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Des films du printemps 2026

  • Bien : La Vénus électrique (Pierre Salvadori), L'Illusion de Yakushima (Naomi Kawase), Collapse (Anat Even), L'Affaire Abdallah (Pierre Carles), Le Garçon qui faisait danser les collines (Georgi M. Unkovski), Nous, l'orchestre (Philippe Béziat)
  • Pas mal : The World of love (Yoon Ga-eun) Sauvons les meubles (Catherine Cosme), Autofiction (Pedro Almodovar), Plus fort que moi (Kirk Jones), Une année italienne (Laura Samani), L'Être aimé (Rodrigo Sorogoyen), L'Abandon (Vincent Garenq), Juste une illusion (Olivier Nakache, Eric Toledano)

LA VENUS ELECTRIQUE
(Pierre Salvadori, 13 mai) LLL
Dans un segment, la comédie française, assez sinistré artistiquement au 21è siècle (nonobstant quelques hits commerciaux), Pierre Salvadori fait figure d'exception. Il nous régale une fois de plus, mais en réalisant pour la première fois un film d'époque (est-il devenu moins inspiré par le contemporain ?), puisque l'intrigue naît au sein d'une fête foraine parisienne du temps des Années folles. Héritier de Rappeneau ou De Broca, mais surtout de la comédie américaine (Lubitsch, Wilder), avec un soupçon de mélancolie à l'italienne, Salvadori tisse un astucieux scénario à tiroirs, à partir du quiproquo initial (une employée de foire prise pour une médium par un jeune veuf). Et, surtout, en technicien hors pair, il nous propose une mise en scène d'une goûteuse sophistication. Cette mécanique d'une grande précision n'exclut pas l'émotion, apportée par des interprètes remarquablement dirigés (Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Vimala Pons).

L'ILLUSION DE YAKUSHIMA (Naomi Kawase, 17 juin) LLL
Corry, française installée au Japon, est coordinatrice de transplantations cardiaques dans un service pédiatrique. Elle se démène pour sensibiliser les soignants, les familles et plus largement la société sur l'importance du don d'organes, plutôt déconsidéré d'un point de vue culturel. Le récit n'est pas linéaire, et le personnage de Corry (Vicky Krieps, à son meilleur) s'enrichit de son passé, de son sens de l'observation (avec des plans à la composition bien sentie, notamment dans son rapport à la nature) et de son histoire avec un homme plus jeune qui va et qui vient... Une partie de la critique française émet des réserves sur la sensibilité très affirmée de la cinéaste, qui n'est pourtant aucunement de la sensiblerie : Naomi Kawase n'accompagne jamais les moments importants de musique suggestive, et sa mise en scène reste ciselée, précise et d'une relative sobriété. 

COLLAPSE (Anat Even, 6 mai) LLL
Anat Even, cinéaste israélienne indépendante (le film a été produit sans financement de l'état israélien), retourne au kibboutz de Nir Oz, dans lequel elle a grandi. Celui a été attaqué lors des événements du 7 octobre 2023, après que les fractions armées palestiniennes ont atteint leurs cibles militaires. Après cette entame, elle reste sur place et documente la guerre génocidaire qui s'abat sur Gaza. Filmées nécessairement de loin, ces images sont complétées par l'échange entretenu avec Ariel Cypel, israélien anticolonialiste comme elle, mais exilé depuis des années à Paris, et également par des témoignages d'un médecin gazaoui. Tout en rendant hommage à ses amis disparus, la réalisatrice est mue par la nécessité éthique de dénoncer l'instrumentalisation sioniste des crimes du 7 octobre utilisés pour justifier l'escalade continue dans les crimes contre l'humanité commis contre le peuple palestinien.

L'AFFAIRE ABDALLAH (Pierre Carles, 8 avr) LLL
Depuis quelques temps, le documentariste Pierre Carles livre des films élaborés sur le temps long, avec des éclairages qui tranchent avec le tout venant. Tourné en partie en parallèle avec Guérilla des Farc, l'avenir a une histoire, le film interroge la très longue détention (plus de 40 ans) de Georges Ibrahim Abdallah, militant communiste libanais fondateur des FARL (Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises), qui fut longtemps le plus vieux prisonnier politique français, incarcéré sur des bases en partie erronées : dans les années 1980, une campagne médiatique confusionniste l'a rendu responsable d'une série d'attentats ayant touché des civils en 1986 (à l'opposé de la pratique des FARL, responsables de l'assassinat ciblé en 1982 de deux diplomates). Si le film traite également de pressions géopolitiques, il ajoute un nouveau chapitre à sa critique des médias, en interrogeant des figures médiatiques de l'époque révélant leur suivisme en absence d'éléments factuels. 

LE GARCON QUI FAISAIT DANSER LES COLLINES (Georgi M. Unkovski, 3 juin) LLL
Territoire peu visité au cinéma, la Macédoine du Nord abrite cette fiction dans laquelle un jeune homme, qui vient de perdre sa mère, est contraint d'abandonner le lycée pour aider son père aux travaux de sa bergerie. Le garçon a hérité de sa mère le goût pour la musique, qui est aussi le support du lien qu'il va tisser avec sa jeune voisine, promise à un mariage arrangé avec un homme vivant en Allemagne... Le titre original, DJ Ahmet, davantage que celui choisi par le distributeur français, donne le ton de ce récit d'apprentissage et d'émancipation. Si la trame générale est classique, les personnages, joliment interprétés, nous entraînent dans leur sillage. Et la mise en scène nous offre des moments de comédie tout à fait insolites (comme un troupeau de moutons sous lumière troboscopique).

NOUS L'ORCHESTRE
(Philippe Béziat, 22 avr) LLL
Si ce documentaire sur l'Orchestre de Paris n'a pas la chaleur (populaire) de En fanfare, il ne lie pas pour autant l'exigence artistique au sadomasochisme façon Whiplash. Contrairement au jazz, qui donne de la place à l'improvisation, la musique classique est entièrement écrite. L'interprétation n'en est pas moins importante, ce que fait toucher du doigt le film, qui s'intéresse autant au chef d'orchestre, aux solistes et aux autres musiciens. Malgré leur niveau technique individuel, ils se mettent au service de l'interaction collective (à quelques crispations d'ego près : en surimpression, des réflexions anonymes soupirent du fait que le génie a parfois été donné à des c...). Pas si classique sur la forme, on ne sait pas toujours d'emblée d'où vient la musique, si elle est interne à la scène ou non. Plutôt stimulant.

THE WORLD OF LOVE (Yoon Ga-eun, 6 mai) LL
Il s'agit moins du monde de l'amour (tel que suggéré par le titre international) que de celui d'une lycéenne coréenne. Dynamique, populaire, elle suscite pourtant l'incompréhension de ses camarades, lorsqu'elle refuse de signer la pétition initiée par l'un d'eux pour protester contre la libération d'un pédocriminel. On devine vite les ressorts de cette réaction à contre-courant, mais l'essentiel n'est pas là. S'il y a quelques maladresses d'écriture (la scène ostentatoire du lavage de la voiture), le film réussit le portrait de l'adolescente (remarquable Seo Su-bin). L'enjeu réside moins dans la nécessaire libération de la parole que dans l'observation de la façon dont elle est accueillie.

SAUVONS LES MEUBLES (Catherine Cosme, 6 mai) LL 
Le premier long métrage de la réalisatrice belge Catherine Cosme est l'histoire d'une femme photographe (ayant du mal à parler en évitant des drôles d'anglicisme) qui est appelée par son frère pour venir au chevet de sa mère, beaucoup plus malade qu'ils croyaient. Elle fait une autre découverte : sa mère avait usurpé son identité pour contracter des crédits au nom de sa fille. D'inspiration autobiographique, le film mélange le thème de la fin de vie et celui du surendettement. Ce mélange est peut-être un peu bancal, le deuxième sujet étant traité plus superficiellement que le premier, mais, dans un registre mi-comique mi-dramatique, Vimala Pons s'emploie avec efficacité.

AUTOFICTION (Pedro Almodovar, 20 mai) LL
Ce qu'il y a de bien avec Almodovar, c'est que même ses films plus éloignés des sommets de sa filmographie restent intéressants. Dans celui-ci, Raul est un cinéaste, qui écrit de nos jours la scène que l'on venait juste de voir, et qui se déroule vingt ans plus tôt, en 2004 à Madrid, et racontant la vie d'une réalisatrice qu'on découvre prise de migraine. Autofiction désignée ? Si Almodovar reste un conteur hors pair, on peut se demander quel est l'intérêt de cet empilement en récits gigognes, ce qu'il apporte réellement à un thème rebattu (les emprunts fictionnels à des proches qui n'ont rien demandé). Curieusement, dans certaines scènes, le film semble contenir sa propre autocritique. Deconstructing Pedro ?

PLUS FORT QUE MOI (Kirk Jones, 1er avr) LL
C'est l'histoire d'un lycéen passionné de football, soudainement atteint du syndrome de Gilles de La Tourette, dont une des formes possibles se traduit par des paroles inconvenantes et insultantes, sans que ça ait forcément un rapport avec l'inconscient (c'est un tic). A l'époque, la maladie n'était pas connue ni comprise, et le jeune homme, qui exaspère ses parents, est recueilli par la mère gravement malade d'un camarade de classe. Il y a de l'humour british qui désamorce la trame mélo, dans un registre néanmoins sans surprises. On comprend in fine qu'il s'agit du biopic d'une personnalité publique réelle (John Davidson), ce qui est peut-être réducteur par rapport à ce qu'aurait été le film avec un personnage purement fictif.

UNE ANNEE ITALIENNE (Laura Samani, 10 juin) LL
Une adolescente suédoise de 17 ans passe  l'année du Bac dans un lycée technique de Trieste, suite au déménagement professionnel de son père. Elle est la seule fille de sa classe, et se lie d'amitié avec trois garçons inséparables. Le roman éponyme se passe en 1909, mais a été transposé pour le cinéma en 2007, lorsque la réalisatrice avait à peu près l'âge de ses personnages. Rien de vraiment surprenant cependant, que ce soit au niveau du scénario ou de la mise en scène. Mais les jeunes comédiens apportent la fraîcheur un peu manquante, et font mieux que faire leurs classes...

L'ÊTRE AIME (Rodrigo Sorogoyen, 16 mai) LL
Un cinéaste renommé renoue avec sa fille, une actrice qui a du mal à percer, pour les besoins de sa nouvelle réalisation. Le point de départ fait beaucoup penser au récent Valeur sentimentale de Joachim Trier. Mais cette situation initiale commune n'est pas vécue par les mêmes personnages. On retrouve la tension habituelle chez Rodrigo Sorogoyen dans la première scène de repas, grinçante dans la forme comme dans le fond, entre les deux personnages. Le film bascule plus tard dans une longue scène de tournage, poussée jusqu'à un paroxysme de tyrannie. Ce "choc" n'était nullement indispensable : interroger la masculinité toxique aurait été plus convaincant avec un personnage qui, en apparence, en aurait fait moins...

L'ABANDON (Vincent Garenq, 13 mai) LL
Un carton introductif nous indique que le film va restituer les 13 derniers jours de Samuel Paty, mais que des personnages ont été simplifiés pour les besoins du récit. Honnête, cet avertissement résume les qualités et les défauts de ce qui va suivre. Avant de poursuivre, précisons que le film n'est pas islamophobe (via la diversité des personnages de culture ou de religion musulmane). L'enchaînement des faits est en soi intéressant, mais les dialogues sont très scolaires, et certains personnages secondaires très grossièrement campés. Comme si le projet oscillait entre la reconstitution, exercice dans lequel Vincent Garenq (L'Enquête) excelle, et le pamphlet discutable (adapté d'un auteur très à droite)... et caricatural.

JUSTE UNE ILLUSION (Olivier Nakache, Eric Toledano, 15 avr) LL
Avec une inspiration sans doute plus ou moins autobiographique, le duo Nakache - Toledano, auteurs de comédies à succès, raconte l'adolescence d'un garçon, au milieu des années 80 en France, entre un frère qui le regarde de haut mais qu'il voudrait bien imiter, et des parents qui se disputent sans cesse. On dirait une BD dans laquelle chaque vignette suinterait de détails reconstituant cette décennie (de tous les accessoires visibles jusqu'à la téléphonique "valise RTL"). Le ton est celui d'une nostalgie en apparence consensuelle et bien intentionnée, mais qui avec ses gros stéréotypes semble se satisfaire d'une grille de lecture individualisante (le chômage du père cadre, la mère secrétaire qui devient directrice commerciale après des cours du soir en informatique, ou encore l'antiracisme de l'époque, uniquement moral, qui gagne le fils). Les interprètes ne semblent pas vouloir donner davantage que ces réductions.

Version imprimable | Films de 2026 | Le Mercredi 24/06/2026 | 0 commentaires




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