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Suite des films de l'année 2011 (fête du cinéma)

Le Gamin au vélo et 13 autres

  • Bravo : Le Gamin au vélo (Jean-Pierre et Luc Dardenne)
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  • Bien : Une séparation (Asghar Farhadi), La Ballade de l'impossible (Tran Anh Hung), Minuit à Paris (Woody Allen), Le Chat du rabbin (Joann Sfar, Antoine Delesvaux), Prud'hommes (Stéphane Goël), Women without men (Shirin Neshat), The Tree of life (Terrence Malick)
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  • Pas mal : Beginners (Mike Mills), Belleville Tokyo (Elise Girard), Blue Valentine (Derek Cianfrance), American translation (Pascal Arnold, Jean-Marc Barr)
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  • Bof : La Conquête (Xavier Durringer), Voir la mer (Patrice Leconte)

LE GAMIN AU VELO (Luc et Jean-Pierre Dardenne, 18 mai) LLLL
Cyril, un gamin de douze ans, placé dans un foyer par son père (Jérémie Rénier, habitué des Dardenne), qui l'abandonne, plus ou moins provisoirement, se révolte. Plein de rage et d'énergie, il est recueilli le week-end par Samantha, une coiffeuse rencontrée par hasard et qui va tenter de jouer le parent de substitution. Les deux cinéastes réalisent leur meilleur film depuis Rosetta. On y trouve tout ce qu'on aime chez eux : un scénario en état d'urgence, des personnages saisis au présent et en perpétuel mouvement. Mais aussi une mise en scène magistrale : par exemple lorsque l'enfant fait irruption dans l'ancien appartement de son père, la caméra ne laisse pratiquement rien voir de cet appartement, mais on comprend tout. Les deux frères ont gagné en confiance, et leur cinéma a gagné en ampleur : plans-séquences qui n'abusent plus de la caméra à l'épaule (contrairement à certains de leurs films précédents), utilisation, encore très parcimonieuse, de musique, et casting audacieux, avec Cécile de France, remarquable dans le rôle de Samantha.

UNE SEPARATION (Asghar Farhadi, 8 juin) LLL
Iran, aujourd'hui. Un couple, qui a une fille de 11 ans, divorce : elle veut partir à l'étranger, lui veut rester pour s'occuper de son père atteint de la maladie d'Alzheimer. Il embauche une employée à domicile pour s'occuper de ce dernier... C'est le début d'une succession de scènes de la vie quotidienne, filmées comme un documentaire. Mais petit à petit se met en place un drame, et un suspense psychologique et moral implacable, entre deux familles de classes sociales différentes et un rapport à la religion qui n'est pas le même non plus. L'émouvant, c'est que chacun a ses raisons, il n'y a pas de gentils et de méchants dans cette confrontation. Chacun fait le plus souvent preuve de sincérité, avec des exceptions à la règle (qui sont au coeur du suspense). Mais certains sont mieux armés que d'autres... Formellement, la mise en scène est brillante : par exemple, rien n'est gratuit dans les choix de ce qui est montré ou reste hors champ, dans ce qu'on croit avoir vu ou non...

LA BALLADE DE L'IMPOSSIBLE (Tran Ahn-Hung, 4 mai) LLL
Tokyo, fin des années 60. Kizuki, un jeune homme d'une vingtaine d'années, se suicide. Le film raconte l'histoire de la (sur)vie de sa petite amie, Naoko, et de son meilleur ami, Watanabe. Ces deux là se perdent de vue et se retrouvent quelques années plus tard. Adapté d'un roman de Murakami, le film est touffu, brassant les thèmes de l'amour, l'amitié, le deuil, la mélancolie, ou encore de souffrances intimes beaucoup plus crues et tourmentées. Une sorte de mélodrame très esthétique, où les protagonistes sont d'une grande beauté intérieure (et extérieure), et qui ont tous leur importance, personnages secondaires comme personnages principaux. Le film est à la fois lyrique et contemplatif (les deux ne sont pas incompatibles), au risque de quelques longueurs, et est également très agréable à l'oreille (par exemple on y entend une superbe interprétation acoustique de Norvegian Wood des Beatles).  

MINUIT A PARIS (Woody Allen, 11 mai) LLL
Après l'Everest que constituait le chef d'oeuvre ironique Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu l'an passé, le nouvel opus de Woody Allen constituerait plutôt une très agréable colline. Un jeune couple, assez riche mais mal assorti, joue les touristes à Paris (volontairement montré comme un décor de cartes postales) pour tenter de recoller les morceaux. La jeune femme a des parents ultraconservateurs, alors que l'homme est un écrivain frustré qui se pose des questions existentielles. Sans dévoiler la suite, la magie va intervenir, et donner son sel au film qui va traverser les époques. Une comédie cultivée, moins noire (donc plus consensuelle) que les dernières oeuvres du cinéaste.

LE CHAT DU RABBIN (Joann Sfar, Antoine Delesvaux, 1er juin) LLL
Je connaissais de réputation les bandes dessinées éponymes de Joann Sfar, mais je ne les ai pas encore lues. Cette adaptation cinématographique donne en tout cas envie. L'histoire se passe à Alger il y a un siècle. Un chat malicieux avale un perroquet et se trouve alors doué de la parole (et de la voix de François Morel !). Aussitôt il se lance dans des discussions philosophiques ou théologiques avec son maître le rabbin Sfar, tout en tournant amoureusement autour de sa fille (qui a la voix énergique de Hafsia Herzi). Ode à la tolérance, le film est néanmoins rempli d'humour mordant : un exemple parmi d'autres, Tintin, un autre héros de bande dessinnée, qui symbolise ici l'esprit bas de plafond de la colonisation européenne, n'en sort pas indemne. Réjouissant.

PRUD'HOMMES (Stéphane Goël, 8 juin) LLL
Ce documentaire s'intéresse aux Prud'hommes suisses. On suit quelques affaires. Les contraintes de tournage étant les mêmes, le film fait beaucoup penser à ceux de Depardon (Délits flagrants, 10è chambre instants d'audience) : champ-contre champ, plans larges quasi-fixes. Mais aussi absence de voix off : c'est le montage qui dirige le regard, mais rien n'est asséné. Derrière la procédure de cette juridiction singulière, c'est bien le monde du travail, avec son lot de souffrance et d'exploitation, qui est questionné par ce film, et qui en rend certains de ces segments tout à fait passionnants.

WOMEN WITHOUT MEN (Shirin Neshat, 13 avr) LLL
Le film est une production allemande tournée au Maroc, mais il ne faut pas s'y tromper c'est un film iranien. En tout cas l'action se passe à Téhéran en 1953, à l'époque où le shah d'Iran, avec le soutien de la CIA, tente de renverser le gouvernement progressiste du docteur Mossadegh. Le film est le portrait de quatre femmes en résistance, pas toutes contre la même chose. Dédiée aux luttes contre l'oppression sous toutes ses formes, cette première oeuvre engagée est aussi esthétiquement superbe (on sent le passé de plasticienne de la réalisatrice).

THE TREE OF LIFE (Terrence Malick, 17 mai) LLL
Beaucoup d'encre a coulé à propos de ce film, Palme d'or du dernier festival de Cannes, et à mon sens un "grand film malade". Il réussit le plus dur, c'est-à-dire les audaces formelles. La première heure du film est assez éblouissante, cette navigation dans des souvenirs d'enfance d'un homme à la cinquantaine tourmentée, est virtuose, grâce à des cadrages improbables, un montage inspiré, et des voix off très présentes et convaincantes sans jamais être envahissantes (contrairement aux deux derniers films de Malick). S'agissant de la partie cosmique, visuellement superbe, ça passe ou ça casse (pour moi ça passe). La deuxième heure, recentrée sur les souvenirs familiaux, n'est pas inintéressante, mais beaucoup trop longue, ce qui fait que le souffle du début retombe un peu.

BEGINNERS (Mike Mills, 15 juin) LL
Un homme de 75 ans (Christopher Plummer), annonce à son fils de 40 ans (Ewan McGrégor) qu'il est gay et démarre une nouvelle vie. Le cancer le rattrape quelques années plus tard. Après la mort de son père, le fils rencontre une actrice célibataire (Mélanie Laurent). Le film ne raconte pas plus que cela, mais fait des allées retours entre passé et présent, pas toujours reconnaissables au premier abord. Le sujet aurait pu donner un film assez ample, mais le réalisateur a préféré une mise en scène pointilliste (avec plus de gomme que de crayon), et a fait confiance en la finesse de ses interprètes, tous excellents.

BELLEVILLE TOKYO (Elise Girard, 1er juin) LL
Chronique du (dés)amour chez des cinéphiles parisiens. Marie est l'assistante d'un duo truculent de programmateurs de salles de cinéma parisiennes spécialisées dans le patrimoine (on pense aux cinémas Action). Elle est enceinte, et se fait larguer par son ami, critique de cinéma... Ceci étant dit, le film est avant tout l'histoire ordinaire des hésitations amoureuses d'un jeune couple bobo, et en particulier d'une lâcheté masculine également très ordinaire. L'intérêt de ce premier film peut-être autobiographique réside dans le style d'une ironie discrète de la réalisatrice.

BLUE VALENTINE (Derek Cianfrance, 15 juin) LL
Un couple marié tente de recoller les morceaux. Simultanément, des flash-backs rappellent leur rencontre et les premiers mois de leur relation. L'intention du réalisateur est d'en faire une comédie dramatique mélancolique. Dans les flash-backs, il y a de belles scènes (voire de très belles), mais le film peine à faire comprendre comment les deux personnages (l'homme n'est pas gâté) en sont arrivés à un tel niveau de dialogues de sourds (pas très supportables). Le sous-titre pourrait-être "scénettes de la vie conjugale" mais on est loin de Bergman.

AMERICAN TRANSLATION (Pascal Arnold, Jean-Marc Barr, 8 juin) LL
L'histoire d'un jeune couple dont le garçon a des pulsions criminelles. Pascal Arnold et Jean-Marc Barr (Too much flesh), continuent leur exploration des marges, avec ce film tourné en trois semaines avec 200 000 euros. Le film bénéficie de l'extrême sensualité de ses deux interprètes principaux (Lizzie Brocheré et Pierre Perrier, déjà à l'affiche de Chacun sa nuit, le précédent film des cinéastes) et dérange par le refus de toute psychologie intuitive. Les carences sont à chercher dans le scénario et la mise en scène, avec un systématisme ou des répétitions d'un goût douteux.

LA CONQUÊTE (Xavier Durringer, 18 mai) L
Le film a été survendu comme une comédie du pouvoir sur l'ascension du Président de la République en exercice. Malheureusement, le film n'a pas de point de vue, ni cinématographique, ni politique. Le fait de ne montrer que la sphère politique (et les luttes internes à l'UMP avec le clan Chirac-Villepin) et pas la sphère médiatique ni le monde des affaires est quand même très dommage. A tel point que Nicolas Sarkozy passe presque comme une victime, alors qu'il a bénéficié de nombreux soutiens ! Le seul intérêt réside dans les ressemblances physiques/vocales/gestuelles. Comme des Guignols de l'info auxquels on aurait enlevé une bonne part de l'inspiration satirique.

VOIR LA MER (Patrice Leconte, 4 mai) L
C'est l'été. Deux frères, interprétés par Clément Sibony et Nicolas Giraud (Comme une étoile dans la nuit), descendent rendre visite à leur mère malade à St-Jean de Luz. Ils emmènent une jeune femme (Pauline Lefèvre) qui fuit son mari et n'a jamais vu la mer. Les trois jeunes gens sont sympas et très sensuels, et tout ce qui se passe entre eux est agréable à voir. Reste que si les personnages sont plutôt réussis, le scénario est truffé d'invraisemblances que la mise en scène est incapable de faire passer, et l'ensemble est assez niais.

Version imprimable | Films de 2011 | Le Mardi 28/06/2011 | 0 commentaires




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