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Des films pour débuter 2026

  • Bien : Les Dimanches (Alauda Ruiz de Azua), La Reconquista (Jonas Trueba), The Mastermind (Kelly Reichardt), Amour apocalypse (Anne Emond), Un monde fragile et merveilleux (Cyril Aris), Palestine 36 (Annemarie Jacir), Rue Malaga (Maryam Touzani), Forêt rouge (Laurie Lassalle), Furcy, né libre (Abd Al Malik), Sainte-Marie-aux-Mines (Claude Schmitz)
  • Pas mal : Ma frère (Lise Akoka, Romane Guéret), Orwell : 2+2=5 (Raoul Peck), L'Affaire Bojarski (Jean-Paul Salomé), Deux femmes et quelques hommes (Chloé Robichaud), A pied d'oeuvre (Valérie Donzelli), Maigret et le mort amoureux (Pascal Bonitzer)
  • Bof : Les Echos du passé (Mascha Schilinski), Scream 7 (Kevin Williamson)

LES DIMANCHES (Alauda Ruiz de Azua, 11 fév) LLL
Troisième long métrage de la cinéaste espagnole Alauda Ruiz de Azua, mais le premier distribué en France. Le scénario intrigue, puisqu'il s'agit de l'histoire d'une adolescente d'aujourd'hui, partagée entre ses désirs naissants et une vocation religieuse telle qu'elle aspire à rentrer au couvent, au grand dam de sa famille. Le deuil précoce de la mère est une des hypothèses pouvant expliquer la transcendance dont a besoin la jeune fille, par ailleurs brillante élève d'un lycée catholique. Ce n'est pas au goût de sa tante, qui le lui dit de plus en plus clairement, alors que le père adopte une approche prudente et respectueuse. La réalisatrice réussit le tour de force de ne céder à aucun raccourci, de ne jamais fermer le débat avant de l'ouvrir, de garder une part d'inexpliqué, et de ne jamais caricaturer ses personnages. Mention spéciale aux formidables actrices (Patricia Lopez Arnaiz et la jeune Blanca Soroa).

LA RECONQUISTA (Jonas Trueba, 28 jan) LLL
Tourné en 2016, il s'agit du premier long métrage de Jonas Trueba dans lequel apparaît Itsaso Arana, qui deviendra sa compagne et actrice favorite (toujours formidable). Il montre les retrouvailles entre deux jeunes trentenaires, Manuela et Olmo, quinze ans après leur premier amour à l'adolescence. Le canevas est assez classique, presque rohmérien, situé dans un milieu typique de la petite bourgeoisie culturelle (qui entravait selon moi Eva en août, le film suivant : au hasard de ses déambulations madrilènes, l'héroïne en vacances ne rencontrait que des alter égaux en miroir). Malgré cette réserve, ce film, exécuté avec précision, a heureusement des atouts inattendus : les émouvantes performances musicales diégétiques de Rafael Berrio, qui interprète le père chanteur de Manuela, et un long et magnifique flash-back permettant de mieux appréhender le présent à partir de l'intensité du passé.

THE MASTERMIND
(Kelly Reichardt, 4 fév) LLL
Même si ce n'est peut-être qu'un opus mineur dans sa filmographie, cette nouvelle réalisation de Kelly Reichardt reste extrêmement goûteuse. Il s'agit d'une sorte de film de braquage situé dans les années 1970, mais le titre va s'avérer vite ironique. Pas de véritable cerveau ici. Contrairement aux classiques du genre, la cinéaste évite les scènes incontournables du genre, et met plutôt en scène les temps faibles de l'opération, au moyen de compositions discrètement ironiques et de plans à la durée idéale. Si le héros démarre avec un certain capital sympathie, on s'aperçoit vite que, par manque de préparation, il met en danger ses complices. Totalement individualiste et indifférent aux grandes questions de son temps, il rejoint à un moment une manifestation dans le seul but de différer son arrestation. Comme si la cinéaste voulait, malgré la reconstitution historique, questionner l'individualisme et la dépolitisation des représentations d'aujourd'hui.

AMOUR APOCALYPSE (Anne Emond, 21 jan) LLL
La réalisatrice québecoise Anne Emond pratique un humour caustique singulier, en témoignait déjà Jeune Juliette, en 2019. Dans ce film, elle imagine un homme célibataire propriétaire d'un chenil, éco-anxieux, et qui appelle la ligne de service après-vente de sa lampe de luminothérapie. Une voix douce lui répond. Est-ce une personne réelle ? Sous la forme d'une comédie romantique, la cinéaste convoque certains des dangers générés par le développement actuel du capitalisme (dépassement de sept des neuf limites planétaires, traitement des conséquences plutôt que des causes, développement de l'intelligence artificielle). En contrepoint, elle met en scène des personnages humains, imparfaits et tentant de préserver une dignité au présent (délicieux Patrick Hivon et Piper Perabo).

UN MONDE FRAGILE ET MERVEILLEUX (Cyril Aris, 18 fév) LLL
Pas sûr que le titre serve cette comédie romantique assez singulière. Si le genre est souvent basé sur l'interaction de deux personnes (ou plus si affinités) qui s'attirent sans forcément le savoir, avec les intermittences du coeur comme rebondissements, ici les bifurcations de l'intrigue ont d'autres tenants et aboutissants. Nino et Yasmina sont nés le même jour dans une maternité de Beyrouth. Déjà meilleurs amis à l'école primaire, avant que l'une des familles ne s'éloigne, ils se retrouvent à l'âge adulte, par accident (au sens propre). Ils tombent amoureux, malgré des statuts sociaux différents. Bien qu'ayant appris par nécessité à vivre malgré les bombes qui ponctuent l'histoire du pays, ils se confrontent aux difficultés de construire leurs vies professionnelles et personnelles, sans avoir la main sur une situation générale, notamment géopolitique, qu'ils subissent. Leur histoire, par ailleurs loin d'être lisse, n'en a que plus de force. 

PALESTINE 36 (Annemarie Jacir, 14 jan) LLL
Ce nouveau film d'Annemarie Jacir donne à voir comment les idéologies colonialiste et antisémite européennes ont engendré la catastrophe dans ce territoire, jusqu'à la tragédie actuelle. Les britanniques titulaires d'un mandat sur la Palestine à la suite de la chute de l'empire ottoman, ont promis la souveraineté à la fois aux arabes autochtones (via Thomas Edward Lawrence dit Lawrence d'Arabie) et au mouvement sioniste à travers la déclaration Balfour (il n'y a pas de contradiction entre le Balfour, Premier ministre en 1905, qui instaure une loi contre l'immigration juive en Grande-Bretagne fuyant les pogroms de l'est de l'Europe, et le Balfour de 1917 qui veut favoriser l'émigration des juifs européens en dehors du continent). Le film démarre en 1936, lorsque les Palestiniens se révoltent contre les dirigeants britanniques (qui favorisent la colonisation et l'accaparement des terres), à travers des personnages qui ont des stratégies diverses en fonction de leurs places différentes dans la société. L'année suivante, la commission Peel prônera, d'un point de vue surplombant, une partition du territoire (et non un partage égalitaire et démocratique en une seule entité), arbitraire dans son principe, et injuste dans ses modalités concrètes compte tenu des réalités démographiques de l'époque. A une pointe d'humour près (un âne surnommé Balfour), la reconstitution est assez classique dans son registre dramatique.

RUE MALAGA (Maryam Touzani, 25 fév) LLL
Après les excellents Adam et Le Bleu du caftan, la cinéaste marocaine Maryam Touzani nous plonge au sein de la communauté espagnole de Tanger. Elle y fait le portrait de Maria, une septuagénaire qui se trouve sommée par sa fille Clara, vivant à Madrid,  de vendre l'appartement familial de Tanger. Mais Maria ne l'entend pas de cette oreille. Toutes proportions gardées, on peut trouver des analogies avec Aquarius de Kleber Mendonça Filho, autre portrait de femme mûre refusant de déménager. Carmen Maura est d'ailleurs tout aussi formidable que Sonia Braga dans le film brésilien. Mais Rue Malaga est aussi un portrait collectif, en montrant avec chaleur l'enracinement de Maria au sein de la population locale.

FORÊT ROUGE (Laurie Lassalle, 14 jan) LLL
Après un documentaire sur les Gilets jaunes, Laurie Lassalle propose une immersion dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, s'effaçant derrière les protagonistes (à l'exception de quelques mots en voix off en introduction et conclusion du film). Se tenant à bonne distance, elle donne à voir une sorte d'alliage du politique et du sensible, éloigné des regards frauduleux des médias dominants (qui salissent volontairement toute lutte pour l'émancipation dès lors qu'elle est pensée hors des cadres préétablis) comme d'une certaine écologie notabilisée. Le film démarre avant l'abandon du projet d'aéroport, montre aussi les images des violences d'Etat pour mettre fin à l'expérience alternative (les habitants doivent reconstruire régulièrement leurs lieux de vie, comme des Sisyphe modernes ou des villageois palestiniens en Cisjordanie). Mais le tournage, se prolongeant jusqu'en 2025, permet de s'attarder sur le quotidien, le patient travail de long terme, à la fois réfléchi et concret, et un autre rapport à la nature (que la réalisatrice qui a l'oreille musicale sait parfaitement accompagner dans le travail sonore).

FURCY, NE LIBRE (Abd Al Malik, 14 jan) LLL
Rares sont les films traitant de l'histoire française de l'esclavage. Un seul précédent récent : Ni chaînes ni maîtres de Simon Moutaïrou (2024). Ici, il s'agit de raconter l'histoire réelle de Furcy Madeleine, né à la Réunion (appelée île Bourbon à l'époque) d'une mère esclave, et qui va découvrir à la mort de celle-ci qu'elle avait été affranchie sans qu'il n'en sache rien. Il réclame donc justice à l'heure où le Code noir est encore appliqué, avec l'aide d'un avocat abolitionniste. Le récit est très bien conduit par Abd Al Malik, et bien servi par les interprétations convaincantes de Makita Samba et Romain Duris. La mise en scène est dans l'ensemble convaincante, car elle évite un didactisme académique, même si les essais ne sont pas tous transformés.

SAINTE-MARIE-AUX-MINES (Claude Schmitz, 11 fév) LLL
Mutés en Alsace suite à une mesure disciplinaire, les inspecteurs Carb et Conrad enquêtent sur la disparition d'une bague, pendant que se tient le salon annuel Mineral & Gem, à Sainte-Marie-aux-Mines, où ils doivent donc séjourner. La relation entre les deux bras cassés se tend : l'un, originaire de la région, veut boucler l'affaire au plus vite pour fuir à nouveau sa terre natale, tandis que l'autre semble avoir trouvé une âme soeur... Adepte des chemins de traverse, ce film est pour vous. Pas très éloigné dans son état d'esprit du Western de Manuel Poirier, cette drôle de comédie mélancolique montre une autre Alsace que celle des agglomérations et des sites touristiques. La plupart des personnages secondaires sont d'ailleurs interprétés par des non professionnels, habitants du cru. Un souffle d'air frais, avec une BO inspirée, qui tranche avec le conformisme de productions plus mainstream.

MA FRERE (Lise Akoka, Romane Guéret, 7 jan) LL
Deux jeunes filles, à peine sorties de l'adolescence, se font engager comme monitrices accompagnant un groupe d'enfants du 19è arrondissement de Paris en colonie de vacances dans la Drôme. Lise Akoka et Romane Guéret confirment en grande partie les qualités de leur premier long métrage (Les Pires), en particulier leur sens du casting. Idir Azougli (Météors) confirme sa sensibilité, le tandem central Fanta Kebe - Shirel Nataf fonctionne bien (elles pourraient rejoindre en reconnaissance une certaine Mallory Wanecque). Et la chanteuse Amel Bent, débutante au cinéma, offre une belle maturité à son rôle de directrice de colo. Les dialogues constituent l'autre atout d'un film peut-être trop écrit, certaines ombres n'étant prises en charge que par la parole.

ORWELL : 2+2=5 (Raoul Peck, 25 fév) LL
Le nouveau film de Raoul Peck est essentiellement un documentaire de montage, qui part de la biographie et des écrits de Georges Orwell, notamment de son roman 1984. Il mêle des adaptations cinématographiques ou audiovisuelles de ce récit dystopique avec des images réelles des totalitarismes d'hier et d'aujourd'hui, sur fond de corruption du langage, et des inversions des valeurs que cette corruption engendre. Un passage de ce documentaire décrypte les mots-clés de la novlangue néolibérale, autoritaire et néocoloniale actuelle en en proposant leur réelle définition. Le film perd néanmoins un peu de sa force lorsque son montage utilise parfois des séquences suggestives courtes, alors que de tels procédés de raccourcis sont utilisés en permanence par les grands médias réactionnaires pour nous manipuler.

L'AFFAIRE BOJARSKI (Jean-Paul Salomé, 14 jan) LL
Le film reconstitue l'histoire de Jan Bojarski, ingénieur immigré d'origine polonaise, d'abord faussaire pour la Résistance. N'arrivant pas à trouver sa place professionnellement, il se lance dans la production de faux billets, à son propre compte. Pour assurer la vie de sa famille (pas au courant de son secret), et avec un sens du détail qui bluffe jusqu'aux autorités chargées de le démasquer... Fidèle au moins dans ses grandes lignes au fait divers historique, l'histoire offre de beaux rôles à Sara Giraudeau, dans le rôle pourtant ingrat de l'épouse aimée mais tenue à l'écart, et surtout à Reda Kateb, qu'on retrouve dans une composition à la hauteur de son talent. L'écrin cinématographique est en revanche sagement illustratif, sans points saillants.

DEUX FEMMES ET QUELQUES HOMMES
(Chloé Robichaud, 4 mar) LL
Petite curiosité que ce remake de Deux femmes en or, un film érotique québecois datant des années 1970, et devenu culte localement. Si le registre des images reste soft, l'originalité est ailleurs. Réécrit par Catherine Léger, scénariste qui collabore parfois avec Monia Chokri, le récit met au centre la question du désir féminin, autour de deux femmes voisines délaissées par leurs maris. On est donc dans un female gaze, qui fait d'ailleurs un sort assez savoureux à des figures clichés du genre (la visite du plombier). Le format du long métrage semble toutefois excessif, le film donnant l'impression qu'il aurait pu tenir dans un moyen métrage sans être dénaturé.

A PIED D'OEUVRE (Valérie Donzelli, 4 fév) LL
Un photographe reconnu (Bastien Bouillon) abandonne sa carrière pour se consacrer à l'écriture. Malgré un premier succès d'estime, il ne peut plus vivre de son esprit, tandis que son éditrice (Virginie Ledoyen) s'impatiente. Tombé dans la précarité, il multiplie des petits travaux divers, avec une plateforme en ligne pour interface. Adapté du roman de Franck Courtès, il y avait de quoi alimenter un film critique. Ce n'est pas le cas pour deux raisons : d'une part, le scénario est surdéterminé par la volonté du protagoniste, comme s'il s'agissait d'une affaire de choix individuels. D'autre part, à aucun moment il ne tente de créer des solidarités avec les autres travailleurs pour contrecarrer les sous-rémunérations dues à la concurrence entre eux. C'est une autre forme de reconnaissance dont le film traite.

MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX (Pascal Bonitzer, 18 fév) LL
Transposition au début des années 2000 du roman de Simenon Maigret et les vieillards. Le célèbre commissaire n'a pas de portable, mais est secondée par les expertises scientifiques. L'anachronisme ne produit pas pour autant des étincelles, à moins que ce soit une critique, ultra light, du milieu dans lequel se déroule l'intrigue (autour de la liaison empêchée d'un ancien ambassadeur et d'une princesse). L'intrigue, trop vite menée (1h18), n'approfondit rien. Le véritable intérêt du film repose sur ses interprètes, à l'aise aussi bien à la scène qu'à l'écran, et parfois sous-utilisé(e)s dans l'industrie cinématographique : Micha Lescot, Laurent Poitrenaux, Irène Jacob, Dominique Reymond et surtout Anne Alvaro donnent un peu d'incarnation à un milieu, la grande bourgeoisie, toujours dominant mais zombie...

LES ECHOS DU PASSE (Mascha Schilinski, 7 jan) L
Il y a assurément une forte personnalité derrière la caméra, celle de la cinéaste Mascha Schilinski, à voir les puissantes séquences qui se succèdent, dans cet espèce de puzzle qui observe des jeunes filles à différentes époques, dans une même ferme allemande, tout au long du terrible 20è siècle. Ces scènes débouchent assez souvent sur des traumatismes, qui se répètent (les fameux "échos"), d'une façon presque inconsciente. Mais ce parti pris systématique semble très problématique, car cette continuité artificielle semble faire fi des contextes historiques très différents, et non interchangeables, dans laquelle se situent ces différents épisodes.

SCREAM 7 (Kevin Williamson, 25 fév) L
C'est le troisième opus de cette suite de films réalisés après la mort de Wes Craven, cinéaste inspiré des quatre premiers volets. On tente de réanimer l'ensemble en intégrant mollement les possibilités de l'IA à l'intrigue, et en faisant revenir le personnage de Sidney Prescott (Neve Campbell), en mère conseillant son adolescente de fille face à la résurgence d'un tueur affublé d'un Ghostface. S'il y a quelques autoréférences, et un ou deux frissons, on ne retrouve en rien la mise en scène et l'état d'esprit de déconstruction du genre que proposait à l'origine Craven.

Version imprimable | Films de 2026 | Le Mercredi 18/03/2026 | 0 commentaires




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