Nadia, la plus âgée, attend un enfant d'un don de sperme effectué à l'étranger, tandis que Céline doit se marier avec elle, et être recommandée par des proches du ménage (famille, amis, les plus divers possibles) pour pouvoir adopter l'enfant. Ces témoignages recherchés sont les fameuses preuves d'amour du titre, qui mettent à l'épreuve le couple (interprétations futées de Monia Chokri et Ella Rumf). Mais le tout élargit la focale aux questions (universelles, si l'adjectif n'était pas dévoyé) qui se posent lors de l'attente et la venue d'un enfant, quelle que soit l'identité des parents...
LES AIGLES DE LA REPUBLIQUE (Tarik Saleh, 12 nov) LL
Le réalisateur suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh clôt une série de trois films se déroulant au Caire, mais tournés hors les murs. Le plus réussi était le précédent, La Conspiration du Caire. Ici, il imagine un comédien populaire fortement incité à incarner le rôle du président al-Sissi dans une série télévisée produite par l'armée, sinon gare à ses proches, légitimes ou illégitimes. On est donc dans une comédie satirique et de moeurs qui peut se transformer à tout instant en thriller dramatique. Le pari est plutôt tenu, mais le déroulement est assez programmatique, sans que la mise en scène n'arrive à transcender une histoire relativement prévisible.
VIE PRIVEE (Rebecca Zlotowski, 26 nov) LL
Après la mort d'une de ses patientes, Lilian, qui la suivait dans son cabinet de psy, décide de mener son enquête. Au cours de l'intrigue, on note des emprunts à deux des meilleurs films de Woody Allen : un personnage féminin qui joue les détectives au grand dam de son mari (comme dans Meurtre mystérieux à Manhattan), ou la vérité, possiblement découverte par une tierce personne, qui émanerait des mots prononcés pendant les consultations (comme dans Une autre femme). Le résultat n'est toutefois pas à la hauteur de ces modèles, un opus mineur pour Rebecca Zlotowski, en dépit des efforts de Jodie Foster dans un rôle presque entièrement francophone.
LOVE ME TENDER (Anna Cazenave Cambet, 10 déc) LL
Après un premier film plutôt prometteur (De l'or pour les chiens), Anna Cazenave Cambet change de registre et nous propose une adaptation du roman autobiographique de Constance Debré. L'histoire d'une femme qui, au bout de quelques mois de séparation avec son mari, avoue à celui-ci qu'elle a désormais des histoires avec des femmes. Leur fils commun, manipulé par son père, refuse de la voir... Jusqu'à cette révélation, les deux parents gardaient une sorte de complicité, jusqu'à une certaine ressemblance vestimentaire (fausse bonne idée ?). Les interprètes (Vicky Krieps, Antoine Reinartz) ne sont pas en cause, mais le film semble illustrer davantage que nous faire ressentir vraiment les situations.
LE TEMPS DES MOISSONS (Huo Meng, 24 déc) LL
Comme son titre ne l'indique pas, le film s'étend sur toute une année, 1991, au cours de laquelle Deng Xiaoping avait promis des "réformes" économiques et sociales, en fait seulement économiques, dont l'abandon du système agricole ancestral collectiviste. Le paradoxe, c'est qu'on voit peu les changements organisationnels à l'écran, alors qu'on voit apparaître in fine de nouvelles machines, et qu'un forage exploratoire pétrolier pourrait modifier l'usage de ces terres. Il s'agit donc plutôt d'un long hommage du réalisateur à ses aînés, des divers drames qui les affectent, en particulier les femmes (mariage arrangé, enfant unique). La forme, primée à Berlin, est plus esthétisante que chargée de sens, mais le fond dérange encore les autorités actuelles (pas de visa d'exploitation en Chine pour l'heure).
DEUX PROCUREURS (Sergei Loznitsa, 5 nov) LL
Sergei Loznitsa alterne documentaires et fictions. Ces dernières sont inégales : j'avais beaucoup aimé Dans la brume, et pas du tout Une femme douce. Ici, on est un peu entre les deux. Il s'agit d'une fable historique située en 1937 en URSS. Un jeune juriste (le premier procureur) visite une prison, et se rend compte des mauvais traitements infligés à un vieux bolchévique de la première heure, tombé en disgrâce. Il avertit un des hauts responsables de justice (le second procureur) de ces faits. Formellement, une sorte d'artifice domine, avec des décors trop symboliques et des plans fixes qui se retournent contre le film. On a l'impression d'observer des ébauches de personnages. Mais l'histoire forte finit quand même par émouvoir.
MEKTOUB MY LOVE, CANTO DUE (Abdellatif Kechiche, 3 déc) L
Cette suite, tournée en même temps que le Canto uno, mais montée et sortie près de huit ans après, fait un drôle d'effet. On retrouve avec plaisir les jeunes protagonistes du premier volet, dans des rôles qui ont pris de la consistance, et surtout on retrouve le Kechiche qu'on aime, pas celui des gros plans sur les postérieurs, mais celui qui, avec toute son équipe, sait faire advenir à l'intérieur de chaque séquence une densité impressionnante. Il introduit deux nouveaux personnages, une actrice américaine et son mari producteur. On espère donc à nouveau le meilleur, mais dans sa dernière demi-heure le film bascule dans un univers autre, et perd toute subtilité, comme si le trajet prometteur avait abouti à un point de chute très décevant.
L'AMOUR QU'IL NOUS RESTE (Hlynur Palmason, 17 déc) L
Un homme et une femme semblent s'éloigner l'un de l'autre, mais ils ont trois enfants mineurs (interprétés par les propres rejetons du réalisateur). A froid, on peu trouver des qualités à ce film. Mais, durant la projection, la multiplication de plans trop souvent faussement arty (la mère est plasticienne) et la quasi-absence de progression dramatique déçoivent, de la part d'un cinéaste dont le sens esthétique avait nourri le caractère épique de son précédent film (Godland).
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