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Des films de fin 2017

Article susceptible de s'enrichir

  • Bien : Lucky (John Carroll Lynch), Un homme intègre (Mohammad Rasoulof), Star Wars VIII : Les Derniers Jedi (Rian Johnson), Western (Valeska Grisebach), Coco (Lee Unkrich, Adrian Molina)
  • Pas mal : L'Usine de rien (Pedro Pinho), The Florida project (Sean Baker), A ghost story (David Lowery)
  • Bof : Soleil battant (Clara et Laura Laperrousaz), Le Redoutable (Michel Hazanavicius)

LUCKY (John Carroll Lynch, 13 déc) LLL
Harry Dean Stanton aura donc attendu d'être nonagénaire pour se voir offrir un second premier rôle marquant, après Paris, Texas de Wim Wenders. Il y campe un homme encore en pleine forme pour son âge, malgré le tabac. Un ancien cow-boy solitaire que tout le monde respecte : le film lui donne le privilège de l'âge, en quelque sorte, tout en ménageant de la place à de beaux seconds rôles, dont un type (David Lynch !) qui ne se remet pas du départ on ne sait où de sa plus vieille amie, une tortue nommée Président Roosevelt... Dans un décor archétypal (une petite ville au milieu du désert), John Carroll Lynch livre un premier film au ton à la fois sombre et goguenard, dans une mise en scène fonctionnelle mais entièrement au service de ses personnages.

UN HOMME INTEGRE (Mohammad Rasoulof, 6 déc) LLL
Indépendamment de tout jugement cinématographique, il faut défendre ce cinéaste courageux, déjà condamné pour "activités contre la sécurité nationale" et "propagande contre le régime", et qui continue de tourner des films sans concession, tel celui-ci, qui s'en prend à une société gangrénée par la corruption. Reza est l'homme intègre du titre, un modeste éleveur de poissons rouges qui a quitté Téhéran pour s'installer à la campagne avec sa femme, directrice d'un lycée pour jeunes filles, et son fils. Son refus de toute compromission (comme graisser la patte d'un banquier pour alléger ses dettes financières) va l'entraîner dans des difficultés croissantes. La mise en scène peut sembler trop monocorde dans l'ensemble, mais réussit également des effets de montage saisissants (dont une ellipse érotique), et quelques plans qui font curieusement penser... à Tarkovski !

STAR WARS VIII : LES DERNIERS JEDI (Rian Johnson, 13 déc) LLL
Disons le d'emblée : les scènes d'actions ne sont pas les plus convaincantes, car puisque la notion de vraisemblance est ici indéfinissable et inopérante, l'issue des combats est entièrement soumise à l'arbitraire (la force...) du scénario. Mais, par rapport au Réveil de la Force, on progresse : moins de planètes, moins de bébêtes, l'heure est davantage à l'approfondissement des nouveaux personnages de la saga (Rey, Kylo Ren, Finn...), même si Leia et Luke Skywalker gardent une aura qui permet le passage discret de témoin. Dans cet épisode, les conflits sont aussi intérieurs, et la Résistance est à la peine, mais pas désespérée. Et la mythologie se transmet de génération en génération, en témoigne une malicieuse scène finale avec de mystérieux gamins...

WESTERN (Valeska Grisebach, 22 nov) LLL
Un groupe d'ouvriers allemands arrive en Bulgarie pour travailler à un difficile chantier de centrale hydroélectrique. Au départ, ils s'installent avec une certaine arrogance (ils plantent un drapeau allemand sur le toit de leur campement, l'un d'entre eux importune une baigneuse autochtone). Très vite, un personnage se détache, Meinhard, qui, lui, tente de nouer contact avec les habitants du village voisin, et d'apprendre leur langue, alors que la région est soumise à des restrictions d'eau. Le film réussit à être à la fois réaliste dans les situations concrètes et très stylisé dans la forme, empruntant comme l'indique le titre certains motifs au western (pas les bourrins mais plutôt le politiquement subtil L'Homme de la plaine d'Anthony Mann). La cinéaste allemande donne vie à des personnages jamais univoques, tout en livrant une allégorie sur la désunion européenne contemporaine, qui crée une tension entre les peuples à cause du dogme de l'ordolibéralisme et de la structure actuelle de la monnaie unique, sur lesquels les gouvernements de son pays sont inflexibles.

COCO (Lee Unkrich, Adrian Molina, 29 nov) LLL
Dans la famille de Miguel, la musique est interdite depuis que son arrière-arrière-grand-père a quitté le domicile conjugal pour tenter une carrière musicale. Miguel semble pourtant avoir le virus : en cachette, et avec une guitare récupérée on ne sait où (il faut passer outre quelques incohérences de scénario), il tente de reproduire en autodidacte les succès de Ernesto de la Cruz, un ancien latin lover issu du même village que lui. Son basculement accidentel dans le monde des morts (tout en restant vivant) va peut-être changer la donne. Alors oui le film frôle parfois le sentimentalisme ou la naïveté, mais une appréciation trop tiède ne rendrait pas justice à ce nouveau Pixar qui a pour lui des thèmes pas si évidents (la mémoire familiale, confronter l'enfance et la mort) et une direction artistique de grande qualité (notamment luxuriance des décors de l'autre monde).

L'USINE DE RIEN (Pedro Pinho, 13 déc) LL
Une nuit, un groupe de travailleurs se rend compte que leur usine est sur le point d'être délocalisée en douce : des camions viennent chercher les machines-outils. Ils réussissent à interrompre l'opération. Le jour venu, ils essaient d'organiser la résistance, en commençant par l'occupation de l'usine... Il s'agit d'une fiction, mais qui singe une captation documentaire (caméra portée, personnages principaux interprétés par de véritables ouvriers, intervention du théoricien anticapitaliste Anselm Jappe dans son propre rôle). Sur la forme, la recherche d'un format libre, avant-gardiste, peut faire penser à Miguel Gomes (Les Mille et une nuits), sans la même réussite. Sur le fond, l'hypothèse d'une solution coopérative, et le clin d'oeil à la comédie musicale rappellent Entre nos mains, l'excellent documentaire de Mariana Otero, qui avait le mérite d'être plus concis (presque deux fois moins long), plus précis et de ne pas faire le malin.

THE FLORIDA PROJECT (Sean Baker, 20 déc) LL
Mooney est une fillette de 6 ans. Son terrain de jeu ? Le Magic Castle, un motel situé non loi du Disneyword d'Orlando, pas vraiment destiné aux touristes, mais plutôt à une population en situation précaire. Mooney fait les 400 coups, tandis que sa mère, Halley, vit d'expédients et de petites combines pour arriver à payer le loyer. L'effronterie de la petite fille, avec ou sans ses camarades de jeux, n'a d'égale que l'immaturité et la défaillance maternelles. Dès lors, cette saison estivale est une parenthèse enchantée entre le sordide des situations et les couleurs pimpantes des abords du parc d'attraction. Le film tente de jouer sur ces contrastes, mais charge un peu trop le personnage d'Halley, caricaturale, comme si cette précarité n'était pas aussi celle d'une violence économique exacerbée.

A GHOST STORY (David Lowery, 20 déc) LL
Un couple de trentenaires se disputent gentiment pour savoir s'ils veulent rester dans leur maison (il y est attaché, elle non). Peu après il meurt dans un accident de voiture. Il devient un fantôme affublé d'un grand drap (avec des trous aux yeux). Invisible aux autres, il veille sur sa jeune veuve. Contrairement au cinéma classique (le mineur Always de Spielberg, l'indépassable Aventure de Mme Muir de Mankiewicz), il ne peut pas communiquer et interagir avec elle. Le film devient donc une espèce de conte philosophique sur les traces que l'on laisse sur Terre, en faisant de grands sauts dans le futur ou le passé, avec une grande économie de moyens. Le souci, c'est que tout ça reste extrêmement théorique (filmer en plan fixe et en temps réel Rooney Mara manger tout un plat en sanglotant pour illustrer son deuil, merci on avait compris), comme si le mort avait saisi le vif...

SOLEIL BATTANT (Clara et Laura Laperrousaz, 13 déc) L
Un couple et deux adorables jumelles de six ans passent leurs vacances d'été dans une demeure familiale au Portugal, ravivant la mémoire de leur première fille disparue. Comment cet événement résonne chez l'un ou l'autre des parents, comment en parler aux fillettes qui sont nées bien après l'accident ? Le premier long métrage de Clara et Laura Laperrousaz est courageux de par son sujet, et on s'attache assez vite à cette famille. Malheureusement, les maladresses et les lourdeurs de la mise en scène (et du scénario) rendent le film parfois embarrassant, et ce de plus en plus souvent au fur et à mesure que le film avance. Dommage.

LE REDOUTABLE (Michel Hazanavicius, 13 sep) L
On a bien sûr le droit d'égratigner le mythe Godard (Visages villages l'a d'ailleurs fait à sa manière), dont je ne suis pas du tout inconditionnel. Mais ici le film, politiquement douteux (filmer Mai 68 comme un décor de sitcom bourgeoise, faire passer la connaissance de L'Homme à la caméra de Dziga Vertov pour du snobisme), est surtout épouvantable dans sa forme. Tout sonne faux (alors qu'il s'agit d'une adaptation d'un roman autobiographique d'Anne Wiazemsky), la seule idée de cinéma qui fonctionne vraiment étant une scène de petit-déjeuner où les dialogues sont sous-titrés par les pensées réelles des personnages. Michel Hazanavicius est plutôt doué pour les pastiches (The Artist, les OSS 117), mais demeure un cinéaste médiocre dès qu'il s'en écarte.

Version imprimable | Films de 2017 | Le Dimanche 31/12/2017 | 0 commentaires




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