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Festival de La Rochelle 2013

Jerry Lewis / Valeria Bruni Tedeschi / Andreas Dresen / Heddy Honigmann / Nouveau cinéma chilien / Billy Wilder / Max Linder

MON FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLE 2013


23) ** ZAZIE DANS LE METRO (Louis Malle, 1960)

Louis Malle (et Jean-Paul Rappeneau !) adaptent au cinéma le célèbre roman de Raymond
Queneau paru l'année précédente. Il y a bien sûr toujours le langage fleuri de la gamine. Louis
Malle a voulu inventer un langage cinématographique ad hoc. Certaines folies semblent avoir mal
vieilli (post-synchronisation très approximative de certains dialogues, emballement pas forcément
contagieux du scénario). Il reste néanmoins de bonnes idées : la scène de la Tour Eiffel, ou
encore une église prise successivement pour différents monuments de Paris...

22) ** ARTISTES ET MODELES (Frank Tashlin, 1956)

Une comédie musicale pas incontournable mais assez drôle, autour du duo comique Jerry
Lewis (en quasi-attardé mental fan de bandes dessinées) et Dean Martin (en dessinateur sans le
sou qui essaie de transcrire en BD les rêves de son ami). L'humour du film ne se limite
heureusement pas aux grimaces de Jerry Lewis : les personnages féminins, pétulantes Dorothy
Malone et Shirley MacLaine, ont de vrais rôles. Et surtout, il fait la part belle au burlesque
(même si les gags sont parfois longuets ou inégaux).

21) ** OUBLIE-MOI (Noémie Lvovsky, 1995)

Nathalie (Valeria Bruni Tedeschi) est rejetée par celui qu'elle aime (Laurent Grevill) et
fait souffrir celui qui l'aime (Emmanuel Salinger)... Le premier film de Noémie Lvovsky (qui fera
mieux ensuite : Les Sentiments, Camille redouble...), en phase avec le jeune cinéma d'auteur
français de l'époque, place en son coeur les hésitations amoureuses d'une jeune femme des années
90. Au point que les autres personnages, excellemment interprétés (Emmanuelle Devos et
Philippe Torreton font aussi partie de la distribution), n'existent que dans leurs interactions avec
le personnage principal.

20) ** WHISKY AVEC VODKA (Andreas Dresen, 2009, inédit)

Au cours d'un tournage de film, le réalisateur décide que chacune des scènes avec Otto
Kullberg, star vieillissante et alcoolique, sera tournée une seconde fois par un autre acteur, un
comédien de théâtre qui n'a jamais fait de cinéma... Dans le cinéma démocratique d'Andreas
Dresen, chacun a ses raisons, ses qualités et ses faiblesses. Une comédie plaisante tournée entre
deux films majeurs (Septième ciel et Pour lui).

19) ** DOCTEUR JERRY ET MISTER LOVE (Jerry Lewis, 1963)

Un professeur de chimie au physique ingrat, et dont les cours sont assez catastrophiques,
prépare en secret un élixir qui le transformera en un crooner irrésistible et sûr de lui... Il s'agit
évidemment d'une parodie burlesque du Dr Jerry et Mr Hyde de Stevenson. Il s'appuie sur un
scénario plus narratif qu'un simple prétexte aux gags. Plus satirique aussi, puisqu'il égratigne au
passage la société de consommation, le vedettariat et la tyrannie des apparences : le double
bellâtre se révèle pire que le savant hideux maladroit mais humain...

18) ** LA BAIE DES ANGES (Jacques Demy, 1963)

Jean, un jeune employé de banque, est initié par un collègue aux jeux d'argent. Chanceux,
il part à Nice jouer au casino, où il rencontre une certaine Jackie (Jeanne Moreau teinte en
blonde), habituée des lieux. Le scénario est mince (et hautement improbable mathématiquement).
Mais certains dialogues sont savoureux (hésitation d'un personnage qui emploie l'adjectif
« versatile » au lieu de « volubile »), certains détails aussi. Une oeuvre assez mineure dans la
filmographie de Jacques Demy, et atypique aussi (les personnages semblent s'en remettre au
hasard, loin des figures entêtées comme Lola).

17) ** O AMOR NATURAL (Heddy Honigmann, 1996, inédit)

La cinéaste néerlandaise réalise au Brésil un documentaire chaleureux sur l'amour et la
sexualité, en faisant lire par des personnes variées (mais pas choisies au hasard) d'un certain âge
des poèmes érotiques posthumes de Carlos Drummond de Andrade, grand poète brésilien (1902-
1987), et en recueillant leurs impressions... Grâce à la qualité de son regard, Heddy Honigmann
évite le plus souvent, et sans faux fuyants, un résultat qui serait trop littéraire ou trop impudique.

16) ** PLAY (Alicia Scherson, 2007)

Deux personnages suivis en parallèle à Santiago du Chili. Le premier est une jeune fille
mapuche, Cristina, aide ménagère auprès d'un vieillard en fin de vie. Le second est un jeune
homme plutôt aisé, Tristan, en pleine rupture sentimentale. Tristan perd sa sacoche, Cristina la
trouve et observe son contenu avec fascination... Pour son premier long métrage, Alicia Scherson
concocte un joli petit film ou chaque personnage a son propre univers (y compris sonore). Des
choses assez ténues mais un vrai désir de cinéma.

15) ** VIOLETA (Andrés Wood, 2012)

Un biopic de Violeta Parra (1917 – 1967), chanteuse populaire chilienne, poète, peintre,
artiste complète et engagée, basée sur la biographie écrite par son fils Angel. Le film bénéficie de
la remarquable implication de l'actrice principale, Francisca Gavilan, qui interprète elle-même les
chansons de Violeta. Par contre, sans doute pour échapper au risque de l'académisme (qui
affaiblissait un peu l'attachant Mon ami Machuca) et de la narration linéaire, le montage s'évertue
à mêler abusivement toutes les différentes époques de sa vie. Un peu moins de systématisme
n'aurait pas nui à ce film néanmoins émouvant.

14) ** LE GOUFFRE AUX CHIMERES (Billy Wilder, 1951)

Afin de relancer sa carrière, Charles Tatum (Kirk Douglas), journaliste frustré de
travailler pour la presse quotidienne régionale, saisit sa chance lorsqu'un homme est piégé sous
terre. Il organise l'exclusivité du fait divers, puis met en place un véritable cirque médiatique. Le
film est un échec public et critique à sa sortie. Pourtant, l'ironie chère au cinéaste se retrouve dans
cet opus plus dramatique. Avec certes peut-être moins de finesse que d'habitude, il fustige les
ressorts médiatiques sensationnalistes, et plus largement le voyeurisme et la cupidité généralisés
(toujours d'actualité, non ?).

13) *** SIDEWALK STORIES (Charles Lane, 1990)

Joli exercice de style (noir et blanc, sans paroles, partition musicale ad hoc) réalisé dans
un New-York contemporain. Charles Lane se donne le rôle principal d'un jeune artiste de rue, qui
tente vainement de gagner sa vie en caricaturant les passants. Un soir, il recueille une fillette qui
semble abandonnée... Le film prend l'allure d'un conte, entre tendresse et dureté voire violence,
avec une majorité d'interprètes de « minorités visibles », alliance de cinéma des origines et de
cinéma social.

12) *** UN CHÂTEAU EN ITALIE (Valeria Bruni Tedeschi, 2013)

D'inspiration lointainement autobiographique (le personnage principal n'a pas de soeur),
c'est l'histoire d'une actrice qui a arrêté de jouer, se cherche encore, est obsédée par le désir de
maternité, à l'heure où son frère est gravement malade, le tout dans une famille de la grande
bourgeoisie industrielle italienne... Il y a de savoureuses ruptures de ton dans ce film, qui peut
dérouter, car il n'y a pas spécialement de personnages dans lesquels se projeter. Quelques
bouffées burlesques surgissent à des moments inattendus, en particulier grâce à l'actrice-réalisatrice.

11) *** WILLENBROCK, LE ROI DE L'OCCASE (Andreas Dresen, 2005, inédit)

Bernd Willenbrock est un vendeur de voitures d'occasion hors pair, charismatique comme
il se doit. Jusqu'au jour où avec son épouse il se fait agresser... Avec son style en demi-teinte,
Andreas Dresen réalise une satire du self-made man capitaliste et macho qui achète (et vend) tout
ce qu'il veut, y compris les femmes... L'agression est-elle un événement qui va lui permettre de
changer sa façon de voir ? La morale triomphera-t-elle ? Le cinéaste y répond tranquillement, en
s'appuyant sur des interprètes excellents (Axel Prahl, Inka Friedrich, Ursula Werner).

10) *** SUZANNE (Katell Quillévéré, 2013)

C'est un destin tragique au féminin que raconte la jeune cinéaste Katell Quillévéré, pour
sa deuxième réalisation après Un poison violent. Il serait dommage de déflorer l'intrigue, qui doit
pouvoir se découvrir sans en savoir davantage. Katell Quillévéré joue beaucoup des ellipses, mais
les scènes distillent suffisamment d'indices pour nous faire comprendre la situation nouvelle (ce
principe peut faire penser au Pialat de Sous le soleil de Satan, même si le sujet n'a rien à voir). Le
personnage de Suzanne est fort (et remarquablement interprété par Sara Forestier), mais d'autres
le sont aussi, notamment le père (François Damiens) et la soeur (Adèle Haenel).

9) *** NAVIDAD (Sebastian Lelio, 2009)

Un couple d'étudiants qui veut faire le point sur leur relation passe les fêtes de fin d'année
dans une demeure un peu isolée, en fait l'ancienne maison de famille de la jeune fille, tombée à
l'abandon. Ils y découvrent Alicia, une adolescente de 15 ans en fugue... C'est Noël au Chili, donc
c'est l'été. Le décor singulier est un cocon pour les trois jeunes personnages qui surmontent deuils
et doutes. Les enjeux se dévoilent très progressivement (Sebastian Campos Lelio dose ses effets).
Un film resserré et ample à la fois.

8) *** ASSURANCE SUR LA MORT (Billy Wilder, 1944)

Walter, un courtier peu scrupuleux, tombe amoureux d'une femme fatale qui le manipule
et le pousse à tuer son mari pour toucher son assurance. Avec son expérience des situations
criminelles (trouvées dans certains dossiers d'assurance) il exécute un crime apparemment parfait.
Sera-t-il découvert ? Très bon scénario, co-écrit avec Raymond Chandler d'après James Cain, qui
lance le genre des films noirs, puisque la mise en scène se place du côté de Walter (interprété par
Fred MacMurray, déjà dans les assurances 16 ans avant La Garçonnière où il joue le big boss).
Un classique.

7) *** BOULEVARD DU CREPUSCULE (Billy Wilder, 1950)

Joe (William Holden) est un jeune scénariste aux abois qui fait par hasard la connaissance
de Norma Desmond (Gloria Swanson), une ancienne gloire du cinéma muet. Norma lui demande
de réécrire un scénario qu'elle avait elle-même rédigé... C'est une sorte de satire de Hollywood,
en moins poussée que Les Ensorcelés, réalisé deux ans plus tard par Vincente Minnelli. C'est
surtout un drame poignant autour d'une star déchue. Rempli de notations cinéphiles. Et avec un
mystérieux personnage de majordome (Erich Von Stroheim !) et la rapide mais savoureuse
apparition de Buster Keaton.

6) *** SEPT ANS DE MALHEUR (Max Linder, 1921)

Un des premiers longs-métrages comiques du cinéma, réalisé juste avant le Kid de
Chaplin. Max Linder y reprend son personnage de dandy, avec certaines scènes d'anthologie.
Mention spéciale à la séquence clé du miroir : un matin, un de ses valets brise un miroir, et, pour
parer au plus pressé, désigne un autre domestique pour jouer le rôle du reflet du maître de
maison. Comme ce dernier veut se raser, cela donne un sommet de burlesque. La suite du film
n'est pas triste non plus, dans la lignée de ses courts-métrages (comme Max et son taxi, montré
avant, avec entre autres un cheval attelé à l'envers). Excellent accompagnement de Jacques
Cambra au piano.

5) *** GRAND CENTRAL (Rebecca Zlotowski, 2013)

Il s'agit d'une histoire d'amour compliquée dans le milieu des sous-traitants du nucléaire.
La fiction est bien documentée (cela fait un certain effet de lire l'excellent rapport du Parti de
Gauche à ce sujet après avoir vu le film), et les scènes d'intérieur ont été tournées dans une
centrale autrichienne qui n'a jamais été mise en service (suite à un referendum). Dans ce film de
tous les dangers (sanitaires et sentimentaux), la mise en scène de Rebecca Zlotowski est solide et
efficace. Et Tahar Rahim et Léa Seydoux irradient de leur classe, comme les nombreux seconds
rôles : Olivier Gourmet, Denis Menochet, Johan Libéreau...

4) *** LA VIE DOMESTIQUE (Isabelle Czajka, 2013)

Juliette habite près du parc de Marly, en région parisienne, comme quelques-unes de ses
amies, quadragénaires comme elle. Elles ont des enfants à éduquer, la maison à entretenir et des
maris qui rentrent tard le soir. Le film les suit pendant 24h. Le résultat est grinçant (mention
spéciale à la scène d'ouverture). De film en film, Isabelle Czajka réussit, par une mise en scène
acérée, à faire des films politiques (ici féministe) mais insérés dans le quotidien et jamais
démonstratifs. Elle bénéficie également des interprétations d'Emmanuelle Devos, Natacha
Régnier et Julie Ferrier, dans des emplois différents. Reste à voir comment la critique
(majoritairement masculine) recevra le film.

3) *** ARIANE (Billy Wilder, 1957)

Un homme fortuné engage Claude Chavasse (Maurice Chevalier), détective privé
spécialisé dans les affaires de moeurs, pour surveiller Frank Flannagan (Gary Cooper), un homme
d'affaires qu'il soupçonne être l'amant de sa femme. Ariane (Audrey Hepburn), la fille du
détective, avertit Frank, tombe amoureuse et tente de le rendre jaloux... Cette comédie est en
apparence moins grinçante que les sommets de la filmographie du cinéaste. Pourtant, son ironie
est toujours là, et même omniprésente. Le scénario prend en charge les clichés (sur Paris, sur
l'amour) pour mieux les dynamiter !

2) **** NANOUK L'ESQUIMAU (Robert Flaherty, 1922)

En filmant au tout début des années 20 la vie de Nanouk et de sa famille dans le grand
Nord canadien, Robert Flaherty inaugure le genre documentaire. Et c'est d'abord, effectivement,
un document qui a un caractère exceptionnel au niveau ethnographique (et désormais historique)
sur la vie des Esquimaux il y a un siècle, la dureté de leurs conditions de vie, leur ingéniosité,
leurs petits bonheurs. Avec des scènes d'anthologie : construction de l'igloo, pêche aux morses
etc. Le tout bien mis en évidence par un montage très alerte, et une certaine mise en scène aussi :
ce n'est pas un simple reportage. Pour le festivalier rochelais, il faut ajouter en outre la musique
jouée en direct (avec certains instruments rares) par Christine Ott et Torsten Böttecher.

1) **** LA JETEE (Chris Marker, 1962)

Un film d'une demi-heure seulement, mais qui, par sa force et sa forme extrêmement
originale, mérite d'être relaté au même titre que les longs métrages. Dans le générique introductif,
Chris Marker a qualifié son film de « photo-roman ». Et effectivement il est presque entièrement
composée de vues fixes, en noir et blanc, porté par une bande son extrêmement riche et
anxiogène, avec la voix off percutante du narrateur, accompagnée de chuchotements inquiétants
et d'embardées musicales parfois lyriques. C'est une dystopie : l'histoire de survivants de la
Troisième Guerre mondiale qui, confinés dans l'espace restreint encore habitable, font des
expériences de voyage dans le temps. C'est aussi un film sur la mémoire et l'imagination, celles
d'un homme marqué par une image d'enfance, une scène qui eut lieu sur la grande jetée d'Orly...

Version imprimable | Festival de La Rochelle | Le Lundi 05/08/2013 | 0 commentaires




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